L'Académicien Jean Dutourd est mort

Lui-même se définissait comme un "bon à rien". Il était pourtant académicien... Jean Dutourd est mort lundi soir à Paris. Il avait 91 ans. Ancien résistant, il se lança dans l'écriture de romans après la guerre. Par la suite, il collabora avec "France Soir", d'abord comme critique littéraire, puis en tant qu'éditorialiste. Sur RTL, ce provocateur un brin potache fut l'un des piliers des "Grosses Têtes". Jusque dans les années 2000, il répondait aux questions de Philippe Bouvard par téléphone. Le président Nicolas Sarkozy salue en lui un "iconoclaste des lettres françaises". La station de la rue Bayard lui a rendu hommage à l'occasion d'une émission spéciale mardi de 16 heures à 18 heures.

Né le 14 janvier 1920, ancien résistant, auteur du Complexe de César paru en 1946 qui obtint le prix Stendhal, Jean Dutourd avait été conseiller littéraire au sein de la maison d'édition Gallimard, éditorialiste et critique dramatique au quotidien "France Soir".

On doit à cet anarchiste de droite, ex-gaulliste de gauche et fervent admirateur du général de Gaulle, plusieurs dizaines de romans parmi lesquels "Au bon beurre" (Prix Interallié 1952), impitoyable portrait d'un couple de crémiers opportunistes sous l'Occupation, "Les Horreurs de l'amour" (1963), "Masacareigne" (1977), "Le séminaire de Bordeaux" (1987), "Portraits de femmes"  (1991), "L'Assassin" (1993), "Journal intime d'un mort" (2004).

Défenseur passionné de la langue française, entré à l'Académie française en 1978, il a épinglé le langage à la mode et s'est indigné des atteintes subies par le français en particulier dans "Le Fond et la Forme" (essai en trois volumes, de 1958 à 1965), "Ca bouge dans le prêt-à-porter" (1989), critique féroce de la prose journalistique, et "A la recherche du français perdu" (1999).

Le 30 novembre 1978, il est élu membre de l'Académie française, au fauteuil de Jacques Rueff.

Il était veuf et père de deux enfants, dont une fille décédée.

La réaction exclusive de PHILIPPE BOUVARD sur RTL :
"Jean Dutourd était un homme de lettre, quelqu’un qui a passé sa vie à écrire, dont toute l’ambition consistait chaque année à publier un beau livre, et qui ne vécu jamais que de sa plume. Ils sont très rares, il y en a à peine quelques dizaines aujourd’hui. C’était aussi le patriarche des Grosses Têtes, c’était notre bonne conscience culturelle. De temps en temps nous l’entrainions dans nos facéties, mais nous lui devons beaucoup car il a donné aux Grosses Têtes leurs lettres de noblesse. J’avais une expression a son égard qu’hélas je suis incapable d’appliquer à un autre contemporain : Jean Dutourd savait tout sur tout, et dans l’ordre. On pouvait l’interroger sur n’importe quoi et en même temps il était resté non seulement simple et surtout extrêmement joyeux. C’est a la fois un homme couvert d’honneur et iconoclaste. Il n’était pas mécontent de pouvoir chanter La Petite Emilie à l’époque ou il était candidat à l’Académie. Il tenait sa partie complètement dans notre petit orchestre."

Ils ont également réagi sur RTL :

JACQUES BALUTIN
"Son érudition m’éblouissait... Sur le français il était très très à cheval il avait envie que la culture française, sa culture à lui, son français reste présent et vivant..."

ISABELLE MERGAULT
"on jouait le couple ! c’était le couple improbable lui et moi. Il avait un talent d’écriture incroyable, mais il avait aussi beaucoup d’humour et puis il acceptait ceux qui n’avaient pas sa culture... c’est pour ça que je me sentais à l’aise, je ne me sentais pas jugée… quand on ne connaissait pas, il vous expliquait, il vous donnait envie de lire."

MACHA MERIL
"Ce qui était formidable chez lui, c’était sa vivacité... c’était un homme qui savait beaucoup de choses  et qui relativisait, mais qui avait un humour féroce... et beaucoup de modestie... avec lui part un grand gentleman, un grand amoureux des femmes. Je crois qu’il avait vraiment une passion pour Tolstoï ou Dostoïevski et il était imbattable, il se rappelait du nom de tous les personnages !"

GUY BEDOS
"Je l’ai connu avec Félicien Marceau qui m’avait rapproché de lui, et je l’appréciais beaucoup... ça m’a touché, je l’avais un peu perdu de vue et l’annonce de sa disparition ne m’a pas laissé indifférent."

AMANDA LEAR
"Nous sommes tous très tristes nous avons encore perdu l’un de nos joyeux compagnons... C’était une merveille de culture, d’éducation, un côté un peu vieille France… il avait toujours cet œil très pétillant, très rieur moi c’est ça qui me fascinait chez Dutourd c’est qu’on aurait dit toujours qu’il riait parce qu’il avait ces petits yeux très malins et puis cette moustache toujours coquine, frémissante, il était toujours alerte."

FRANCIS PERRIN
"On peut être fier d’avoir croisé un homme aussi érudit, et surtout, moi ce qui me plaisait c’était ses petits yeux malins qui avaient toujours l’air de faire une farce… et derrière une grande élégance parce qu’il ne se prenait pas au sérieux alors qu’il avait toutes les raisons de le faire... J’étais très très heureux de partager ces quelques moments avec lui… d’avoir croisé un homme comme ça, on ne perd jamais son temps."

par La rédaction numérique de RTL
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