Raconter les coulisses d'une interview politique quotidienne sur la première radio de France et entretenir un dialogue avec ceux que cela intéresse.
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Créé le 30/04/2012 à 12h41
Glissons dans l’entre deux tours de l’élection présidentielle quelques considérations sur un objet audiovisuel mineur : le dernier film de Pierre Carles.
J’ai écrit ici mon désaccord avec les méthodes de Pierre Carles, ses mensonges et ceux de ses collaborateurs pour récupérer des éléments validant leurs thèses complotistes. J’ai même évoqué, pour authentifier mon opposition à ce travail d’espions travestis en journalistes, la défense de mes droits devant les tribunaux si, d’aventure, je les estimais lésés par une présentation tendancieuse de mes propos, ou un montage final malhonnête de son documentaire. Et bien sûr, je ne retire rien de ce que j’ai écrit, pas plus que je ne renonce à quoique ce soit d’éventuelles futures actions.
Malgré tout, il se trouve que j’ai regardé le film de Pierre Carles, et qu’il m’a touché. Pas convaincu, ça non, ce serait même l’inverse. Mais touché, ça oui, et avant de vous expliquer pourquoi et en quoi, je vous propose, pour preuve de ma sincérité, ce lien qui vous permettra, si vous le souhaitez, et si ce n’est déjà fait, de vous forger votre propre opinion sur le sujet.
Alors, touché. Que voulez-vous, s’il faut parler sans détours, il faut bien reconnaître que tout dans le film de Pierre Carles sent la naphtaline : la thèse, la synthèse, le fond et la surface et aussi, surtout, c’est cela le plus touchant, les intervenants qu’il convoque pour tailler en pièces les méchants « éditocrates ».
En vérité, ce sont les intervenants qui m’ont le plus ému. Vingt ans, trente ans, quarante ans peut-être, qu’ils ressassent les mêmes analyses, même le plus jeune qui a des cheveux noirs parait usé par le vieux discours de la vieille critique des média. Vous connaissez la thèse, bien sûr : sans même s’en rendre compte, parce qu’en plus ils sont idiots, pas seulement malfaisants mais idiots, les « éditocrates » mettent leur absence de talent au service de la pensée libérale et négligent, minorent, occultent, cachent, restreignent, tout discours contestataire de l’ordre économique établi. Ainsi, les média n’informent pas, ils déforment. Leur honnêteté n’est même pas une question, car le problème c’est leur partialité. D’où la jouissance de pouvoir piéger devant la caméra les être bouffis d’orgueil qui incarnent le « système » honni.
En les écoutant débiter ces vieilles fadaises, une forme de pitié m’a saisie. Et c’est ce sentiment, qui ne leur plaira pas, qui m’a donné l’envie d’écrire la suite. J’ai eu envie d’expliquer à Pierre Carles et à ses amis, à tous ses amis, en quoi et pourquoi ils faisaient fausse route depuis tant et tant d’années. Je ne cherche pas à les convaincre, bien sûr, et m’adresser à eux en évoquant de la pitié est le moyen le plus certain de les énerver. Mais je ne peux pas m’empêcher de leur dire ce que j’ai sur le cœur et de leur décrire, pour rien, pour le geste, ce que je crois être le chemin artificiel sur lequel ils sont engagés depuis si longtemps.
Le « système » médiatique n’est rien. Il ne possède ni la cohérence, ni la volonté, pour défendre un point de vue. Le « système médiatique » ne fait que refléter, par son absence de volonté consciente et d’organisation repérée, que l’état de la scène politique. Et ces phrases creuses, je m’en vais maintenant les concrétiser par une démonstration aussi éblouissante que tonitruante.
Le grand problème de la scène politique française, c’est l’absence de représentation, pendant pratiquement vingt ans, de cette coupure idéologique repérée, ressentie, admise, par tous les citoyens. Pour être pratique, faisons remonter le problème à 1992.
Cette année-là, la France se coupe en deux sur une question majeure. Faut-il ou non, en temps de paix, abandonner la monnaie nationale et la souveraineté qui va avec ? A une courte majorité, et dans des conditions particulières, le vieux chef socialiste ayant fait de sa maladie personnelle un élément de campagne, le « oui » l’emporte sur le « non ». Mais la majorité, répétons-le, est tellement courte, que la minorité peut espérer prospérer et construire dans les années suivantes.
Le « non » de 1992 a trois hérauts : Charles Pasqua, Philippe Séguin, Jean-Pierre Chevènement. En toute logique, l’un des trois au moins aurait dû être candidat à l’élection présidentielle suivante, celle de 1995. En effet, les enjeux contenus dans le référendum sur Maastricht, la radicalité des différences entre le « oui » et le « non », le caractère prédictif des conséquences nocives du choix effectué en 1992, justifiaient amplement une candidature de défense du « non » à la monnaie unique.
Au lieu de se lancer dans l’aventure et de donner ainsi une consistance au clivage révélé, les trois personnalités précitées ont préféré soutenir dès le premier tour un candidat du « oui ». Mensonge de la politique, frustration des citoyens : voilà les ingrédients avec lesquels doivent faire les média.
Au fond, la critique de Pierre Carles est celle-ci : les médias ne donnent pas assez la parole à la France du « non », surtout du « non » de gauche d’ailleurs. Mais comment faire quand les représentants de cette France-là ne veulent pas la prendre, la parole ? A mon sens, les média et ceux qui y travaillent, ont même toujours été trop complaisants avec ces alchimistes de la politique, capables et coupables de promouvoir un jour ce qu’ils combattaient la veille. Finalement, parmi les grands courants de pensée du « non », le Front national est demeuré seul dans une certaine cohérence et les résultats d’aujourd’hui résonnent comme un écho lointain à cette réalité d’hier que les média subissent beaucoup plus qu’ils ne la fabrique.
Rebelote en 2005. Le « oui » et le « non » à l’Europe sont à nouveau convoqués dans les isoloirs. A gauche, deux porte-drapeaux : Laurent Fabius et Mélenchon. Cette fois, le « non » gagne. Pensez-vous que l’un des deux précités sera au rendez-vous présidentiel de 2007 ? Evidemment pas. Seule représentante du « non » de 2005, Marie-George Buffet, candidate à partir de la vieille maison du parti communiste, une tôle assurée.
On pourrait ainsi analyser et décrire les manquements répétés et graves de certains dirigeants politiques sur la scène politique française, leurs conséquences sur la conscience collective et dans l’esprit des citoyens, au bout du compte même, les avantages que ces désertions répétées ont procuré au Front national.
Si tout ceci était décrit dans ses détails, cette note qui est déjà longue deviendrait kilométrique. Un jour peut-être quelqu’un fera ce travail. Je m’arrête pour ma part dans cet énoncé un peu bref pour adresser un message bienveillant à Pierre Carles : gardez vos lunettes mais modifiez votre ligne de vision. Ce que vous scrutez depuis des années n’est que le produit de l’action des acteurs. Regarder les conséquences et négliger les causes peut être restitué dans une formule simple : la perte de temps. Et la vie est trop courte pour l’y sacrifier toute entière.
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