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Créé le 06/07/2011 à 09h41
La médiocrité nous submerge. La faute à qui ?
Nous partageons notre monnaie avec d’autres pays. La monnaie est un concept immonde et formidable. Immonde pour nous, Français, qui pensons que la vie ne vaut d’être vécu que pour les abstractions qu’elle propose. Formidable car grâce à la monnaie, nous ne sommes plus obligés d’élever des vaches si nous voulons acheter une voiture. Autrement dit, la monnaie est le premier des liens sociaux. C’est dire si elle représente un bien précieux, même pour nous, Français, inventeurs des droits de l’homme, du renard et du citoyen.
La Grèce, avec qui nous partageons notre monnaie, ne vit plus que sous assistance respiratoire. Autrement dit, sa vie est totalement artificielle, dépendante de la quantité d’oxygène monétaire que les autres pays de la zone euro pourront lui insuffler. Ce sera 12 milliards d’euros en septembre, et une nouvelle rafle d’une centaine de milliards dans les prochains mois. Comment y parvenons-nous, alors même que tous les budgets des pays de la zone euro sont dans le rouge vermillon, écarlate et vif réunis ?
Comme si cela ne suffisait pas, voilà que le Portugal donne à nouveau des signes de faiblesses. Une agence de notation, qui n’a que le tort de signaler la réalité, c’est pour cela qu’au pays des abstractions nous détestons les agences de notation, indique que l’économie portugaise patine au point de devoir à nouveau être soutenue pour ne pas faire courir à l’Etat de ce pays le risque d’une cessation de paiement. Remettrons-nous bientôt, pour le Portugal, la main à la poche ? Ben oui, pardi, faudra bien, sinon ce sera la catastrophe pour tous. Et où trouvera-t-on l’argent, nous qui n’en avons pas ? Ben on l’empruntera banane, comme d’hab’ ? Où est le problème ? T’as qu’à en parler avec Schneidermann-Cohen, les économistes de la modernité. Ils t’expliqueront que tu te fais du mouron pour rien, du flouze et de l’artiche, c’est pas ce qui manque, le capitalisme en produit plein, c’est pour ça qu’il faut sortir du système. T’es pas assez abstrait, mec, sois abstrait et ça ira mieux, t’occupes de rien, on s’occupe de tout.
L’histoire de l’euro est ainsi devenue une vaste blague, une construction très proche d’être totalement artificielle, ce qui n’est pas rassurant si l’on veut bien considérer qu’une monnaie ne vit et survit que de la confiance qu’on lui accorde.
C’est ici que la courbe de cette histoire croise celle de Dominique Strauss-Kahn. Par son talent et sa créativité, son intelligence et le cumul de son expérience, le directeur général du FMI était l’un des rares hommes de la planète à pouvoir entretenir la confiance des créanciers dans la crédibilité de l’euro. Comment et pourquoi a-t-il gâché ce formidable potentiel ? A l’occasion, et à cause, d’une passade sexuelle, avec une femme de chambre, dans un hôtel new-yorkais.
La question de la violence dans l’acte sexuel intéresse la justice américaine. Celle de l’acte sexuel lui même concerne la citoyenneté parce qu’elle signale le manque de maîtrise et de retenue de l’un des plus importants dirigeants de la planète. C’est à cause de cette mauvaise maîtrise de lui-même que DSK se trouve plongé dans un tourbillon qui l’empêche désormais d’apporter à la communauté le potentiel qui est le sien, et qui fragilise de ce fait une construction dont les fondations se trouvent dangereusement minées.
L’irresponsabilité d’un responsable est un problème majeur. Comment dans une démocratie imaginer confier à nouveau des responsabilités à un irresponsable ? Parfois la confiance se trouve brisée si nettement qu’elle ne peut être reconstruite. Cette évidence là échappe-t-elle vraiment aux dirigeants socialistes qui évoquent encore le retour de DSK à la vie publique ?
Procéder ainsi revient à encombrer la scène et les débats au point d’occulter les vrais problèmes et les vrais dangers. Certes, il est facile pour quelqu’un qui dispose de l’autorité politique de pointer du doigt les médias, les journalistes, qi en font beaucoup et qui en font trop. Mais ceci n’est qu’un dérivatif futile et démagogique pour éviter de sonder la véritable responsabilité et le véritable auteur des dérèglements publics.
En cessant d’évoquer le retour impossible de Dominique Strauss-Kahn, les dirigeants politiques permettront à la communauté de réfléchir à nouveau aux vrais problèmes. En continuant d’évoquer ce qui est impossible, ils le perturbent gravement. Le savent-ils ? Le comprennent-ils ? En être réduit à poser ces questions est déjà extraordinaire.
Raconter les coulisses d'une interview politique quotidienne sur la première radio de France et entretenir un dialogue avec ceux que cela intéresse.
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