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Créé le 07/06/2011 à 09h58
Faut-il taxer les oeuvres d'art? C'est après beaucoup d'autres questions existentielles, l'interrogation cardinale qui préoccupe la représentation nationale.
Pour l'instant, rappelons-le, les œuvres d'art sont exclues de l'assiette à partir de laquelle l'administration fiscale mitonne l'ISF, acronyme pour impôt de solidarité sur la fortune, intitulé qui flatte la fibre républicaine cru 1793 qui sommeille en chacun de nous. Œuvres d'art hors ISF pour l'instant, alors que la résidence principale, elle, est taxée au nom de la solidarité. Rien que cela, n'est-ce pas, est incompréhensible. Le tout pour vivre est taxé, le Modigliani pour le décor ne l'est pas. Parfois, on se marre.
La logique voudrait que l'on intégrât aussi l'œuvre d'art dans la moulinette de Bercy, ne serait-ce que pour l'agrément intellectuel des artistes du ministère des finances. Mais, disent ceux qui sont opposés à cette intégration, si vous taxez les tableaux, sculptures et autres babioles sur la fortune, les artistes, les vrais, iront faire leur marché à Londres. Donc, ne touchez à rien, continuez à taxer la résidence principale et à détaxer l'art.
A ce niveau d'incohérence, soit on pleure, soit on rit. La situation ne peut se comprendre que si l'on modifie le point de départ du raisonnement. L'ISF est, dans sa philosophie, une loufoquerie. Il permet à l'administration fiscale de réunir tous les éléments de patrimoine d'un contribuable X et de les additionner pour parvenir à une valeur fictive qu'il taxe au nom de la solidarité. Si l'on trouve un jour la personne qui a inventé cet échafaudage fiscal, il faudra lui donner une médaille, pas celle du mérite, mais plutôt celle de la malfaisance.
Conçu ainsi, l'ISF est inique puisqu'il revient à taxer deux fois un bien, la première quand il entre dans le patrimoine, fiscalité ordinaire, la deuxième simplement parce que ce bien s'y trouve, dans le patrimoine. A ce niveau de conceptualisation, on peut même parler d'humour.
Ensuite, la base de cet impôt est fictive. Il s'agit en effet d'évaluer les biens, puisque le propriétaire n'a pas la volonté de s'en défaire. Or l'évaluation se fait au doigt mouillé, à la fourchette, n'importe comment en réalité. L'essentiel, c'est de taxer. D'où la question: un Etat est-il légitime lorsqu'il agit ainsi?
Enfin, la démarche elle même est stupide puisque se trouve taxé un patrimoine que son détenteur ne réalisera jamais. Il est en effet inimaginable qu'un contribuable se défasse de tout ce qu'il possède. Ce qui montre bien le caractère grotesque de l'assiette définie par l'administration fiscale.
Ajoutons pour être complet que la cession d'un bien, une maison par exemple, entraîne elle aussi une taxation. Taxes à l'achat, taxes à la vente, et enfin taxe à la possession: bravo la France!
Un grand penseur définissait ainsi le socialisme: quand ça bouge, tu taxes, quand ça ne bouge plus, c'est le socialisme. Qui était ce penseur? Je vous le dirai demain.
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