Le Blog de Jean-Michel Aphatie

Jean-Michel Aphatie

Animé par :

Jean-Michel Aphatie

Une campagne infantile 23/01

Créé le 23/01/2012 à 10h50

François Hollande existe. Nous venons de le rencontrer.




Le Bourget, hier : a star is born. Convenons-en, François Hollande a réussi ce qu’il ne devait pas manquer, c’est-à-dire son entrée en campagne. Du coffre, du punch, de la présence, exactement ce que ses amis lui reprochaient de ne pas avoir, et ce que ses adversaires s’amusaient de ne pas lui voir.

Ce sont eux les plus surpris, bien sûr. Ils avaient mémorisé les attaques de Martine Aubry (« la gauche molle »), ils s’étaient marrés aux vannes de Jean-Luc Mélenchon (« capitaine de pédalo »), et du coup ils avaient fini par croire que François Hollande était indolore, inodore, inexistant, invisible, et tout autre substantif qui vous conviendra commençant par un privatif.

Le voir hier, gonflé à bloc, tonitruant, promettant de passer par le fil de l’épée tout ce qui se rattache de près ou de loin au monde la finance, a visiblement foutu un coup au moral de l’UMP. Et si finalement François Hollande ne correspondait pas à sa caricature ? La question suggère une flopée de conjectures qui peuvent peser sur la conjoncture. C’est vous dire.

Quand même, pas d’emballement. Le discours de François Hollande était mignon. Il n’est pas sûr qu’il soit pratique. Il avait pour but de séduire les dirigeants du PS d’abord, les militants ensuite, des électeurs enfin. Il n’a pas pour fonction d’encadrer l’action que mènera François Hollande s’il arrive au pouvoir car la situation qu’il trouvera l’en empêchera.

Disons-nous entre nous cette vérité qui sera cardinale dans la campagne présidentielle. Nous savons que nous sommes fauchés. Nous savons que nous devrons réduire nos déficits budgétaires, publics, sociaux, ceux de l’Etat et des hôpitaux, des entreprises publiques et des caisses diverses. Nous le savons que nous sommes bientôt la Grèce. Donc, nous savons que ce que les candidats nous promettrons, ils ne le tiendront pas. Donc, nous pourrons les croire, comme ça, pour le plaisir, mais nous ne devons pas les croire, sinon gare à la déception. Ceci vaut pour François Hollande mais ceci vaut aussi pour les autres candidats et même pour ceux qui ne le sont pas encore, candidats. Nous le savons, de Marseille, mais je le rappelle, de Lille.

Doubler le plafond du livret A, fixé aujourd’hui à 15.000 euros. Bravo. Moyenne du livret, aujourd’hui : 3000 euros. La mesure permettra peut-être une orientation d’épargne différente. Elle ne modifie évidemment rien sur le fond de la situation.

Céder aux collectivités territoriales des terrains de l’Etat pour construire des logements sociaux. Belle idée. N’oublions pas que les collectivités territoriales ont des taux d’endettement qui réduisent aujourd’hui leur capacité de financement. Beaucoup d’entre elles sont aux prises avec des emprunts toxiques, contrats signés les yeux fermés avec des banques peu scrupuleuses, à torts partagés si l’on veut bien considérer qu’engager aussi légèrement l’argent public est tout de même une faute. Enfin, la banque des collectivités, Dexia, est au bord du collaps. Si ‘lon réunit tous ces éléments, on ne parvient pas à imaginer que les collectivités puissent être le moteur de la reprise.

Un tarif social pour l’eau. Comme il y en a pour l’électricité. Pourquoi pas. Apport en regard des problèmes du moment ? A peu près rien.

La finance, voilà l’ennemi. A ce moment-là, Le Bourget a exulté. Personne n’avait en tête, à cet instant ou toutes les têtes étaient à la fête, que la finance aide la France à faire ces fins de mois depuis bientôt quarante ans. Haro sur la finance, cela fait plaisir, mais quand le gouvernement de François Hollande présentera ses bons du Trésor sur le marché, nous serons heureux de voir des financiers les acheter.

Le discours était donc beau, mais pas pratique, au sens de pratique, si vous voyez ce que je veux dire. Il possédait, ce discours, une qualité, résumé dans une phrase que voici :

J’aime les gens quand d’autres sont fascinés par l’argent

En moins de dix mots, François Hollande a synthétisé un sentiment dominant dans l’esprit public. Il existe dans l’opinion une aversion forte et profonde contre l’exhibition de la politique dont on attend certes qu’elle produise des miracles, mais dont on déteste qu’elle s’en vante, surtout si elle n’en voit pas les résultats. Ce sentiment est fort, et quand Nicolas Sarkozy entrera en campagne, c’est cela qu’il devra traiter d’abord.

Observons le paradoxe de la situation. La demande est au débat de fond, à l’exposé des solutions pour sortir de la crise, pour reprendre le thème dominant de la vulgate contemporaine. Mais nous ne pouvons pas entendre la vraie réponse, celle qui consiste à exposer les chemins douloureux d’une remise en ordre fatalement lente de nos finances publiques délabrées. Sans finances en étant de marche, pas d’action publique. C’est impossible. Les nôtres sont en capilotade, il faut reconstruire. C’est ainsi. Mais ce discours, nous ne le supportons pas. Nous transmettons donc une demande muette aux candidats qui la perçoivent parfaitement :

Faites-nous rêver. Désignez des responsables. La finance ? Les riches ? Oui, bravo. A leur façon, tous les candidats, de Sarkozy à Arthaud, d’Hollande à Dupont-Aignan, dépeignent la même chose. Et finalement, le choix auquel aboutit ces attitudes infantiles, car notre débat public est infantile, c’est-à-dire rétif à la réalité, nous conduit à la fin des fins à soupeser des personnes et des attitudes. Exactement ce que nous disons détester. D’où le malaise public si profond dans la politique française aujourd’hui.

J’écris cela avec un peu de culpabilité. On ne casse jamais impunément les jouets des enfants. On le paie généralement de cris et de jurons. Pour cela, l’espace des commentaires vous est ouvert. Usez-en. Mais n’en abusez pas.

à propos du blog

Raconter les coulisses d'une interview politique quotidienne sur la première radio de France et entretenir un dialogue avec ceux que cela intéresse.

La charte d'utilisation du blog
Les émissions de Jean-Michel Aphatie La page émission L'Invité de RTL
La page émission du Grand Jury

Publicité

Publicité