Raconter les coulisses d'une interview politique quotidienne sur la première radio de France et entretenir un dialogue avec ceux que cela intéresse.
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Créé le 02/09/2011 à 11h15
Fin de semaine chargée. Le parlement grec a dit mercredi très officiellement que la dette du pays était hors de tout contrôle. Ceci n’a suscité aucun commentaire, aucun débat chez nous, en France, qui avons pourtant la même monnaie que les Grecs, elle s’appelle l’euro, je ne sais pas si vous le savez. Enfin, on s’en fout, parce que nous on a du lourd, du plus lourd, la monnaie, c’est pour les ploucs, ce qui suit, c’est pour les Français.
L’un des livres les plus drôles de l’année est en librairie depuis hier. Il s’intitule « Sarko m’a tuer », publié chez Stock, signé par deux journalistes du journal Le Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme. L’ouvrage se propose de raconter l’histoire des « maudits de la Sarkozye », dont le parcours professionnel et la vie personnelle se sont trouvés affectés, fracassés parfois, par une « inédite violence d’Etat. »
Certains « maudits » sont émouvants, et l’on perçoit dans quelques récits la violence de la marche de l’Etat, ainsi que l’autoritarisme du souverain. Il n’est pas assez dit dans le livre, toutefois, que ceci n’a pas commencé en 2007, et qu’en d’autres temps, d’autres personnes ont subi cet arbitraire.
Ce qui étonne, et fait rire parfois à la lecture, ce sont les histoires ici racontées de personnes dont a du mal à se dire, malgré les efforts des auteurs un peu emportés par leur combat, qu’elles sont réellement des victimes innocentes d’un système horrible.
Nicolas Sarkozy a « tuer », parait-il, Christine Boutin, sans doute digne d’être « ministre à vie » au regard de son seul talent. Idem pour Poivre d’Arvor, figurant dans la liste pour avoir perdu son fauteuil de présentateur de journal, ce qui ne peut être regardé que comme une profonde injustice. Daniel Bouton, l’inoubliable employeur de Jérôme Kerviel, fut aussi, selon les auteurs, indignement chassé de fauteuil de PDG. Julien Dray, embarqué dans une sombre histoire fiscale, serait aussi une victime de l’arbitraire présidentiel, ce qui est écrit dans le livre à défaut d’être démontré.
D’autres noms, ainsi, font tiquer et ce livre, qui était une bonne idée perd globalement de sa force et de sa pertinence.
Le témoignage central, chacun le sait, est celui de la juge Isabelle Prévost-Desprez. Le chapitre qui la concerne laisse songeur. On comprend vite qu’un palais de justice est une enceinte où le choc des égos brouille la marche judiciaire, que la quasi haine qui semble existe entre elle et son procureur, Philippe Courroye, n’est sans doute pas étrangère à certaines embardées du dossier Bettencourt, et on a du mal, à la lecture, à se prendre de passion pour la magistrate qui pose en vicitme.
Ceci pour ne rien dire de la phrase hallucinante qu’elle livre à deux auteurs passifs. La phrase se trouve page 135 : l’un des témoins dans le dossier Bettencourt, dit-elle, « hors procès-verbal, m’a dit qu’il avait vu des remises d’espèces à Sarko. » Ce type de confidence calomniatrice laisse pantois. On attend d’un magistrat de la République qu’il agisse dans ses fonctions pour vérifier l’exactitude des faits. Et si finalement ce magistrat ne fait rien qu’au moins lorsqu’il se confie à des journalistes il dise au moins le nom de ce témoin pour éviter de donner l’impression de répandre de la boue juste pour le plaisir d’en répandre.
Une autre affaire d’importance a surgi hier. Il est désormais établi, de manière irréfutable, que les services français d’espionnage ont « ausculté » le téléphone d’un journaliste, celui de Gérard Davet du Monde, pour tenter de savoir qui le renseignait sur le dossier Bettencourt.
L’histoire est doublement grave. D’abord par rapport aux principes régissant une démocratie moderne. Espionner les appels d’un journaliste, c’est-à-dire utiliser les moyens de l’appel pour savoir qui appelle un journaliste, et qui lui-même appelle, c’est ruiner la possibilité d’un journalisme indépendant dans la société.
Ecrire seulement cela est terrible. Et pour cela, il faut souhaiter, fermement, que des sanctions soient prises, avant même que la justice chemine, pour que les citoyens aient la preuve tangible que le pouvoir respecte l’idée d’un journalisme libre dans la société.
Il est nécessaire, pour cette même raison, de ne pas se laisser prendre au piège du discours lénifiant des ministres qui se sont exprimés hier sur le sujet. Expliquer qu’il est anodin, au fond, de scruter la liste d’appels d’un journaliste parce que ceci est moins grave que le fait d’écouter les conversations, ne peut être entendu ni reçu. Ce qui est grave, inadmissible, philosophiquement insupportable, c’est que l’œil de l’Etat se pose sur le nom de ceux qui parlent avec un journaliste, et que ce seul fait, parler avec un journaliste, les transforme en suspects. Cette mécanique-là est celle de tous les totalitarismes et il serait périlleux pour le devenir de la société française de banaliser ce précédent.
L’autre caractère de gravité tient au mensonge établi, avéré, de plusieurs responsables de la République. A de nombreuses reprises, en effet, il a été assuré que jamais, jamais, jamais, un pouvoir républicain ne s’était permis d’espionner l’activité d’un journaliste ? Et pourquoi ces promesses qui se sont révélées des mensonges ? Parce que ceci ne peut pas être assumé dans une démocratie.
Voilà où nous en sommes, dans une réflexion existentielle sur l’avenir de la République en France. Vous comprendrez, dès lors, que la Grèce et sa dette, à côté, ne sont pas grand-chose.
Bon week-end
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