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"Alice au pays des merveilles" : pourquoi l'héroïne de Lewis Carroll a traversé le temps

DÉCRYPTAGE - L'une des premières petites filles à être l'héroïne d'un roman, intrépide et curieuse de tout, Alice fascine toujours, même 150 ans après sa création.

Mia Masikowska dans la peau d'Alice, pour Disney
Mia Masikowska dans la peau d'Alice, pour Disney Crédit : Walt Disney Studios Motion Pictures France
MorganeGiuliani
Morgane Giuliani
Journaliste RTL

Faisons d'abord ce constat. 150 ans après avoir été créé par Lewis Carroll, le personnage d'Alice est toujours aussi prégnant dans l'imaginaire collectif. Cela est en grande partie dû au fait qu'elle demeure omniprésente dans la popculture. De la musique au jeu vidéo en passant par le cinéma, l'univers créé par Lewis Carroll a réussi à s'infiltrer dans les moindres recoins de la culture populaire. 

Alice de l'autre côté du miroir, la suite des aventures d'Alice au pays des merveillessort le 1er juin, avec une production de Tim Burton et Johnny Depp dans le rôle du Chapelier Toqué. M6 diffuse le premier film ce mardi 31 mai à 21 heures en guise d'amuse-bouche. Par ailleurs, du 7 au 16 juin, le théâtre du Châtelet accueillera Wonder.land, une version modernisée du conte en forme d'opéra rock, avec la participation de Damon Albarn, leader de Blur et Gorillaz.

Les précédentes réutilisations d'Alice dans la popculture sont innombrables. Gwen Stefani s'est mise dans sa peau pour le clip de What You Waiting ForIndochine l'a mise sur la pochette de l'album Alice & June, tandis que Muse l'a incluse dans le clip de The Handler, issu de son dernier album. Sans parler du dessin animé de Disney sorti en 1936, ou de la collection de minaudières créées par Olympia Le-Tan, en 2016. 

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L'une des premières héroïnes de roman pour enfants

Comme le rappelle James Bobin, réalisateur d'Alice de l'autre côté du miroir, cette petite fille de 7 ans, issue de la bourgeoisie anglaise, est l'une des premières héroïnes d'un roman pour enfants, d'habitude menés par des garçons. Ce qui lui confère d'emblée un côté exceptionnel.

Lewis Carroll, de son vrai nom Charles Lutwidge Dodgson, s'est inspiré d'une petite fille qu'il connaissait pour imaginer le personnage d'Alice. Il s'agissait d'Alice Liddell, membre d'une fratrie dont il était proche. Tout a commencé lorsqu'elle lui a demandé de lui raconter une histoire, alors que Lewis Carroll et sa famille faisaient un voyage en bateau entre Oxford et Godstow.

Le mathématicien s'est donc mis à hauteur de cette petite fille pour imaginer une histoire dans laquelle elle se reconnaîtrait, mais aussi, les autres enfants susceptibles de la lire. Lewis Carroll donne finalement assez peu de détails physiques, et Alice n'a pas d'habitude ou de caractéristique particulière la singularisant trop. D'elle, on sait surtout qu'elle a une grande sœur ennuyeuse, et un chat nommé Dinah. Le genre de repères un peu désuets que les enfants se créent. Il est donc facile de s'identifier à Alice. 

Une intrépidité à toute épreuve

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La bande-annonce d'"Alice de l'autre côté du miroir" Crédit Image : Capture d'écran/Disney | Crédit Média : Disney | Date :

Le pays des Merveilles porte assez mal son nom. Au lieu de bonnes fées ou autres êtres magiques bienveillants, la petite fille va d'étrangeté en étrangeté, ce qui permet à Lewis Carroll d'être l'un des pionniers du "non-sens".

Alice fait preuve d'un grand flegme dans la plupart des situations. Le simple fait de croiser un lapin affublé d'une montre en gousset ne lui paraît pas étrange. Ni de voir un bébé avec une tête de cochon, ou un chat tout aussi capable de parler que de s'évaporer. Alice prend les choses telles qu'elles viennent, ce qui en fait un personnage inspirant. Elle ne se bat pas contre les éléments, au contraire, elle se laisse transporter au fil de ce cauchemar sans fin. Elle tente aussi de trouver des solutions quand elle se met dans l'embarras, comme après avoir changé de taille à cause des brioches magiques.

Au fur et à mesure de ses aventures au pays des Merveilles, Alice apprend à s'affirmer, ce qui en fait aussi l'un des premiers romans initiatiques. Elle tient ainsi tête à la terrible Reine Rouge, qui a pourtant tendance à les faire tomber dès qu'on la contrarie. Elle s'obstine aussi à discuter avec l'obtuse Chenille, qui n'aime parler que par énigmes. 

Un puit de sagesse

Le flegme d'Alice s'accompagne de réflexions tout aussi drôles que philosophiques, étonnamment sages pour une petite fille de son âge. Comme celle-ci : "Est-ce que, par hasard, on m'aurait changée au cours de la nuit?, se demande-t-elle. Réfléchissons : étais-je identique à moi-même lorsque je me suis levée ce matin? Je crois bien me rappeler m'être sentie un peu différente de l'Alice d'hier. Mais, si je ne suis pas la même, il faut se demander alors qui je peux bien être ? Ah, c'est là le grand problème !"

"Mais alors, dit Alice, si le monde n'a absolument aucun sens, qui nous empêche d'en inventer un ?", peut-on encore lire dans le conte de Lewis Carroll. Dans la bouche d'Alice, certains mots relèvent aussi de l'absurde. "Curiouser and curiouser !" ("Tout est de plus en plus curieux"), s'étonne Alice. Cette réflexion, avec belle faute de grammaire à la clé, est devenue culte. Elle symbolise aussi la manière innocente et parfois maladroite qu'a Alice de s'exprimer. Elle aurait dû dire "Everything is getting more and more curious". Lewis Carroll écrit aussi des mots-valises, un seul mot formé de deux mots. 

Un look iconique et détournable à l'infini

Sous les traits de crayons de Lewis Carroll, et plus tard, ceux de John Tenniel, Alice Liddell, petite brune aux cheveux courts prend une longue et épaisse chevelure blonde, revêt une robe bleue surmontée d'un tablier blanc. Gravé dans le marbre par le long-métrage animé de Disney sorti en 1936, ce look devient iconique. Il est même immortalisé par le célèbre duo de photographes formé par Pierre & Gilles en 1999. 

Alice by Pierre & Gilles ¿¿¿ #aliceinwonderland #pierreetgilles #1999 #love #regram @gilles_pierreetgilles

Une photo publiée par Olympia Le-Tan (@olympialetan) le

De simple déguisement d'Halloween, il est devenu une source d'inspiration à part entière. En 2015, le Victoria and Albert Museum de Londres, dédié à l'histoire de la mode, a consacré toute une exposition à l'influence d'Alice au pays des Merveilles dans la mode. Encore récemment, la créatrice Olympia Le-Tan, basée à Paris, a sorti une collection de minaudières et vêtements inspirés de la version du dessin animé de Disney, ainsi qu'un T-shirt, pour les magasins Uniqlo.  

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DÉCRYPTAGE - L'une des premières petites filles à être l'héroïne d'un roman, intrépide et curieuse de tout, Alice fascine toujours, même 150 ans après sa création.
http://www.rtl.fr/culture/musique/alice-au-pays-des-merveilles-pourquoi-l-heroine-de-lewis-carroll-a-traverse-le-temps-7783456148
2016-05-31 18:40:00
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