Le Blog de Jean-Michel Aphatie

Jean-Michel Aphatie

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Mystification collective 15/11

Créé le 15/11/2011 à 11h15

Ce matin, je ne pensais pas m’y mettre. Et puis, j’ai lu Libération. Peut-être que je n’aurais pas dû. Enfin, c’est fait. Donc, faisons.





La Une de Libération est attirante, parce que juste. « Les marchés contre la démocratie ? » s’interroge le quotidien. Effectivement, nous y sommes. L’Europe toute entière, France comprise, vit aujourd’hui sous la dictature des marchés, ce qui est un problème quand on pense vivre en démocratie. Ceci mérite d’être expliqué, analysé, disséqué. Ce que fait Libération sur trois pages entières, éditorial, interviews, papier factuel, analyses, repères…

Sur le plan technique, rien à dire, c’est complet. Mais sur le fond, comment dire ? Il me semble manquer quelque chose, j’en suis même sûr, il manque quelque chose, mais j’hésite à le formuler. Pour deux raisons. D’abord parce que ce manque est tellement criant, tellement imposant, que j’ai du mal à y croire. Ensuite, parce que j’ai l’impression de radoter, de répéter encore et encore la même chose et que ceci me fait vaciller. Après tout, si personne n’en parle, et ce matin encore, c’est peut-être que cela n’a aucune importance, et si mon esprit se fixe sans cesse sur quelque chose d’insignifiant, le mieux ne serait-il pas de consulter plutôt que de ratiociner ? Médecine ou journalisme ? A quoi sert-il d’ « être partout », comme l’a aimablement souligné qui vous savez, si c’est pour raconter n’importe quoi ?

Les marchés dominent l’Europe. Ils dictent leur loi. C’est incontestable. Mais pourquoi ? Pourquoi des responsables politiques élus ne parviennent-ils pas à leur imposer leurs choix, qui sont les choix des peuples ? Pourquoi en Grèce et en Italie, des personnalités élues laissent-elles la place à des techniciens de la finance ?

La réponse est simple, et vous la connaissez bien sûr : la dette, l’épouvantable et incontournable dette. Pendant trente ans, la politique a usé de la finance comme d’une béquille. Les choix politiques excédant systématiquement les recettes, l’emprunt est venu colmater les brèches. A force d’empiler du crédit, les marchés financiers sont devenus gigantesques et de ce fait incontrôlables. Comment voulez-vous réguler ceux qui vous permettent d’agir ? Comment voulez-vous contenir l’activité de ceux sans lesquels vous ne pouvez rien faire ?

En réalité, il y a très longtemps que la politique en Occident a capitulé devant la finance, très exactement depuis les chocs pétroliers des années soixante-dix qui ont bouleversé en profondeur les économies occidentales. Mais la dette a permis de camoufler cela, et en même temps que dans le mensonge, a installé la politique, donc la démocratie, dans la main de la finance.

La véritable contrepartie de la dette, c’est la perte de l’indépendance. Et tout comme il existe une histoire de la dette, progressive, diversifiée en fonction des aléas économiques, il existe une histoire de la perte d’indépendance des démocraties occidentales.

Ce que nous vivons aujourd’hui est incompréhensible si nous ne repérons pas ce fil-là de notre histoire collective. Et ce matin, Libération qui fait une belle Une ne donne aucune place à ce facteur explicatif fondamental. Aujourd’hui, l’empilement de la dette rend aléatoire son remboursement. C’est vrai en Grèce et en Espagne, bientôt en Italie et prochainement en France. Donc, le fil se tend. Les marchés essaient de sauver ce qui peut l’être. Ils font pression pour que les Etats réduisent leurs dépenses, et aussi pour qu’ils augmentent leurs recettes. En clair, pour qu’ils réduisent leurs déficit. Et les pressions fonctionnent, parce qu’il y a bien longtemps que les responsables politiques ont oublié jusqu’à l’idée de leur autonomie.

C’est ici que se greffe un tour de force intellectuel dont il faut bien constater le succès. Pour faire oublier leur responsabilité et éviter une écriture réaliste de l’histoire, des responsables politiques beaucoup plus homogènes qu’il n’y parait élaborent jour après jour une théorie conspirationniste dans laquelle les méchants sont les banquiers et les gentils tous les autres. Ceci permet de faire oublier que depuis trente ans, pour ne parler que de la France, le coût de la protection sociale n’est plus financé par les recettes ordinaires. Que les investissements préparant l’avenir ont tous été financés par le crédit, et que même les dépenses courantes ne le sont plus que par l’emprunt. Et qui donc est responsable de cela, sinon les responsables politiques eux-mêmes ? Et aussi un peu les citoyens qui, élections après élection, ont donné quitus à tous ceux qui nous ont endettés au-delà du raisonnable ?

 

à propos du blog

Raconter les coulisses d'une interview politique quotidienne sur la première radio de France et entretenir un dialogue avec ceux que cela intéresse.

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