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écouter Alain Juppé, ministre français des Affaires étrangères : "La France prête à renforcer les sanctions contre l'Iran"

Créé le 08/11/2011

La chronique du 8 novembre 2011

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Le ministre d'Etat, ministre français des Affaires étrangères, répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mardi matin.

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Alain Juppé.


Alain Juppé : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

Depuis 1995 - vous étiez Premier ministre -, cela vous agace peut-être encore aujourd'hui, mais votre nom est associé à la rigueur.

Ca ne m'agace pas du tout. Vous savez, entre 1995 et 1997, les déficits publics ont baissé de deux points de PIB. Si on avait continué, on n'en serait peut-être pas là.

On y est encore aujourd'hui. On est revenu dans la rigueur ?

Oui ; depuis, les choses ont beaucoup changé. Le monde a changé ; et surtout, il s'est déclenché une crise qui est la plus grave de ce que nous ayons connu depuis un siècle, ne l'oublions jamais.

Et donc, on fait comme les autres : on coupe les dépenses, on augmente les impôts ?

Ce plan est absolument nécessaire ; et il s'intègre dans une stratégie très cohérente . notre objectif est de revenir à l'équilibre budgétaire en 2016 ; et nous allons nous donner les moyens de le faire en nous adaptant au fur et à mesure que les choses changent. La croissance n'est pas ce qu'elle était prévue en 2012 en France et ailleurs, partout dans le monde. Et donc, il est parfaitement légitime, et je dirais même absolument nécessaire d'en tirer les conséquences.

Et puis, je trouve que ce plan est équilibré parce qu'on demande plus à ceux qui ont plus. Prenez l'exemple de l'impôt sur le revenu. Quand on n'indexe pas le barème, ça veut dire qu'on augmente l'impôt. Parlons franc ! Mais l'impôt, il est progressif ; et donc, ceux qui sont dans les tranches supérieures, ils vont payer plus. Je rajoute que dans le budget 2012, on a créé une cotisation exceptionnelle de 3% et de 4% pour les hauts revenus. Même chose en ce qui concerne - et Alain Duhamel l'a signalé tout à l'heure - l'égalisation, enfin progressive, de la taxation des revenus du capital et du travail. C'est très important. Jusqu'à présent, on taxait plus le travail que le capital. On va corriger cette injustice.

Sur les entreprises, les PME sont épargnées. Sur les prestations sociales, les salaires et les minima sociaux sont épargnés. Sur la TVA, les produits de première nécessité, les produits destinés aux handicapés. L'énergie, c'est-à-dire le chauffage et l'électricité sont épargnés. Donc, je crois que ce plan est profondément équilibré.

Mais les professionnels du bâtiment, par exemple, disent : "Ces mesures-là vont considérablement réduire l'activité de notre secteur qui est, par exemple, un secteur essentiel dans la société".

J'ai entendu dire pendant des années et des années, notamment par la Gauche, que la loi Scellier était une aubaine injustifiée pour les hauts revenus. Alors, on nous parle beaucoup des niches fiscales. Je ne connais pas de niches fiscales qui n'aient pas son utilité. Et quand on en supprime une, évidemment on remet en cause un avantage ; mais je pense qu'il faut choisir entre les avantages et les inconvénients.

Alors, je vais reposer ma question différemment : une baisse des dépenses publiques, et puis une augmentation des impôts, parce qu'il faut en convenir, ce matin Alain Juppé : les impôts vont augmenter l'année prochaine ?

Alors, je ne sais pas si vous vous souvenez de ce que je vous disais, ici, il y a un ou deux ans, je ne sais pas baisser le déficit sans à la fois baisser les dépenses et augmenter les impôts, c'est évident. Tout le monde le fait.

Mais nous, on avait cru le Président de la République ! Il nous disait : "Jamais je n'augmenterais les impôts" ?

Oui, mais quand on parle de ce que le Président de la République disait en 2007, ça me sidère.

Non, non l'année dernière. L'année dernière. Peut-être même cette année encore !

On oublie 2008 ! Eh bien l'aggravation de la crise... Vous savez quand j'étais au G 20, j'ai bien vu qu'on était dans une situation mondiale où on frise la catastrophe et pas simplement en France, un peu partout, les Etats Unis ont leurs problèmes, le Japon a ses problèmes, la Chine a ses problèmes. Donc, il y a des faits nouveaux.

Et vous savez, je pense que plutôt que de critiquer systématiquement le Président et le gouvernement quand il s'adapte aux réalités, le Parti socialiste ferait bien de s'adapter lui-même et de réfléchir à ce qui a été dit pendant les primaires. Ils ne feront pas ce qu'ils ont dit. Ils ne créeront pas 300.000 emplois jeunes, 60.000 emplois dans l'Education nationale, le contrat inter-générationnelle et la retraite à 60 ans, ils ne le feront pas. Et s'ils étaient un peu courageux aujourd'hui, ils le diraient.

Je reprends donc ma question.Une baisse des dépenses publiques et une augmentation des impôts ne risquent-elles pas de casser la déjà faible croissance que nous connaissons en France ?

Vous avez tout à fait raison.  Il y a un risque ; et c'est un peu le dilemme dans lequel nous nous trouvons pour conduire la politique économique. Alors, à cela deux réponses.
- D'abord, nous continuerons à faire un effort pour soutenir les dépenses d'avenir. Vous savez, ce fameux grand emprunt que nous avons préparé avec Michel Rocard, c'est aujourd'hui que les fonds arrivent et qu'on va financer l'innovation et la recherche dans les universités. Donc, nous soutenons la croissance ;
- Et puis, je vous parlais  tout à l'heure du G 20. Il y a quelque chose qui m'a frappé à Cannes, c'est : quel est l'élément déclencheur de la crise aussi - ou d'aggravation de la crise ? C'est la perte de confiance. On n'a plus confiance.

Les investisseurs n'ont pas confiance et donc, ils n'ont plus de projet. Les banques n'ont plus confiance, elles ne prêtent plus. Si nous arrivons en rétablissant nos finances, en assainissant les fondations de la Maison France, eh bien la confiance reviendra.

Et moi je suis optimiste pour l'avenir, vous savez. Je me déplace beaucoup à travers la planète, alors c'est des voyages rapides mais ça me permet quand même de voir un peu ce qu'il y a autour de nous. Et quand je reviens en France, je me dis : on est dans un pays formidable. On est dans une grande puissance économique : la cinquième ou la sixième du monde. On a des atouts extraordinaires. Alors, assainissons nos finances et après, ça rebondira, j'en suis sûr comme en 1998, 1999 ou à d'autres périodes de notre Histoire.

Mais ce n'est pas vous qui en aviez profité en 1998 ou 1999 !

Oui, mais ça, peu importe ! C'est la France qui en avait profité.

C'est peut-être d'autres qui en profiteront en 2012 ?

Pas sûr, d'abord. Je crois que monsieur Hollande parle de plus en plus au futur : "quand je serai - ai - président". Si j'ai un petit conseil à lui donner, je rajouterais un "s". Il s'y voit déjà  !

Mais si on ne s'y voit pas, on n'est pas candidat ?

Oui, mais on peut faire preuve d'un peu de réalisme aussi et de modestie.

Si Nicolas Sarkozy pensait qu'il était battu, il ne serait pas candidat ?

Mais il va gagner.

Ah oui !
 
Je le crois.

Qu'est-ce qui vous permet... Ah oui, ce n'est pas un conditionnel, ça !

Oui, bien sûr. Oui, mais je ne parle pas de moi. Je ne parle pas de moi.

Le "oui, il va gagner", il n'y a pas de conditionnel. Non, non, on parle de Nicolas Sarkozy, oui ?

C'est un peu différent. Je parle de lui. Parce qu'il a fait du bon boulot depuis qu'il est là. Parce qu'on le voit dans la tempête, il est un bon capitaine et parce que je lui fais confiance pour donner à sa campagne électorale l'impulsion qui sera nécessaire en fixant les bons  objectifs à la France.

La rigueur, ça rend impopulaire ? Ca ne handicape pas les chances de Nicolas Sarkozy d'être réélu ?

Je crois que les Français ont beaucoup plus de bon sens qu'on ne le croit et qu'ils veulent, aujourd'hui, qu'on leur dise la vérité. Il ne faut pas leur raconter d'histoire. Ils voient bien ce qui se passe autour de nous et que des efforts sont nécessaires. C'est douloureux de faire des efforts, bien sûr. Il vaut mieux promettre des tas de bonnes choses. Il faut que ces efforts soient justement répartis et je crois que le plan qui a été proposé, hier, est un plan équilibré et juste.

"Le Figaro Magazine", samedi dernier : "Alain Juppé, l'homme fort du gouvernement".Vous êtes l'homme de Droite préféré des Français et l'homme politique préféré de la Droite.

La roue tourne.
 
Oui !

Je fais mon boulot, je fais ce que j'ai à faire. C'est passionnant. Je crois que la voix de la France dans le monde est aujourd'hui très entendue, non seulement dans le monde arabe, mais au-delà ; et je l'ai vue encore au G20, je l'ai dit à Cannes. Donc voilà, moi ça suffit à mon bonheur d'essayer de servir mon pays du mieux que je le peux.

Parmi les bonnes nouvelles, disait Alain Duhamel, on espère, je cite Alain, que cette fois-ci, Silvio Berlusconi va y passer ?

Confiance là encore. J'en parlais tout à l'heure.L'Italie est une économie forte avec des entreprises extrêmement dynamiques. Et il y a une crise de confiance. Le dernier placement des emprunts italiens vient de se faire à 6.65 ou 66 ; et ça, c'est la preuve de la défiance justement, quand les prêteurs augmentent les taux d'intérêt, ça veut dire qu'ils n'ont pas confiance. Et donc, j'espère que l'Italie pourra repartir sur des bases saines. Je ne porte pas de jugement sur monsieur Berlusconi personnellement mais je crois qu'il y a un problème de confiance.

Et la confiance elle est liée à l'incarnation du pouvoir politique ?

Souvent.

Et là en l’occurrence ! (Rires) Ceux qui ont la vidéo pourront voir un hochement de tête)
Un mot de politique étrangère. Nous y étions presque. Mais l'Agence internationale de l'énergie Atomique rend publique aujourd'hui un rapport  qui établit avec des preuves, paraît-il, on va voir ça dans la journée, le caractère militaire de la démarche nucléaire de l'Iran, et le Président israélien Shimon Peres a dit, dimanche : "La possibilité d'une attaque militaire contre l'Iran est plus proche qu'une option diplomatique". Il faut prendre au premier degré ce qu'a dit Shimon Peres ?

Vous savez, c'est une question qui revient périodiquement dans la vie politique israélienne. Je crois qu'il faut tout faire pour éviter ce qu'aurait d'irréparable une telle action militaire. Nous sommes très inquiets de la dérive iranienne. Nous avons beaucoup de raison de penser (on verra si le rapport de l'AIEA le confirme) que leur programme nucléaire a une finalité militaire. Ce serait une déstabilisation extrêmement grave de la région ; et donc, la France a une position très ferme. S'il faut encore accentuer les sanctions, nous y sommes prêts.

Et vous prenez au sérieux ce que disent les Israéliens ? Ils sont proches ? Vous avez des informations de déclencher une attaque nucléaire.

Il faut toujours prendre au sérieux ce que disent les Israéliens, bien sûr.

Vous le prenez au sérieux ?

Et je vous ai dit qu'il fallait tout faire pour éviter ce qu'aurait d'irréparable une intervention militaire.

Très bien. Donc, nous avons parlé un peu de politique étrangère et beaucoup de la situation économique. Alain Juppé, vous avez réussi un exploit. 
 
Ah bon !

Vous n'avez pas prononcé le mot "rigueur".

Ah, je n'aime pas beaucoup les querelles de vocabulaire.  Il faut faire des efforts, tout le monde le sait. Je le répète. Ce qui compte c'est que ces efforts soient équitablement répartis et j'ai essayé de vous donner  quelques arguments pour montrer que le plan est juste.

Voilà.

Vous deviez être bon au ni-oui, ni-non, quand vous y jouiez ?!

Ah, je vous connais un peu, Jean-Michel Aphatie. Je m'y prépare

Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée.

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