Le dérapage verbal de Biden se situe à 7min 14 secondes
Capitaliser. Expliquer. Convaincre.
Aujourd'hui, Obama était dans l'Iowa pour vendre et expliquer sa réforme de la santé. Pourquoi l'Iowa ? C'est là que tout a commencé pour lui. La "grassroots campaign", les militants qui affluent, le discours qui passe et la 1ère victoire lors de la 1ère primaire. Retourner dans l'Iowa, c'est, pour lui, montrer le lien entre les promesses électorales et les promesses tenues. Comme l'expliquait Justin Vaïsse lundi matin sur RTL, cette victoire d'Obama lui permet de passer du Président "virtuel" au Président "réel". Voici Obama en 2007 dans l'Iowa. Pub de son mouvement.
Aujourd'hui, les américains dans ce premier sondage semblent apprécier davantage le texte démocrate. Tout le travail de la Maison Blanche et des démocrates est à présent de rendre populaire ces changements en les rendant concrets. Une précision, même si certaines améliorations vont se réaliser dans les 6 mois, la plupart des vraies ruptures avec le système actuel devront attendre 2014. Après la prochaine présidentielle. Mieux vaut donc anticiper une impatience qui à coup sûr se fera sentir assez vite.
Obama ressort évidemment renforcé de cette bataille. Le plus intéressant est d'essayer de comprendre ce que cette épreuve dit de lui. Incontestablement, il a su rester calme, confiant, posé, prenant le temps d'avancer sans brusquer les choses. En laissant le Congrès travailler avant de conclure les discussions. Ces qualités montrées pendant la campagne demeurent.
A l'inverse (c'est le pendant), Obama s'est montré par moment peu réactif, un peu lent à réagir, légèrement distant par rapport à l'événement. Rappelons-nous de cet été lorsque les Tea Parties et les town hall meetings accaparaient la une des journaux. Ces "défauts" restent eux aussi.
Le pragmatique Obama change d'idée
Plus important selon moi : son pragmatisme. Obama n'est pas le Saint de la politique américaine. Sa pensée, ses positions ont évolué pendant l'année de débat. Le candidat Obama était tout de même opposé (fermement) à l'idée d'une assurance obligatoire (mandatory) contrairement à Hillary Clinton. Il a donc changé d'avis. Le texte de loi oblige les américains à s'assurer sous peine d'amendes.
Obama était favorable à une mutuelle publique (public option) avec une intervention de l'Etat beaucoup plus forte. L'idée a été abandonnée. Elle était pourtant centrale et indispensable aux yeux de sa base. Elle aurait transformé le système là où la réforme retenue l'adapte uniquement. Obama a vite compris que cette idée n'aurait jamais la majorité. Je me souviens que cet été, sans la renier mais en l'effaçant progressivement avant de l'écarter sans le dire, la Maison Blanche a enterré l'option publique. Obama a donc navigué en laissant tomber ses principes de départ uniquement pour obtenir un texte à l'arrivée. Comme l'a dit (en substance) son chef de cabinet, R. Emanuel : peu importe le texte, il faut les voix.
Les Républicains maintiennent leur "Kill Bill" !
A présent les républicains promettent une longue bataille de procédures et d'arguments juridiques pour retarder et contester l'application de la loi. Peu de chances que la loi soit gommée si les républicains gagnent une majorité en novembre. Mais avant cela, il faut que la réforme passe à nouveau le Sénat. Et la tactique est dangereuse selon cette analyse de NPR.
On vient d'apprendre cette nuit d'ailleurs que la loi devrait repasser devant la Chambre des représentants car les républicains ont modifié deux articles au Sénat. Cela ne la menace pas mais cela va retarder encore les choses.
Les limites de la loi
Au-delà du texte et de sa portée, une réflexion. 32 millions d'américains supplémentaires vont pouvoir s'assurer, c'est évidemment une très bonne chose. Mais plusieurs millions (environ 14) restent sur le côté. Les assureurs ne pourront plus refuser de malades parce qu'ils ont des antécédents médicaux (il faudra vérifier après les recours possibles devant les tribunaux des compagnies si cette disposition majeure est réellement appliquée) mais les compagnies d'assurances vont récupérer 32 millions de nouveaux clients ! Elle devront payer des taxes supplémentaires, certes, mais elles s'en sortent plutôt bien.
Le pouvoir a composé avec les assureurs souvent présentés comme le "mal". La loi va aussi obliger l'Etat à embaucher des milliers d'agents du fisc pour vérifier que les américains s'assurent bien.
La violence en politique. Insupportable.
Dernière observation, ce débat d'un an a été, surtout sur la fin, d'une violence énorme. Du "baby killer" lancé dans l'enceinte de la Chambre des représentants aux insultes racistes, l'affrontement politique américain devient insupportable. Stupak, le démocrate anti-avortement qui pour finir (après avoir obtenu l'assurance d'Obama que l'Etat ne rembourserait pas ces actes) a voté le texte et reçu des menaces de mort. Je vous conseille de lire ce papier de Politico, cela fait froid dans le dos.
Les cas ne sont pas comparables mais il faudrait que certains ministres français très en colère après une chronique sur une radio du service public viennent passer quelques jours à Washington pour assister à des débats parlementaires ou écouter certaines émissions de télé. La douceur française n'est pas une légende comparée à la violence de l'affrontement politique ici !
Et voici le best-of du "hate speech" heureusement teinté de l'humour de James Stewart. Obama est traité de raciste, anti-blanc, comparé à Hitler sur Fox news ou dans certaines manifs.
Vive l'humour à la française, un peu fouine mais tellement plus respectueux ! Et si. Ne "besson" pas les bras...
Exemple de racisme avec J.Clyburn, élu démocrate de Caroline du Sud qui a reçu un fax avec un dessin représentant une corde et un nœud
CU Soon.
à propos du blog
Philippe Antoine était le correspondant de RTL aux Etats-Unis de 2005 à 2010. Basé à New York, il voyageait régulièrement pour couvrir l'actualité américaine en reportage. Dans son blog multimédia (vidéo-photos-sons-textes), Philippe nous a fait vivre au quotidien l'Amérique d'Obama.