Bernard-Henri Lévy tacle Tim Burton sur l'affaire Polanski

Le philosophe répondait aux questions de Philippe Corbé vendredi matin. Bernard-Henri Lévy a déploré le soutien insuffisant apporté, selon lui, par le président du jury du Festival de Cannes, Tim Burton, à Roman Polanski. "Quand on est président du Festival de Cannes, quand on a cette occasion de dire à un camarade (...) dont on sait très bien qu'il n'est pas un pédophile, quand on a l'occasion de lui dire son soutien et que l'on se contente de dire 'Je suis pour la liberté d'expression', c'est misérable", a-t-il déclaré.

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Le philosophe répondait aux questions de Philippe Corbé Crédits Média : Philippe Corbé | Durée : | Date :
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Philippe Corbé : Bonjour, Bernard-Henri Lévy.

Bernard-Henri Lévy : Bonjour.

Roman Polanski est assigné à résidence dans son chalet suisse depuis plus de cinq mois. Fin avril, une cour d'appel de Californie a rejeté ses recours ; ce qui ouvre la voie à une extradition. La justice américaine veut l'entendre sur cette relation sexuelle qu'il avait eue avec une mineure en 1977. D'abord, certains de ses amis signalent des signes de dépression, s'inquiètent pour sa santé. Est-ce que c'est votre cas, vous aussi, Bernard-Henri Lévy ?
   
Ecoutez... Non, je ne suis pas dans sa tête. Je ne suis pas un de ses proches ; mais enfin, je lui parle à peu près tous les jours au téléphone sous Skype ; je le vois et je le trouve, au contraire, plutôt en forme, avec toujours cette résistance extraordinaire, cette force de caractère qui force l'admiration et qui me frappe depuis le premier jour.

Alors, avec Jean-Luc Godard, vous êtes à l'initiative d'une pétition signée par plusieurs cinéastes en sélection officielle à Cannes, cette année ; et du coup, certains se demandent : est-ce que c'est parce que Roman Polanski est un immense artiste qu'il mérite davantage d'indulgence qu'un citoyen lambda ?

Mais ça, c'est la chose qu'il ne faut pas se lasser de répéter. C'est parce qu'il est un immense artiste, qu'il est l'objet de cette persécution. S'il n'était pas Roman Polanski, ça fait longtemps que son dossier aurait été classé comme il l'avait d'ailleurs été par les juges californiens. C'est parce que sa notoriété, comme on dit, ne le protège, elle le condamne. Elle le désigne ; et elle le désigne notamment à la vindicte du juge californien. Vous savez, il y a quelques jours, il y a eu en Amérique - les juges sont élus et ils font campagne - une soirée de "fund rising" parce qu'on ramasse de l'argent pour la campagne, pour lever des fonds. Et pendant cette soirée de levée de fonds, le postulant juge californien a dit : je vous amènerai Roman Polanski - comme dans les westerns - mort ou vif !
   
S'il fait ça, c'est que ça ramène des voix aux Etats-Unis ?
   
S'il fait ça, c'est que oui, c'est parce qu'il y a aux Etats Unis, un vent de puritanisme, de pudibonderie dont Roman Polanski fait les frais, bien sûr parce qu'on est dans un climat différent de celui des années 70. Mais ce n'est pas parce que ça ramène des voix que nous, on va décider de se taire.

Est-ce que ce sont seulement les puritains ? Regardez, Tim Burton, président du jury du festival de Cannes, cette année. Immense cinéaste lui aussi. Lorsqu'il est interrogé, avant-hier, sur le sort de Roman Polanski, on lui demande : "Est-ce que vous le soutenez ?" Eh bien, il préfère botter en touche comme s'il y avait une sorte de malaise.

Eh bien c'est un immense cinéaste et c'est un caractère médiocre. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ! Quand on est président du Festival de Cannes, quand on a cette occasion de dire à un camarade, à quelqu'un que l'on connaît, par ailleurs, dont on sait très bien qu'il n'est pas un pédophile, quand on a l'occasion de lui dire son soutien et qu'on se contente de dire parce que c'est ça qu'il a dit : "Je suis pour la liberté d'expression".

La liberté d'expression, voilà.

Attendez, c'est misérable. Personne n'a jamais... L'affaire Polanski, ce n'est pas une affaire de liberté d'expression, c'est une affaire de quelqu'un qui trente-trois ans après, alors que la victime supplie qu'on arrête de l'embêter avec ça, alors qu'il n'y a plus la moindre raison de remuer cette vieille histoire, on le persécute. Et la direction de Tim Burton est, en effet, navrante. Mais heureusement, il y a des cinéastes à Cannes - les douze qui ont signé l'appel que nous avons lancé avec Jean Luc Godard - qui sauvent l'honneur.

Du coup, on se demande quand même si même les grands artistes américains, si l'intelligentsia américaine, a un doute, en tout cas, sur Roman Polanski. Est-ce que ce n'est pas contre-productif de vous mobiliser à Cannes avec des cinéastes ? Est-ce que finalement, ça ne va pas donner des arguments à la justice américaine pour dire, voilà c'est de la connivence. Des artistes européens qui se mobilisent pour un des leurs ?

Mais tout est contre-productif. Vous savez, ne rien dire c'est contre-productif. Ca veut dire qu'on va le laisser mourir dans son châlet, oublié de tous, comme une espèce de masque de fer enfermé derrière ses volets... Se mobiliser, on va dire que c'est contre-productif.

J'entends cet argument depuis toujours. Ca fait trente-cinq ans que chaque fois que je me mobilise pour une cause ou pour un homme, il y a toujours des gens, des prudents, des cauteleux, pour dire : "Ah mais attention, n'en faites pas trop ! Ne faites pas de vagues ! Laissez les négociations en coulisses se faire, c'est contre-productif !" Je n'en sais rien. C'est indécidable. Moi je crois qu'il faut faire les deux. Je pense qu'il y a aujourd'hui des chancelleries, des responsables politiques de tout premier plan qui font beaucoup pour la libération de Roman Polanski...

Y compris Nicolas Sarkozy ? Y compris la France ?

Je l'imagine, oui. Je n'ai pas d'information.

Vous l'imaginez seulement ?

Je n'ai pas d'information... Oui, enfin je n'imagine pas Nicolas Sarkozy ne pas faire tout ce qu'il peut pour que soit arrêté cet espèce de scandale ubuesque et kafkaïen.

Concrètement, est-ce qu'il a sollicité Barack Obama à ce sujet ?

Je ne sais pas. Je vous dis que je n'ai pas d'information ; mais je ne peux pas imaginer un pays comme la France dont Roman Polanski est un des ressortissants les plus prestigieux, innocent, ayant purgé sa peine, parce que c'est quand même l'élément très important ça.

Là, il faudrait que vos auditeurs en prennent conscience.Roman Polanski, arrêtons de dire qu'il a fui la justice américaine ; et arrêtons de dire qu'il a échappé à la justice...

Il avait fait un deal avec la Justice américaine ?

Non, non.
- D'abord, il était en Europe. Il est rentré d'Europe en Amérique pour rentrer en prison dans le pénitencier de haute sécurité de Cinno, premièrement.
- Deuxièmement, le juge américain de l'époque qui s'appelle monsieur. Rittenband, qui est mort aujourd'hui, avait fait un accord avec Roman Polanski et sa victime en disant : cette peine-là, ça sera  l'intégralité de la peine.

Donc, il l'a faite ?

Donc, il  a fait sa peine. Roman Polanski
1. n'a pas fui la Justice
2. a purgé sa peine.
Il a payé, il a commis un délit en 1977. Il a payé en 1977. Cette affaire est terminée, elle est close. Et la manière dont elle revient aujourd'hui avec cette espèce de méchanceté, de cruauté, ce sadisme judiciaire est quelque chose qui ne peut que révolter.

Pour revenir à la mobilisation diplomatique, on pourrait imaginer que Nicolas Sarkozy, peut-être la Pologne aussi se mobilise et lance un appel officiel, solennel, public à Barack Obama, à Arnold Schwarzenegger, le gouverneur californien pour dire : Arrêtez tout ça !

Ecoutez, moi je crois qu'il y a plusieurs manières d'agir. Jean-Luc Godard, citoyen suisse, s'adresse à la justice helvétique en leur disant à travers la pétition que nous avons lancée ensemble sur le site de la règle du jeu, en disant aux Suisses, "Ne faites pas confiance à Terminator 1 et Terminator 2", comme dit Jean Luc Godard, c'est-à-dire à Schwarzenegger et à son procureur. Ca, c'est le boulot de Godard ; et puis, je pense, en effet, que le gouvernement polonais et le gouvernement français ont d'autres canaux et c'est bien que ça marche des deux manières. Il faut que Roman Polanski sorte. Il faut qu'il recommence à faire ce pour quoi il est fait et avec quoi il enchante des décennies de cinéphiles, c'est-à-dire des grands films.

Pour terminer sur une note beaucoup plus légère qui n'a pas de lien directement avec Roman Polanski. La France est divisée en deux à un mois de la Coupe du Monde. Ceux qui sifflent Raymond Domenech et ceux qui applaudissent les Bleus. Vous êtes dans quel camp, vous ?

Moi je suis dans le camp de ceux qui défendent Roman Polanski, et je suis dans le camp de ceux qui défendent Jafar Panahi, c'est-à-dire là encore...

Un autre cinéaste. Voilà.

Là encore, ce juré du Festival de Cannes qui, lui aussi, est en prison parce que Polanski n'a pas assigné à résidence. Il est en prison avec un bracelet électronique dont on lui a envoyé la facture comme les Chinois envoient aux familles la facture de ceux qu'ils exécutent d'une balle dans la nuque. Donc, il y a aujourd'hui deux grands absents à Cannes : il y a un juré qui est Jafar Panahi dont le seul crime, alors là oui, est de lutter pour la démocratie. Et puis, il y a Roman Polanski dont le seul crime est aucun crime du tout puisque le crime de 1977, il l'a payé.

Alors, je ne sais pas si Tim Burton écoute RTL, ce matin, mais en tout cas, ses oreilles ont dû siffler s'il vous a entendu Bernard-Henri Lévy !

Ecoutez, je l'espère parce qu'en plus, c'est un cinéaste que je respecte infiniment et c'est vrai que cette déclaration m'a fait beaucoup.... une peine infinie.

Bernard-Henr- Lévy était l'invité de RTL ce matin.

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par Philippe CorbéJournaliste RTL
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Bernard-Henri Lévy tacle Tim Burton sur l'affaire Polanski
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Le philosophe répondait aux questions de Philippe Corbé vendredi matin. Bernard-Henri Lévy a déploré le soutien insuffisant apporté, selon lui, par le président du jury du Festival de Cannes, Tim Burton, à Roman Polanski. "Quand on est président du Festival de Cannes, quand on a cette occasion de dire à un camarade (...) dont on sait très bien qu'il n'est pas un pédophile, quand on a l'occasion de lui dire son soutien et que l'on se contente de dire 'Je suis pour la liberté d'expression', c'est misérable", a-t-il déclaré.
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2010-05-14 10:36:00