Audiovisuel public : Patrick de Carolis défend son indépendance sur RTL

Pour la première fois, Patrick de Carolis s'est exprimé sur RTL sur la réforme de l'audiovisuel public. Le président de France Télévisions a fait plusieurs mises au point pour marquer son indépendance, notamment vis-à-vis du pouvoir. "Jamais je ne soumettrai mes grilles de programmes à un quelconque visa en dehors de l'entreprise", a-t-il lancé. Pour répondre à Nicolas Sarkozy, qui explique que la télé publique ressemble trop à la télévision privée, Patrick de Carolis explique que c'est "faux, stupide et profondément injuste". Concernant le financement de la suppression de la publicité, il estime que "le compte n'y est pas" et qu'il prendra ses responsabilités s'il n'obtient pas les moyens nécessaires pour faire son travail.



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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Patrick de Carolis.


Patrick de Carolis : Bonjour, et bonjour à vos auditeurs qui sont aussi les téléspectateurs de France Télévisions.

Nous sommes heureux de vous accueillir, ce matin. Le Président de la République a justifié ainsi, lundi soir, sur France 3, la réforme de l'audiovisuel public qu'il a initiée. Les programmes de France Télévision, a-t-il dit, ressemblent encore trop aux programmes des chaînes privées. Qu'avez-vous pensé de ce jugement, Patrick de Carolis ?

Pas du bien.

Vous n'êtes pas d'accord avec le Président de la République quand il dit cela ?

Non je ne suis pas d'accord avec lui. Je le lui ai dit d'ailleurs. On s'est expliqué très, très franchement. Vous savez, je crois qu'il est temps de dire que la télévision, c'est un métier qui est fait par des professionnels, qui répond à des règles, à des processus industriels parfois et qu'il est bon qu'on laisse travailler les professionnels.

Et ce jugement vous a paru mal prendre en compte leur travail ?

Depuis trois ans, avec Patrice Duhamel, avec des équipes de France Télévision, nous nous efforçons de faire une télévision respectable. Et j'entends qu'elle soit respectée.

Elle ne l'est pas ?

Depuis trente-cinq ans que je fais ce métier à la télévision, j'ai toujours eu une ligne de vie professionnelle qui est l'indépendance quels qu'aient été mes actionnaires : privés ou publics, et je trouve que lorsqu'on dit qu'il n'y a pas de différence entre la télévision de service public ou les télévisions privées, je trouve cela faux, je trouve cela stupide, et je trouve cela injuste, profondément injuste.

Ces mots (excusez-moi !), ces mots de "faux et stupide" qui sont adressés au Chef de l'Etat sont très violents...

... qui sont adressés à tous ceux qui portent un jugement qui est inexact sur le travail qui est fait par des milliers de collaborateurs.

Ces jugements vous mettent en colère, Patrick de Carolis ?

Non pas du tout. Je suis ni en colère, ni fatigué, ni usé. Je dis tout simplement les choses telles que je les ressens en chef d'entreprise qui défend une maison, qui défend un savoir-faire et qui défend des collaborateurs qui sont inquiets pour leur avenir, à juste titre.

Parlons justement de cet avenir, si vous le voulez bien ?

Si vous le voulez bien !

La suppression de la publicité sur France Télévisions entre 20 heures et 6 heures du matin interviendra le 1er janvier prochain. Le manque à gagner pour votre groupe, France Télévisions, est de 450 millions d'euros. Il est estimé à ce niveau ; et le Président de la République a décidé que des taxes seraient créées pour compenser ce manque à gagner. L'équilibre financier tel qu'il est envisagé par la réforme vous paraît-il satisfaisant, Patrick de Carolis ?

D'abord très rapidement, j'ai salué le travail de la Commission Copé et certaines de ses préconisations. J'ai salué également certaines pistes qu'avait retenues le Président de la République, et notamment celles de l'entreprise unique. J'y suis totalement favorable puisque c'est un, je dirais, une préconisation que j'avais faite moi-même, il y a plus d'un an et demi. Je crois que cette télévision doit se réformer.

Sur l'aspect financier, nous allons engager - et le Président de la République m'a demandé avec Christine Albanel de travailler sur un plan d'affaires pour les prochaines années. J'estime aujourd'hui, d'après les déclarations des uns et des autres que le compte n'y est pas. J'estime aujourd'hui que nous n'avons pas les moyens de nos ambitions futures. Donc, nous allons faire ce plan d'affaires, je vais y mettre toute mon énergie, tout mon professionnalisme. Nous allons travailler avec les services de l'Etat que je respecte et qui sont compétents ; et puis, à la fin de l'été, courant septembre, nous verrons si le compte y est. Si le compte y est, je m'en féliciterais, je le dirais. S'il n'y est pas, je prendrais mes responsabilités.

Vous savez, M. Aphatie, à l'impossible nul n'est tenu ! Donc si à un moment donné, je vois que je n'ai pas la possibilité de faire mon travail, d'avoir les moyens de nos ambitions, je le dirais et je dirais "stop". Et je vais vous dire une chose : Il y a deux indicateurs dans ma vie. Il y a le professionnalisme, les budgets c'est-à-dire avoir les moyens de nos ambitions, et comme je le disais tout à l'heure, il y a l'indépendance. Jamais (vous entendez !) -je crois qu'il est bon de le rappeler quand je lis ça et là certains commentaires... Jamais je ne soumettrai mes grilles de programme. Jamais je ne soumettrai à un quelconque concept d'émission à un quelconque visa venu de l'extérieur de l'entreprise. Que cette chose soit dite. Elle est claire et simple.

Elle a été entendue, sans doute, Patrick de Carolis. Ce matin, sur RTL, vous faites beaucoup de mises au point finalement. D'une part, le travail depuis trois ans, a différencié notamment France Télévisions et les télévisions privées. D'autre part, le compte n'y est pas. Vous le dites ce matin ?

Je dis que pour l'instant, le compte n'y est pas. Et c'est mon devoir de le dire avant une négociation qui va s'engager et qui est cruciale pour l'avenir de France Télévisions.

Mais une négociation ? Vous espérez davantage d'argent ?

Je l'espère. J'espère, en tout cas, qu'il y aura l'équilibre financier. L'équilibre financier est absolument nécessaire pour la bonne marche de l'entreprise. Il est absolument nécessaire pour le développement de cette entreprise. Et il est absolument nécessaire pour la réussite de cette grande réforme que j'appelle de mes vœux.

Vous sentez, aujourd'hui, que le climat, le rapport avec le Président de la République est, comment vous le qualifieriez, assez mauvais, on peut le dire comme ça ?

Non pas du tout. Il est franc. Il est respectueux. Mais vous savez, moi je ne rentre pas dans une vision affective des choses. Je ne suis pas dans "je t'aime moi non plus". Je suis chef d'entreprise, je vis une période extrêmement dense, parfois rude.

Difficile ?

Difficile. Je crois que tous les Chefs d'entreprise qui ont vécu cette période d'incertitude peuvent me comprendre. Depuis le début de l'année, je tiens comme on dit le cap de ce navire, j'en suis fier, j'en suis totalement responsable. Et je mettrai toute mon énergie à défendre les intérêts de cette entreprise.

Le Président de la République a aussi décidé que désormais le président de France Télévisions serait nommé directement en conseil des ministres, et non plus par le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel. Il l'a justifié, lundi soir, en disant que ce système actuel nommé par le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, représentait, était une hypocrisie totale. Vous, c'est le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel qui vous a nommé. Vous êtes donc issu d'une procédure hypocrite, Patrick de Carolis ?

Ecoutez, je suis très fier d'avoir été élu par le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel pour qui j'ai une très grande estime. Vous savez, moi j'ai été élu il y a trois ans sur un programme professionnel, sur du contenu, sur une ambition, sur un projet industriel qui était de faire un groupe. Je l'ai proposé à neuf conseillers qui m'ont élu dès le premier tour avec cinq voix. Ca n'a pas été facile parce qu'à l'époque, souvenez-vous, l'Elysée ne me soutenait pas contrairement à ce que l'on a cru ou dit. Matignon ne me soutenait pas. La veille de mon audition, il y a eu dans un grand quotidien parisien, un grand titre comme quoi Matignon soutenait le candidat sortant...

Marc Tessier.

Je n'étais pas soutenu par le ministre de la Culture de l'époque. Et j'ai été élu. C'était une grande preuve d'indépendance de cette institution.

Donc, le système n'est pas aussi hypocrite que le Président l'a dit ?

Mais vous savez, je suis très mal placé pour répondre à cette question. Je suis en poste. Donc quelle que soit la réponse que je vous ferais, elle ne sera pas dénuée ou en tout cas, considérée comme telle d'arrière-pensées.

Ce que je veux dire. Je vais donner cet exemple qui est un exemple d'indépendance. Et puis, je vais en donner un autre. Vous savez, dans les années 70, un monsieur a été nommé. Il s'appelait Pierre Desgraupes. Il a été nommé par le gouvernement. Et il a été le symbole même de l'indépendance. Donc je crois qu'aujourd'hui, ce qui est important quelles que soient les procédures, à partir du moment où elles garantissent cette indépendance, à partir du moment où elles s'appuient, elles se fondent sur un projet professionnel d'un candidat, je crois qu'après, l'indépendance c'est affaire d'hommes, c'est affaire de femmes. Moi je suis indépendant dans ma tête.

Chacun aura noté, Patrick de Carolis, vos propos d'une grande franchise ce matin au micro de RTL.

Comme toujours.

Ils pourraient avoir des conséquences. Vous vous y préparez ?

Les conséquences, c'est que je mets au travail l'entreprise. Elle est sur le chemin de la réforme. Et je mets toute mon énergie à défendre ses intérêts.

Vous serez président de France Télévisions au moins jusqu'à la fin de l'été ?

(silence) Je pense...

Donc, nous vous remercions d'être venu sur RTL ce matin.

A très vite.

Patrick de Carolis était l'invité de RTL. Bonne journée.

par Jean-Michel AphatieJournaliste RTL
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http://www.rtl.fr/culture/medias-people/audiovisuel-public-patrick-de-carolis-defend-son-independance-sur-rtl-669122
2008-07-02 07:50:00