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Créé le 10/11/2011 à 10h19
Jusqu’ici, rien n’allait bien. Désormais, tout va mal.
Comment affirmer pareille grossièreté, propre à désespérer Billancourt et Lunéville, Saint-Germain et Le Bristol ? Simplement en lisant, ici et là, les informations qui s’étalent dans la presse.
Plusieurs papiers (Le Monde, Le Figaro, Les Echos) font état ce matin d’un phénomène nouveau que l’on ne peut qualifier d’inquiétant car c’est en dessous de la réalité. Il s’agit des banques, hou hou, qui désormais se délestent des titres des emprunts d’Etat qu’elles détiennent. Elles agissent ainsi pour plusieurs raisons qui se cumulent : obligation d’une meilleure couverture que ne leur permettent plus des titres qui se dévalue, nécessité de fonds propres, absence de confiance dans ce qu’ils représentent depuis la remise partielle de la dette grecque, etc…
Ce phénomène témoigne de la désagrégation du système financier et monétaire européen. L’un de ses piliers est en train de s’effriter, rendant ainsi possible, mais non encore probable un effondrement de la monnaie unique.
Le discours accusatoire contre les banques, notamment en France, commence à porter ses fruits. Ce discours possède depuis le début quelque chose d’irréel car sans l’endettement massif des Etats, les banques et les systèmes financiers qu’elles ont produits n’auraient jamais pris la place qui est la leur dans nos sociétés contemporaines. Ce partenariat politique-finance est l’une des grandes occultations du discours public actuel, une mystification de premier ordre opérée par les responsables politiques qui cherchent à toutes forces, et y parviennent grandement, à escamoter leurs propres responsabilités dans le début de débâcle générale auquel nous assistons.
Comme toujours dans pareille situation, des discours « miraculeux » tentent de s’installer au centre du débat. On peut en repérer actuellement deux, assez amusant dans leur prétention à apporter une réponse simple évidente aux désordres actuels.
Le premier concerne la Banque centrale européenne et l’extension de son rôle soit dans la garantie des dettes émises par les Etats, soit par le rachat massif sur le deuxième marché des obligations des Etats. Ces propositions se trouvent au cœur des discours comme des solutions alors qu’elles ne seraient, au mieux, que des palliatifs. Car c’est le fond du problème qu’il faut régler, à savoir la production de dette elle-même, autrement dit l’écart structurel qui existe dans pratiquement tous les Etats de la zone euro entre l’importance des dépenses publiques et la faiblesse des recettes. Traiter cette difficulté majeure ne peut se faire, in fine, que par la baisse des dépenses, laquelle entraîne une contraction de la production, ce qui amenuise les possibilités de remboursement.
Voilà la nasse dans laquelle nous nous sommes enfermés et qui nous étouffe aujourd’hui. Comment en sortir ? Personne ne le sait. Ceci est une des cruautés de l’Histoire, un piège terrible dont il est presque insupportable de penser que c’est nous, notre manque de courage collectif, qui l’a construit.
Les effets en sont désormais tangibles partout, notamment en France. Des instituts établissent à zéro la prévision de croissance pour le quatrième trimestre dans l’hexagone. Ceci porterait à 1% la croissance annuelle, et nous mettrait sur une trajectoire nulle pour 2012. Les chiffres sont importants, voire essentiels, car ils signifient que les recettes budgétaires sont sans doute surestimées pour l’année en cours, et évidemment surestimées pour la suivante. Autrement dit, le plan de rigueur annoncé lundi par le premier ministre est déjà dépassé.
Voilà d’ailleurs ce qui sidère dans la période actuelle : la rapidité d’évolution de la crise, l’embrasement qu’elle produit sur les structures économiques de nos sociétés. Il n’est pas vrai de dire que nous avons un temps de retard. Il est plus juste de dire que nous sommes battus à plate couture par des mécanismes implacables qui résultent de la répétition chronique des déficits que nous avons empilés les uns sur les autres depuis trente ans.
C’est là-dessus que se greffe un autre discours qui semble rencontrer un certain succès sur la Toile mais qui demeure encore marginal dans le débat. Des textes aux allures savantes font référence à une loi de 1973 qui a obligé l’Etat français à s’adresser aux marchés pour ses emprunts plutôt qu’à la Banque de France qui prêtait à des taux proche de zéro. Deux coups en un. C’est la finance et ses lobbies qui nous ont tués, mesdames et messieurs. Revenons aux recettes des années soixante-dix, l’âge d’or, et tout ira mieux.
Sans entrer dans la technique et invoquer les raisons légitimes et justes qui ont amené les dirigeants de l’époque à modifier les techniques d’emprunt de l’Etat français, notamment les facteurs inflationnistes du procédé que ne peut supporter une économie ouverte, il est juste amusant de constater que ces raisonnements se concentrent sur les intérêts, autrement dit l’usure, autrement dit la plainte éternelle, ce qui permet d’escamoter le principal, la dette elle-même, et ce qu’elle dit d’une société qui vit au-dessus de ses moyens.
C’est hélas cette notion qu’il faut affronter, en sachant que toutes les réponses procureront des douleurs et engendreront même des malheurs. Nous n’avons pas beaucoup de temps pour le faire, quelques semaines au plus. Et je vois bien, comme vous, que tout se ligue, la puissance des intérêts politiques comme la faiblesse des caractères, pour que rien ne se fasse dans l’espace de temps qui nous sépare d’une désagrégation totale, laquelle produira davantage encore de souffrances et d’amertume.
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