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Et si une simple protéine permettait de soigner la cécité ?

Déjà testée sur des souris, cette solution présente dans la nature va commencer à être expérimentée sur des êtres humains.

Et si une simple protéine permettait de soigner la cécité ?
Et si une simple protéine permettait de soigner la cécité ? Crédit : iStock
PaulGuyonnet
Paul Guyonnet
Journaliste RTL

Et si un élément présent dans la nature parvenait à vaincre la cécité chez l'Homme ? Nombreux sont ceux qui croient en cette avancée à peine imaginable de la médecine, à tel point que les premiers tests sur des êtres humains vont commencer aux États-Unis, à l'initiative d'une entreprise nommée RetroSense Therapeutics. Derrière ce projet potentiellement révolutionnaire, une idée plutôt simple : celle de modifier la façon dont le cerveau "voit", c'est-à-dire dont il reçoit des stimulations et les traduit en information. 

Ce fameux élément qui est au cœur de toutes les attentions est une protéine nommée Channelrhodopsin-2, qui est présente dans la nature et dont les scientifiques ont réalisé qu'elle pouvait faire correspondre des habitudes et des réflexes à la perception de signaux lumineux. Ainsi, des chercheurs ont réussi à modifier le comportement de certains animaux en insérant la protéine dans leur organisme. Avec un simple stimulus lumineux, dans certaines études, la lumière rendait par exemple instantanément des souris agressives, dans d'autres un flash de lumière activait un réflexe chez l'animal, lui rappelant par exemple un souvenir. 

Un nouveau système de "traduction"

Mais comment alors, cette molécule qui réagit à la lumière pourrait-elle rendre la vue à des aveugles ? Toute la réponse réside dans son fonctionnement. En effet, channelrhodopsin-2 se trouve naturellement dans certains types d'algues auxquelles elle permet la photosynthèse, c'est-à-dire de transformer de la lumière en matière organique. Quand elle reçoit de la lumière, la molécule agit à la manière d'un tuyau ou d'un neurone et conduit de l'information. Or les chercheurs se sont rendus compte qu'il était possible de choisir quel type d'information la protéine allait laisser passer, une fois activée par la lumière. 

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Un fonctionnement qui est peu ou prou le même que celui des yeux de l'être humain. Chez un individu dont la vue est normale, la lumière captée par l'organisme passe au travers de la rétine et va frapper des "photo-senseurs" qui la traduisent en information, en couleurs et en formes notamment. Chez les personnes aveugles, ce système est déficient. Certains capteurs ne sont plus à même de traduire les signaux reçus en formes ou en couleurs, donnant progressivement lieu à une perte de vision.

Une méthode déjà éprouvée

C'est justement ce que pourrait remplacer la molécule channelrhodopsin-2. En clair, la protéine viendrait jouer le rôle de traducteur et convertirait les données reçues à la place des capteurs détériorés en information lisible par le reste de l'organisme et notamment le cerveau. Par elle-même, la protéine pourrait donc redonner la vue à des personnes aveugles.

En 2006 déjà, le docteur Zhuo-Hua Pan, chercheur à l'Université de Wayne State (dans le Michigan, aux États-Unis), avait réussi à prouver le succès d'une telle méthode. En quelques mois seulement, il avait réussi à redonner la vue à des souris, leur permettant de réussir chaque test de vision proposé. "Tout a fonctionné à la perfection, et ce dès le début, a-t-il expliqué à Wired. En gros, on a été très chanceux."

Un coup de chance tout sauf anodin et très rapidement repéré par l'industrie pharmaceutique. Dès 2009, l'entreprise RetroSense Therapeutics, basée non loin de l'Université de Wayne State, lui propose de racheter sa technologie pour la tester sur des humains. Une demande à laquelle vient d'accéder la FDA, l'agence américaine notamment responsable de donner le feu vert à la commercialisation de médicaments.

Des premiers tests grandeur nature

Résultat : l'entreprise va commencer ses tests sur 15 patients atteints de différentes formes de rétinite pigmentaire. Dans un premier temps, l'enjeu pour RetroSense Therapeutics est de redonner une sensibilité à la lumière à ces organismes déficients, en contournant les photorécepteurs atteints par la maladie. 

Si la protéine channelrhodopsin-2 n'est pas capable de redonner une vision parfaite aux individus, notamment parce qu'elle ne peut gérer autant de couleurs et d'intensités que les photorécepteurs naturels de l'Homme, elle doit pouvoir redonner une forme de vision, à condition que le cerveau parvienne à interpréter les nouveau signaux qu'elle lui enverra. Reste maintenant à suivre les progrès de l'entreprise américaine, peut-être le début d'une véritable révolution pour des millions d'aveugles dans le monde. 

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Et si une simple protéine permettait de soigner la cécité ?
Déjà testée sur des souris, cette solution présente dans la nature va commencer à être expérimentée sur des êtres humains.
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2015-09-29 15:03:56
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