Le "Beethoven japonais" a avoué avoir eu recours à un "nègre"

Mamoru Samuragochi, grand compositeur japonais de musique classique comparé à Beethoven en raison de sa surdité à reconnu ne pas avoir composé ses chefs d'œuvre.

Le compositeur Mamoru Samuragochi à Hiroshima, en décembre 2013.
Crédit : JIJI PRESS / AFP
Le compositeur Mamoru Samuragochi à Hiroshima, en décembre 2013.

Le compositeur japonais de musique classique Mamoru Samuragochi, sourd depuis ses 35 ans, a avoué ce mercredi 5 février qu'il n'était pas l'auteur de ses œuvres les plus connues. Surnommé le "Beethoven japonais" en raison de sa surdité, Mamoru Samuragochi a confessé, via son avocat, avoir embauché un "nègre" pour écrire ses compositions principales. "Samuragochi est profondément désolé d'avoir trahi ses fans et déçu les autres. Il sait qu'il n'a aucune excuse", a écrit son avocat dans un communiqué.

D'après le journal Sports Nippon, le compositeur aurait fait ses aveux sous la menace de son nègre, prêt à révéler la supercherie. L'auteur véritable, Takashi Niigaki, s'est d'ailleurs fait connaître ce mercredi, assurant qu'il travaillait depuis 18 ans pour Samuragochi, selon une télévision locale. Il a annoncé une conférence de presse pour jeudi.

Samuragochi devenu sourd à 35 ans


Samuragochi était devenu complètement sourd à l'âge de 35 ans mais a, selon le récit romancé de sa vie, continué à composer, notamment la Symphonie No.1, Hiroshima, en hommage aux victimes de la bombe nucléaire qui avait ravagé cette ville de l'ouest du Japon le 6 août 1945. "J'ai commencé à utiliser quelqu'un pour composer à ma place vers 1996 lorsqu'on m'a commandé une musique de film pour la première fois. Cette personne m'a aidé pour plus de la moitié de cette bande originale", a poursuivi le musicien dont la surdité n'était alors pas encore totale mais s'aggravait.

La télévision publique NHK avait diffusé en mars dernier un long documentaire sur le vrai-faux compositeur. Dans cette émission, intitulée Mélodie de l'âme, la NHK avait suivi Samuragochi lors d'une visite dans la région du Tohoku (nord-est) dévastée par le séisme et le tsunami du 11 mars 2011. Dans un rôle de composition, le musicien était parti à la rencontre de survivants qui avaient perdu des proches dans la catastrophe. Dans le film de la NHK, on le voit apparemment en train de composer un requiem pour une petite fille dont la mère fut une des quelque 19.000 victimes du drame.

Succès impressionnant


Après cette émouvante émission, des dizaines de milliers de Japonais se sont précipités pour acheter sa "symphonie Hiroshima", une sorte d'hymne à la reconstruction rebaptisé par le public "symphonie de l'espoir". Le CD s'est vendu à 180.000 exemplaires - une réussite extraordinaire comparée aux 3.000 copies habituellement écoulées pour les disques de musique classique de bon niveau au Japon.

Mercredi matin, c'est un présentateur décomposé qui, au nom de la NHK, a présenté ses excuses au public. "La NHK a parlé de lui dans ses journaux télévisés et magazines mais, malgré nos vérifications, nous n'avons pas découvert qu'il n'était pas l'auteur de ses œuvres", a poursuivi le présentateur.

"Stupéfaction et colère" au sein de sa maison de disques


La NHK n'est pas la seule à avoir été dupée. Nippon Columbia, la maison de disques de Samuragochi, a aussi appris ce mercredi avec "stupéfaction et colère" la supercherie, a commenté un porte-parole. La maison a souligné que l'imposteur lui "avait certifié être l'auteur des œuvres". Avant d'éventuelles démarches judiciaire, Nippon Columbia a d'ores et déjà stoppé la vente des disques portant le nom de Samuragochi.

Time Magazine avait publié en 2001 un entretien avec le "Beethoven de l'ère digitale" dans lequel ce dernier affirmait que sa surdité avait été une bénédiction : "je m'écoute moi-même. Si vous écoutez vos sons intérieurs, c'est communiquer avec le cœur et vous créez quelque chose de plus vrai. Avoir perdu l'ouïe a finalement été un don de Dieu".

Ce scandale touche aussi le patineur artistique Daisuke Takahashi qui doit représenter le Japon aux Jeux Olympiques de Sotchi, avec un espoir de médaille : il doit notamment concourir sur une musique attribuée à Samuragochi. Sur son site internet, le patineur a assuré qu'il ignorait tout de la supercherie et n'avait aucune intention de changer son programme pour les JO.

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Mamoru Samuragochi, grand compositeur japonais de musique classique comparé à Beethoven en raison de sa surdité à reconnu ne pas avoir composé ses chefs d'œuvre.
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2014-02-05 12:36:14
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