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1 min de lecture Musique

La Saga de Deep Purple


Avec des titres comme "Black night" et "Smoke on the water", Deep Purple a été au début des années 70 un des groupes pionniers du hard-rock. Leur nouvelle tournée européenne passera par le Zénith de Paris, le 13 novembre prochain. Au micro de Saga, nous retrouverons quatre membres de ce groupe légendaire : le chanteur Ian Gillan, le bassiste Roger Glover, le guitariste Steve Morse et le regretté Jon Lord, organiste et cofondateur de Deep Purple, qui est mort le 16 juillet dernier, à l'âge de soixante et onze ans. Jon venait de terminer l'enregistrement de la version studio de son "Concerto for group and orchestra". Le CD sortira le 1er octobre.

deep purple
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LA SAGA DE DEEP PURPLE DANS SON INTÉGRALITÉ

"Speed king" (CD "Deep Purple in rock")

Le 16 juillet dernier, on apprenait la mort du clavier Jon Lord, l'un des piliers et fondateurs de Deep Purple. Avant de quitter le groupe en 2002, Jon en avait été un des éléments les plus stables et il avait défini le style musical de Deep Purple : un hard rock très caractéristique bien sûr, mais avec de nombreuses ramifications vers le blues, le rock progressif, la pop et même le classique.
Le classique, Jon Lord y était très attaché. Juste avant sa mort,  il avait fini par réaliser son rêve : une version studio de son fameux "CONCERTO FOR GROUP AND ORCHESTRA". Enregistré avec le Royal Liverpool Philharmonic Orchestra sous la direction de Paul Mann, le CD paraîtra le 1er octobre prochain. Parmi les nombreux musiciens qui entourent Jon Lord sur ce projet, il y a notamment les chanteurs Bruce Dickinson et Steve Balsamo, ainsi que les guitaristes Joe Bonamassa et Steve Morse.

"Movement two" (extrait) (CD Jon Lord : "Concerto for group and orchestra")

En 1967, deux hommes d’affaires londoniens sans aucune expérience du monde artistique décident d’investir dans la musique pop. Dans cette optique, ils donnent carte blanche au batteur Chris Curtis pour monter un groupe. Celui-ci contacte d'abord Jon Lord, l'ancien clavier des Artwoods et des Flower Pot Men.
Retrouvons Jon Lord et écoutons-le nous rappeler la genèse de l'histoire.

"Un jour, je suis tombé sur l'ancien batteur des Seachers, Chris Curtis. Il voulait former un groupe et il avait pris contact avec un homme d'affaires. Je ne sais pas comment il l'avait connu, mais il possédait une fabrique de vêtements pour femme.
-    Tony Edwards ?
C'est ça, Tony Edwards. Et puis, brusquement, Chris Curtis a disparu de la circulation. Il ne m'avait laissé qu'un numéro de téléphone, celui de Ritchie Blackmore, en Allemagne, à Hambourg. À ce moment, j'ai reçu un télégramme de Tony Edwards. Il m'expliquait que, bon, puisque Chris Curtis avait disparu, il aurait bien aimé, si j'étais d'accord, que ce soit moi qui monte le groupe ; qu'il était toujours prêt à acheter l'équipement et à fournir l'argent nécessaire pour monter l'affaire. Car il voyait ça comme un bon investissement. Il pensait que j'allais mettre sur pied un groupe pop, sans se douter que mon idée était de monter un groupe de rock 'n' roll. Bref, il a donné l'argent pour que Ritchie puisse rentrer en Angleterre. On s'est rencontré tous les deux pour la première fois en décembre 67 et, le printemps suivant, nous avions un groupe. Entre temps, Tony avait trouvé un associé, un consultant en publicité nommé John Coletta, avec lequel il partageait les frais."

"Emmaretta" (CD "The Deep Purple Singles A's & B's")

Après quelques tâtonnements, Jon Lord et Ritchie Blackmore recrutent le bassiste Nick Simper, puis deux anciens membres du groupe The Maze : le batteur Ian Paice et le chanteur Rod Evans. Dans un premier temps, les cinq musiciens se produisent sous le nom de Roundabout. Ils donnent leur premier concert à Copenhague le 20 avril 1968, avant de se rebaptiser Deep Purple. Jon Lord explique comment ils ont choisi ce nom.

"C’est Ritchie qui a trouvé Deep Purple. A l’époque, on s’était installé dans une vieille ferme pour répéter et on avait placé une liste sur le mur de la cuisine où chacun pouvait inscrire les noms de groupe auxquels il pensait. L’un d’entre nous avait suggéré 'Concrete God', 'Ophius', 'Albert', et d’autres encore. Un matin, il y avait 'Deep Purple' et je me souviens parfaitement que c’était écrit de la main de Ritchie. 'Deep Purple', c’était la chanson favorite de sa grand-mère."

Paradoxalement, Deep Purple tirent donc leur nom d'une chanson sentimentale des années 30. Leur modèle est alors le groupe américain Vanilla Fudge, qui s'est spécialisé dans les adaptations baroques de titres connus. En mai 68, en une seule session qui dure dix-huit heures, ils enregistrent un premier album, “SHADES OF DEEP PURPLE”. C'est un gros succès aux Etats-Unis. Le single “Hush”, une reprise du classique de Joe South, atteint la quatrième place des hit-parades.

"Hush" (CD "Shades of Deep Purple")

Une première tournée américaine précède de peu la sortie du deuxième album de Deep Purple, “THE BOOK OF TALIESYN”, en décembre 68. Le groupe enregistre ensuite un troisième album qui porte simplement son nom, "DEEP PURPLE". Il paraît en juillet 69 et sa pochette est la reproduction d'une peinture du maître néerlandais Jérôme Bosch. Aux Etats-Unis, où ils viennent d'entreprendre leur deuxième tournée, leurs ventes d'albums atteignent les quatre millions d’exemplaires. En Europe, et plus particulièrement chez eux en Angleterre, ils n'ont pas encore réussi à s'imposer.

"Bird has flown" (CD "Deep Purple")

Deep Purple connaît alors un premier changement. En août 1969, le chanteur Rod Evans et le bassiste Nick Simper sont remplacés respectivement par Ian Gillan et Roger Glover, deux anciens du groupe Episode Six. Il s'agit de repartir sur de nouvelles bases musicales et de s'orienter vers un rock moins maniéré, plus dur. Mais les managers du groupe sont réticents et encouragent plutôt Jon Lord à réaliser son rêve d'associer Deep Purple à un orchestre symphonique. Le 24 septembre 1969, au Royal Albert Hall de Londres, Deep Purple enregistre l'album "CONCERTO FOR GROUP AND ORCHESTRA". C'est un échec commercial et artistique, mais il avait laissé un souvenir ému à Jon Lord.

"Je n'ai aucun regret. Ce fut une expérience fantastique que je n'oublierai jamais. Pour le jeune homme que j'étais, voir sa première œuvre orchestrale interprétée par le Royal Philharmonic de Londres sous la direction de Malcolm Arnold, c'était inouï. Et je remercie Dieu de m'avoir offert cette chance. L'aspect négatif des choses, c'est que l'album a provoqué un quiproquo : des mois après sa sortie, il y avait encore des organisateurs de concerts assez naïfs pour nous demander ou était l'orchestre : 'Vous ne l'avez pas amené avec vous ce soir ?'"

En septembre 1970, malgré l'échec du concerto, Deep Purple s'attaquent à un second projet symphonique intitulé "GEMINI SUITE". Ils le font par obligation contractuelle, mais le disque n'est pas publié à l'époque, car il ne correspond plus à leur nouvelle image. Il ne paraîtra qu'en 1993. En effet, l'histoire a déjà pris un autre chemin. En août 70, deux 45-tours sont parus simultanément : "Paranoid" de Black Sabbath et "Black night" de Deep Purple. Ces deux titres vont fixer les règles d'un nouveau genre musical encore balbutiant : le hard-rock.
Dans les hits-parades anglais, "Black night" se classe N°2.

"Black night" (CD "The Deep Purple Singles A's & B's")
 
"Black night" est suivi en septembre 1970 par “DEEP PURPLE IN ROCK”. Cet album autoproduit va s'imposer au fil des années comme l’un des classiques incontournables du hard-rock. C’est le disque qui confirme deux grands talents : la guitare agressive, torturée et flamboyante de Ritchie Blackmore, et les acrobaties vocales de Ian Gillan, particulièrement évidentes sur “Child in time”.

"Child in time" (CD "Deep Purple in rock")

Virtuose et casseur de guitares, Ritchie Blackmore est la personnalité la plus dérangeante de Deep Purple. Son caractère ombrageux, dont les premières victimes ont souvent été les autres membres du groupe, est entré dans la légende. Ian Gillan nous donne son opinion sur Ritchie Blackmore.

"C’est très difficile de travailler avec lui. Il n’arrive à communiquer qu’au travers de sa guitare. Parfois, la meilleure chose à faire est de le laisser dans son coin, de le laisser enregistrer le disque, monter sur scène et faire la tournée. Au fond, il est très timide, c’est ça son problème. Il passe parfois pour un idiot à mon avis, mais il faut garder à l’esprit qu’il est celui qui a fait se tourner tous les regards vers Deep Purple. Sa façon de s’exprimer, c’est sa guitare, je crois."

“Deep Purple in rock” a servi de déclic et marque le début de la grande époque du groupe. En juillet 1971, ils tournent aux Etats-Unis avec les Faces. En août, ils publient à la fois l'album "FIREBALL" et le single "Strange kind of woman" qui connaissent tous deux un succès considérable.

"Strange kind of woman" (CD "Fireball")

En octobre 1971, Deep Purple franchit un nouveau pas vers l’autonomie totale en créant son propre label, Purple Records. C'est en Suisse, à Montreux, qu'ils enregistrent leur nouvel album, “MACHINE HEAD”, qui paraît en mars 1972. On y trouve notamment “Smoke on the water”, une chanson autobiographique qui deviendra leur plus gros tube. Ian Gillan revient sur l'histoire de ce classique du hard-rock.

"De temps en temps, il se produit dans ta vie un événement sur lequel tu dois écrire une chanson. Là, on ne pouvait pas y échapper. On démarrait juste l’enregistrement de 'Machine Head' au casino de Montreux, une splendide construction en bois. Frank Zappa y jouait ce soir-là et c’était le dernier spectacle de la saison. Le lendemain, ils fermaient pour l’hiver. On s’apprêtait à sortir pour aller visiter le Rolling Stones Mobile qui était garé à proximité et avec lequel on devait enregistrer dès le lendemain. Quelqu’un est arrivé et s’est mis à crier : 'Le bâtiment est en feu !' Les gens sont devenus fous. C’était un véritable enfer à l’intérieur. On nous a alors transférés au Grand Hôtel, comme il est dit dans la chanson. Et Ritchie avait composé et enregistré ce truc... C’était une musique parmi d’autres. On avait presque terminé l’album quand on a pensé à l’utiliser pour écrire une chanson qui raconterait l’histoire de l’enregistrement du disque, depuis le début avec l’incendie. C’est Roger Glover qui a trouvé l’expression 'Smoke on the water'. On était tous là, assis au Grand Hôtel, juste au pied du lac de Genève, et on regardait les flammes qui montaient à soixante-dix, quatre-vingts mètres, attisées par le vent qui soufflait de la montagne. Et toute la fumée se répandait sur le lac. On ne voyait plus qu’un nuage de fumée qui masquait la montagne en arrière-plan. Et Roger s’en souvenait. Quelques jours plus tard, il en a rêvé et s’est réveillé avec cette phrase à l’esprit. Il l’a couchée sur le papier."

Le 25 septembre prochain paraîtra "RE-MACHINED", un projet qui réunit notamment Iron Maiden, Metallica, Chickenfoot, Jimmy Barnes, Joe Bonamassa et Carlos Santana. Ils y reprennent les sept compositions de l'album mythique "Machine Head" à l'occasion du quarantième anniversaire de sa sortie.

"Smoke on the water" (CD "Machine head")

Enregistré dans le cadre de la tournée “Machine Head”, le double album public “MADE IN JAPAN” paraît en décembre 1972 et se vend à quinze millions d’exemplaires. En mars 1973, la formation légendaire de Deep Purple produit son dernier album studio, “WHO DO WE THINK WE ARE”. Les cinq musiciens essayent, tant bien que mal, de masquer leurs dissensions. Mais la situation continue à s'envenimer et, en juin 73, Ian Gillan est le premier à quitter Deep Purple. Il revient sur les raisons de ce départ.

"C’était de la frustration. Je m’explique : Deep Purple a fait de grands albums, mais aussi quelques-uns qui n’étaient pas à la hauteur. Je pense que, si tu écoutes 'Who do we think we are', ou même 'The house of blue light', bien qu’ils contiennent quelques bons titres, bien professionnels, comme 'Woman from Tokyo', eh bien, nous faisions du surplace. La pression pour se maintenir à un niveau élevé, la pression de la vie sociale, ça a beaucoup joué lorsque nous nous sommes mariés. Chacun avait sa copine avec lui sur la route. Soudain, on n’était plus un groupe de cinq types, on était dix : cinq couples. C’était juste de la frustration ; et l’inaptitude à gérer la première grande crise d’après succès."

"Woman from Tokyo" (CD "Who do we think we are")

DEUXIÈME PARTIE

"Never before" (CD "Machine head")

En juin 1973, juste après la sortie de l'album "Who do we think we are", le chanteur Ian Gillan a décidé de quitter Deep Purple. Puis c'est le bassiste, Roger Glover, qui s'en va pour aller produire la comédie musicale et le film d’animation “The Butterfly Ball". A ce moment, Deep Purple est pourtant l’un des groupes les plus populaires au monde. Ils reçoivent d'ailleurs en 1973 le "Billboard Sales Award" qui récompense les meilleures ventes de l'année.
En septembre 73, le groupe se présente sous un nouveau visage. C’est Glenn Hughes, un ancien du groupe Trapeze, qui a été choisi pour remplacer Roger Glover. Mais le plus surprenant, c’est le choix de David Coverdale, un complet inconnu, pour succéder à Ian Gillan. David Coverdale vient de Redcar, dans le Yorkshire, où il était le chanteur d'un groupe obscur, Magdalene, tout en travaillant comme vendeur en confection ! Le premier album enregistré par cette nouvelle formation s'appelle “BURN”. Il paraît en février 74 et connaît un très grand succès : il se classe N°3 en Angleterre et N°9 aux Etats-Unis.

"Burn" (CD "Burn")

“STORMBRINGER” paraît en novembre 1974. Le groupe semble à nouveau sur les rails, mais ce n'est qu'une illusion. Début 1975, Ritchie Blackmore enregistre plusieurs titres que l'on croit destinés à un album solo. La réalité est différente. Le 7 avril 75, il quitte à son tour Deep Purple et il fonde Rainbow, où il retrouve le chanteur Ronnie James Dio et son groupe Elf, qui avaient assuré les premières parties de la tournée "Stormbringer".
Deep Purple continue tant bien que mal. Ritchie Blackmore est remplacé par un guitariste américain, Tommy Bolin, un ancien du James Gang qui prend tout de suite une grande importance au sein de son nouveau groupe. En novembre 75, sur les dix titres qui composent l’album “COME TASTE THE BAND”, Tommy Bolin en a signé sept. Mais le cœur n’y est plus : la tournée qui suit se révèle inégale, minée par les problèmes d'ego et les abus de toutes sortes. Le départ de David Coverdale précipite la fin de Deep Purple qui se sépare officiellement en juillet 1976.

"Stormbringer" (CD "Stormbringer")

En novembre 1976, Deep Purple publie un deuxième album public : “MADE IN EUROPE”. Il a été enregistré dix-huit mois plus tôt, alors que Ritchie Blackmore était encore présent. On pense alors que ce disque constitue l’ultime manifestation de cet immense groupe de rock. La page étant tournée, les cinq musiciens continuent sur des chemins différents. La suite de leur histoire passe par Rainbow, Whitesnake, Paice, Ashton & Lord,  et bon nombre de carrières solos. Celle de Tommy Bolin s'arrête prématurément. Il décède le 4 décembre 1976 des suites d’une overdose. Pour en savoir plus sur le passé des différents musiciens du groupe, il existe deux excellentes compilations : "THE DEEP PURPLE FAMILY ALBUM" paru en 1993, et "THE FRIENDS AND RELATIVES ALBUM", qui date de 1999.

"Fireball" (CD "Fireball")

En 1980, un faux Deep Purple tourne en Amérique Centrale et aux Etats-Unis, animé par le premier chanteur du groupe, Rod Evans. Les avocats de Ritchie Blackmore mettent rapidement fin à la mascarade. Finalement, après des mois de rumeurs persistantes, le véritable Deep  Purple revient à l’automne 84. On y retrouve les cinq musiciens de la grande époque : Ian Gillan, Ian Paice, Jon Lord, Ritchie Blackmore et Roger Glover. Ils n’avaient pas travaillé ensemble depuis 1973. Roger Glover explique pourquoi il s’était opposé jusque-là à la reformation de Deep Purple.

"Remettre sur pied Deep Purple n’a rien de nouveau. On en parlait depuis sept ou huit ans. Les firmes de disques, les agents, les promoteurs, les managers et autres gens du business voyaient le fait que la musique que nous faisions au début des années 70 était très populaire. Elle veut dire encore quelque chose. Ils voyaient aussi que les différents musiciens de Deep Purple, la deuxième époque du groupe, étaient toujours très actifs dans le système. Ils étaient dans des groupes ; ils avaient des groupes à eux. Aussi, tout ce que ces messieurs avaient à faire, c’était de nous réunir sur scène au même moment et de passer à la caisse, ramasser beaucoup d’argent. C’est quelque chose que j’ai personnellement combattu depuis six ou sept ans."

Le retour de Deep Purple est concrétisé par l’album “PERFECT STRANGERS”, en novembre 84. Une tournée mondiale est mise sur pied et c’est une réussite magistrale. En 1985, Deep Purple est l’un des groupes qui attirent le plus de monde en concert. Au Festival de Knebworth, ils jouent devant plus de soixante-dix mille personnes. La légende fonctionne à plein. Non seulement ils ont retrouvé leur public, mais ils ont également réussi à conquérir la nouvelle génération.

"Perfect strangers" (CD "Perfect strangers")

En décembre 1986, Deep Purple publie un nouvel album studio, "THE HOUSE OF BLUE LIGHT". L'année suivante, ils tournent aux Etats-Unis et en Europe. A plusieurs reprises, ils s'attirent la colère du public lorsque Ritchie Blackmore refuse catégoriquement de jouer "Smoke on the water". Le 23 mai 87, la tournée s'arrête brusquement à Phoenix, en Arizona. En plein milieu du solo de "Space truckin'", Ritchie s'est cassé la main ! Plusieurs concerts de cette tournée ont été enregistrés et donneront l'album live "NOBODY'S PERFECT", qui paraît en juin 88. Il fait la part belle aux plus anciens et aux plus grands de leurs classiques, ceux qu'ils ne peuvent éviter de jouer parce qu'ils représentent la force de Deep Purple, comme le rappelle Roger Glover.

"Bien sûr, on les joue. Nous serions stupides de faire semblant de ne pas croire que ce sont nos gros succès que les gens veulent entendre. C'est aussi important que les nouveaux titres. Ça va de pair. Je crois qu'il y aurait une bonne dose de tricherie de notre part vis-à-vis du public si l'on disait : 'OK, on oublie le passé.' Les gens viennent aussi pour le vieux répertoire qui est d'ailleurs très amusant à jouer. On lui a injecté un nouveau souffle de vie. On ne s'est pas posé la question de savoir si on s'en lasserait. Vous savez, quand on a voulu rejouer 'Highway star', on a eu des problèmes. On ne savait plus comment c'était. On a dû envoyer un roadie acheter le disque pour le réapprendre !"

"Highway star" (CD "Nobody's perfect")       

Ian Gillan, qui vient de former le groupe Garth Rockett & The Moonshiners, est exclu de Deep Purple en avril 1989. Son remplaçant est Joe Lynn Turner, l'ancien chanteur de Fandango, qui avait rejoint Rainbow en 1981 et qui, à ce titre, était déjà un peu de la famille. En octobre 90, Deep Purple publie "SLAVES AND MASTERS", un disque plutôt aventureux qui reçoit un accueil mitigé.
Après une nouvelle tournée mondiale, le groupe disparaît pendant deux années avant de revenir en juillet 93 avec un nouveau chanteur qui n'est autre que …  Ian Gillan ! L'album "THE BATTLE RAGES ON" témoigne de cette nouvelle réunion. Les problèmes d'ego, qui ont souvent empoisonné la vie du groupe, en sont aussi une des principales forces motrices. Roger Glover s'en accommode très bien.

"Il y a de la bagarre, oui. Je pense qu’il y en aura toujours. Il y aura toujours des frictions. Prenons l’exemple du mariage : deux personnes, ça se dispute, ça se raccommode. Multiplie ça par cinq et ce sera encore plus compliqué, surtout dans un groupe où l’on vit beaucoup les uns sur les autres. Tant que ça ne nous sépare pas comme ce fut le cas auparavant, aucun danger."

Malgré les bonnes résolutions prises, chacun sait que le groupe peut exploser à tout moment. Ce fragile équilibre se rompt finalement le 17 novembre 1993 à l'annonce du départ de Ritchie Blackmore.

"Ritchie est parti avant la fin de la tournée. Après l'Europe, nous devions aller au Japon. Il nous a prévenus qu'il assurerait jusqu'au dernier concert européen, mais qu'il n'était pas question pour lui d'aller au Japon. Ce qui nous a mis dans une situation impossible : soit on trouvait un remplaçant dans les deux semaines, soit on annulait la tournée et c'était le procès assuré. Il avait pris sa décision et il ne voulait plus en démordre. Je l'ai même contacté pour qu'il revoie son point de vue : qu'il quitte le groupe, OK, mais après le Japon. Il n'a rien voulu entendre."

"Anya" (CD "The battle rages on")

Après le départ surprise de Ritchie Blackmore, Deep Purple doit faire face. Pour pouvoir honorer ses contrats, le groupe fait appel à un mercenaire de luxe, Joe Satriani. Mais Joe ne peut pas et ne veut pas rester et, rapidement, le problème du remplacement de Ritchie Blackmore se pose à nouveau. Les membres de Deep Purple se tournent alors vers le guitariste américain Steve Morse, un virtuose qui a joué notamment sur les deux derniers albums de Kansas. Steve Morse rappelle comment il est arrivé dans le groupe.

"Ça s'est passé ainsi. Mon manager avait l'habitude de me téléphoner presque tous les jours pour me rappeler les petites choses du métier : 'N'oublie pas ceci, pense à cela, tu dois joindre untel ...' Un jour, dans la conversation, il a lancé : 'Qu'est-ce que tu penses de Deep Purple ?' Sa stratégie était simple : si je répondais quelque chose de négatif, il disait à leur manager qu'il ne m'en avait pas parlé et les choses s'arrêtaient là. Donc, il me pose cette question. Je réponds : 'Super !' Et il m'explique alors que j'ai la possibilité de travailler avec eux. J'ai dit : 'Essayons.' Car on ne peut rien faire d'autre que d'essayer. C'est un peu comme acheter quelque chose ou choisir son épouse les yeux bandés : elle est parfaite pour toi, vous aimez les mêmes choses, vous avez les mêmes intérêts, mais vous ne pouvez pas savoir si ça va marcher."

Steve Morse est soigneusement testé lors d'une tournée en Afrique du Sud et en Inde, avant d'être définitivement incorporé à Deep Purple pour l'enregistrement de l'album "PURPENDICULAR", qui paraît en février 1996. C'est un disque excellent, sans doute leur meilleur travail depuis leur reformation en 1984. Ils le doivent en grande partie à Steve Morse, qui a su apporter un sang nouveau à une formation qui était restée trop longtemps figée dans son passé prestigieux.

"Ted the mechanic" (CD "Purpendicular")

En juin 1997, Deep Purple publie "LIVE AT THE OLYMPIA '96", puis un nouvel album studio, "ABANDON", un an plus tard. Et le groupe continue de tourner avec une sérénité, une fraîcheur et un enthousiasme qui restent intacts après plus de trente années d'existence. Ce qui est suffisamment exceptionnel pour que Roger Glover s’en étonne.

"Je dois me pincer constamment. Lorsque j’avais quinze ans, mon rêve, c’était de jouer dans un groupe qui marcherait très fort, et chaque matin, je dois me remettre dans le crâne que c’est vraiment arrivé. C’est comme gagner le jack-pot. Je me dis que j’ai beaucoup de chance d’être là après toutes ces années, et d’éprouver encore autant de plaisir à faire ce métier, ce qui est essentiel. Car même le plaisir peut devenir une contrainte. Dans le passé, il y a eu des moments difficiles, mais pour l’instant, on ne peut pas rêver meilleur job."

"Any fule kno that" ( CD "Abandon")

En 1999, avec l'aide d'un compositeur néerlandais qui est aussi un fan de Deep Purple, Jon Lord réécrit le "Concerto for group and orchestra", dont la partition originale avait été perdue. Un nouvel enregistrement paraît en février 2000. Comme l'original, il a été réalisé au Royal Albert Hall, mais avec un nouvel orchestre, le London Symphony Orchestra, et sous la direction d'un nouveau chef, Paul Mann. En février 2002, Jon Lord crée la sensation en annonçant qu'il quitte Deep Purple pour se consacrer à la composition. Pilier essentiel du groupe depuis ses débuts, il est remplacé par un autre vétéran, Don Airey, qui a joué notamment avec Black Sabbath, Rainbow et Whitesnake. La discographie de Deep Purple s'enrichit alors de deux nouveaux albums : "BANANAS", en août 2003, puis "RAPTURE OF THE DEEP", en novembre 2005.

"Rapture of the deep" (CD "Rapture of the deep")

Deep Purple, qui passe l'essentiel de son temps sur la route, publie de nombreux albums "live". Parmi les plus récents, on peut citer le coffret de 4 DVDs intitulé "AROUND THE WORLD LIVE", qui est sorti en mai 2008, et le "LIVE AT MONTREUX 2011 (WITH ORCHESTRA)". Le 23 juillet dernier, le guitariste Steve Morse annonçait que Deep Purple était entré en studio avec le producteur Bob Ezrin pour enregistrer un nouvel album dont la sortie est prévue en 2013. Cette déclaration intervenait une semaine après le décès de Jon Lord, le clavier historique du groupe. Jon est mort le 16 juillet à l'âge de soixante et onze ans, des suites d'un cancer du pancréas. Ses anciens partenaires l'ont salué comme un ami très cher, un frère et un musicien merveilleux dont l'inspiration les avait faits se dépasser.
Mais comme le veut la tradition, "the show must go on", le spectacle continue. A l'automne, Deep Purple entamera une nouvelle tournée. Le groupe sera le 8 novembre à Luxembourg, le 9 à Grenoble, le 11 à Nantes, le 12 à Caen et le 13 novembre au Zénith de Paris. Deep Purple se produira ensuite le 3 décembre à Bruxelles, le 6 à Toulouse, le 7 à Mâcon et le 10 décembre à Clermont-Ferrand.
Au moment de sa disparition, Jon Lord venait de terminer l'enregistrement de la version studio de son "CONCERTO FOR GROUP AND ORCHESTRA". Pour terminer cette Saga, je vous propose d'écouter un extrait du "Troisième Mouvement" de ce concerto. Le disque paraîtra le 1er octobre prochain.

"Movement three" (extrait) (CD Jon Lord : "Concerto for group and orchestra")


DISCOGRAPHIE :

-    "SHADES OF DEEP PURPLE" (album – 1968)
-    "THE BOOK OF TALIESYN" (album – 1968)
-    "DEEP PURPLE" (album – 1969
-    "CONCERTO FOR GROUP AND ORCHESTRA" (live album – 1969)
-    "DEEP PURPLE IN ROCK" (album – 1970)
-    "FIREBALL" (album – 1971)
-    "DEEP PURPLE IN CONCERT" (live album – 1972)
-    "MADE IN JAPAN" (live album – 1972)
-    "MACHINE HEAD" (album – 1972)
-    "WHO DO WE THINK WE ARE" (album – 1973)
-    "BURN" (album – 1974)
-    "STORMBRINGER" (album – 1974)
-    "COME TASTE THE BAND" (album – 1975)
-    "MADE IN EUROPE" (live album – 1976)
-    "THE DEEP PURPLE SINGLES A'S & B'S" (compilation – 1978)
-    "DEEPEST PURPLE – THE VERY BEST OF DEEP PURPLE" (compilation – 1980)
-    "PERFECT STRANGERS" (album – 1984)
-    "THE HOUSE OF BLUE LIGHT" (album – 1987)
-    "NOBODY'S PERFECT" (live album – 1988)
-    "SLAVES AND MASTERS" (album – 1990)
-    "THE BATTLE RAGES ON" (album – 1993)
-    "THE DEEP PURPLE FAMILY ALBUM" (compilation – 1993)
-    "THE GEMINI SUITE – LIVE" (live album – 1993)
-    "COME HELL OR HIGH WATER" (live album – 1994)
-    "IN THE ABSENCE OF PINK (KNEBWORTH '85)" (live album – 1995)
-    "PURPENDICULAR" (album – 1996)
-    "LIVE AT THE OLYMPIA '96" (live album – 1996)
-    "30 : VERY BEST OF" (compilation – 1998)
-    "ABANDON" (album – 1998)
-    "TOTAL ABANDON : AUSTRALIA '99" (live album – 1999)
-    "THE FRIENDS AND RELATIVES ALBUM" (compilation – 1999)
-    "IN CONCERT WITH THE LONDON SYMPHONY ORCHESTRA CONDUCTED BY PAUL MANN" (live album – 1999)
-    "LIVE AT THE ROTTERDAM AHOY" (live album – 2001)
-    "THE SOUNDBOARD SERIES" (coffret live – 2001)
-    "LISTEN, LEARN, READ ON" (coffret – 2002)
-    "INGLEWOOD – LIVE IN CALIFORNIA, 1968" (live album – 2002)
-    "BANANAS" (album – 2003)
-    "RAPTURE OF THE DEEP" (album – 2005)
-    "LIVE AT MONTREUX 2006" (live album – 2007)
-    "AROUND THE WORLD LIVE" (coffret DVD – 2008)
-    "HISTORY, HITS & HIGHLIGHTS '68-'76" (DVD – 2009)
-    "LIVE AT MONTREUX 2011 (WITH ORCHESTRA)" (live album – 2011)
-    "PHOENIX RISING" (live album + DVD – 2011)
-    "DEEP PURPLE ESSENTIAL" (compilation – 2011)
-    "BBC SESSIONS 1968-1970" (compilation – 2011)
-    "LIVE AT MONTREUX 2011 (WITH ORCHESTRA)" (live album – 2011)
-    JON LORD : "CONCERTO FOR GROUP AND ORCHESTRA" (album - 2012)


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Avec des titres comme "Black night" et "Smoke on the water", Deep Purple a été au début des années 70 un des groupes pionniers du hard-rock. Leur nouvelle tournée européenne passera par le Zénith de Paris, le 13 novembre prochain. Au micro de Saga, nous retrouverons quatre membres de ce groupe légendaire : le chanteur Ian Gillan, le bassiste Roger Glover, le guitariste Steve Morse et le regretté Jon Lord, organiste et cofondateur de Deep Purple, qui est mort le 16 juillet dernier, à l'âge de soixante et onze ans. Jon venait de terminer l'enregistrement de la version studio de son "Concerto for group and orchestra". Le CD sortira le 1er octobre.
http://www.rtl.fr/culture/musique/saga-la-saga-de-deep-purple-7771238329
2012-09-07 08:01:00
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