Pour la 3ème fois en 45 jours, le Président américain se rendra en Louisiane pour inspecter le dispositif et rencontrer les différents acteurs. Il y restera moins de 6 heures. La semaine dernière, montre en main, son programme indiquait une présence pendant 3 heures et 15 minutes !
Obama pêche surtout par sa communication. C'est le défaut de ses
qualités. L'homme est décrit par ses proches et ceux qui l'accompagnent
comme étant posé, calme, réfléchi. La campagne et ses débuts au
pouvoir ont confirmé cette maîtrise de lui. Rarement un mot plus haut
que l'autre. Son approche des dossiers est marquée par sa formation
d'avocat. Il a toujours besoin de "contextualiser" les enjeux,
d'expliquer la complexité des choses, de justifier sa démarche.
Intellectuellement, Barack Obama donne à penser. La caricature est rare
chez lui. C'est à mon sens une qualité à ce niveau de responsabilité.
Plutôt que de simplifier à outrance face à une opinion publique large,
Obama joue les pédagogues. Parfois les profs.
Émotion? Terrain ? Compassion ? Non Obama est factuel
Mais la marée noire n'est pas la réforme financière. Et les Américains
n'ont pas envie d'écouter leur président leur expliquer la situation
déjà bien comprise. Depuis le début de cette catastrophe (tellement
annoncée), Obama a une distance par rapport à l'évènement. Il ne montre
pratiquement pas de sentiment. Son implication est peu visible. Lors de
sa dernière visite en Louisiane, il a rencontré des officiels ; lors de
sa première visite à Venice, cinq pêcheurs pendant à peine dix minutes. La
marée noire est avant tout "technique", c'est d'ailleurs la raison pour
laquelle l'État est "piégé" car dépendant de la technologie détenue par
BP. Mais justement, Obama devrait jouer la carte du président aux côtés
des pêcheurs, des habitants, et du Sud souffrant de cette pollution
durable.
Les sondages montrent une opinion publique critique à l'égard d'Obama.
C'est surtout la tendance qui est inquiétante. Sa gestion est de plus
en plus critiquée.
Pendant les premiers mois de sa présidence, Obama avait dit vouloir
lutter contre la "bulle" du pouvoir. Il devait passer une semaine en
Indonésie et dans la région à la fin du mois. Il n'aura passé qu'une quinzaine d'heures dans le Golfe du Mexique. D'où le nouveau report du
voyage. Bonne décision. Au moins.
Voici plusieurs éléments pour mieux comprendre l'effet marée noire sur
Obama. Lisez cet édito, il raconte bien le danger pour l'image du
Président, à lire dans le Washington Post.
L'action BP elle aussi plonge. Le pétrolier britannique est présent
depuis 15 jours au quotidien dans les grands journaux US avec des pubs
pour expliquer et défendre son action. C'est aussi depuis cette semaine à
la télé.
C'est ce même PDG, Tony Hayward qui affirmait une semaine après
l'explosion que les "conséquences sur l'environnement seraient très très
modestes". Gotcha !
Mais les pubs détournées affluent sur le net. Certaines très efficaces.
Ca mouille !
En attendant, si les projections de ce centre universitaire sont
exactes, la marée noire va coller aux pieds du président pendant
plusieurs mois, en touchant une dizaine d'Etats. Et si les élections de
mi-mandat se jouaient sur le pétrole et non plus seulement sur l'emploi ou la santé ? Possible.
Philippe Antoine était le correspondant de RTL aux Etats-Unis de 2005 à 2010. Basé à New York, il voyageait régulièrement pour couvrir l'actualité américaine en reportage. Dans son blog multimédia (vidéo-photos-sons-textes), Philippe nous a fait vivre au quotidien l'Amérique d'Obama.