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On est fait pour s'entendre
Flavie Flament
Invités :
Charles Gardou, Olivier De Tonnac

Animé par :
Créé le 18/06/2012 à 13h12
Deux élections distinctes et évidemment liées, quatre tours de scrutins, nous renseignent sur la France d’aujourd’hui, ses espoirs, ses attentes, ses refus.
La crise ronge le tissu social et diffuse depuis longtemps déjà le poison d’une désespérance collective. Ce constat a laissé croire à différentes formes de populisme en France que le pouvoir pouvait être à portée de leurs mains. Les scrutins successifs représentent pour eux une cruelle désillusion.
Malgré la souffrance et les doutes, en dépit des promesses faites et des attentes vaines, une très large fraction de l’opinion a choisi de faire confiance aux représentants des deux grands partis républicains français. Ce constat doit être fait, et répété. Les populismes parlent tellement forts, et avec parfois tellement d’arrogance, que beaucoup d’esprits, peut-être trop faibles, jugent inéluctables la révolution qu’ils promettent, ou le « coup de balai » qu’ils annoncent. Or, ce n’est pas ce que veulent et souhaitent les Français.
Majoritairement, l’esprit public sait que le progrès et l’amélioration seront le fruit d’un travail patient et rigoureux. Et la population peut accepter de supporter le fardeau à la double condition que la situation soit exposée sans fards, avec sincérité, et que l’effort demandé corresponde aux possibilités de chacun.
Nous sommes ici sur un point essentiel. Aujourd’hui pas plus qu’hier pour l’ancien, le pouvoir nouveau ne décrit justement la situation à laquelle nous sommes confrontés. Nous partageons avec d’autres pays ce bien précieux qu’est la monnaie. Par une ruse de l’histoire, cette monnaie est le fruit de souverainetés différentes. Visiblement, la partie allemande qui voudrait unifier ces souverainetés se heurte au refus français de le faire. Dès lors, il appartient à celui qui refuse cette voie de bon sens d’être rigoureux pour tous dans la gestion de ses affaires budgétaires.
Il ne s’agit là que l’un des multiples porte d’entrée pour évoquer le problème vital que représente aujourd’hui l’euro pour la France. Durant ces dernières années ici même, j’ai enfourché tellement de fois ce cheval que j’ai fait passer par tellement d’ouvertures de la maison commune que j’ai des scrupules à la faire encore. Mais à la vérité, en ces lendemains d’élections, rien n’est plus important que cela.
Aujourd’hui, nous avons le choix entre la rigueur ou la ruine. Je n’aime la rigueur, contrairement à ce que colportent quelques esprits mous, fâchés depuis longtemps avec l’histoire et la discipline. Mais elle est désormais la seule voie qui nous épargnera la ruine.
Puisque nous ne voulons pas abandonner notre pouvoir de décider nous-mêmes de l’affectation des richesses que nous produisons, alors nous devons respecter scrupuleusement les règles de notre vie monétaire commune.
Il faut, vraiment il faut, que la France cesse de jouer sur tous les tableaux. Nous avons volé le mark aux Allemands. Nous nous sommes moqués des Allemands quand ils s’imposaient une discipline drastique. Désormais, nous jalousons les performances des Allemands, et pour compenser, effacer, détourner les aigreurs que nous procure cette jalousie, nous sommes devenus agressifs, moqueurs, badins, avec les représentants de ce grand pays auquel nous avons liés notre destin.
Il ne saurait y avoir de pire erreur que celle de poursuivre sur ce chemin. Les Allemands sont nos amis, et cette amitié à un prix : celui du sérieux, de la vérité, de la sincérité, vertus auxquelles nous nous dérobons depuis trente-cinq ans à coups de déficits mortifères, d’impasses budgétaires calamiteuses, de mensonges publics qui creusent notre tombeau collectif.
Il est tard. Il n’est jamais trop tard. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un discours vrai. Nous l’attendons, car personne encore ne le tient. Les jours sont comptés, et ils ne sont pas nombreux, durant lesquels ce discours peut encore être tenu.
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