Le Blog de Jean-Michel Aphatie

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Le changement dans le changement, c'est maintenant 22/06

Créé le 22/06/2012 à 09h32

Tout va très vite. C’est un des plaisirs de l’époque, certes, mais il ne faut pas en abuser.




Avant d’opérer son tournant de la rigueur, François Mitterrand, l’un des très grands menteurs de la politique française de l’après-guerre, avait tenu deux ans sur une ligne économique surréaliste. Pour sa part, Jacques Chirac, super menteur hors concours tant son talent fut grand, capitula au bout de six mois, preuve irréfutable du grand n’importe quoi que fut sa campagne dite de réduction de la « fracture sociale », merci qui ?, merci Emmanuel Todd.

Battant les records de tous ces prédécesseurs, François Hollande aura finalement tenu un gros mois sur la pente originelle de sa campagne électorale intitulée : « Le changement, c’est maintenant. » Nous voici désormais entrés tous ensemble dans la seconde phase de son action : « Le changement du changement, c’est maintenant. »

Rendons-lui cette justice: François Hollande a tout dit lors de ces multiples discours. Augmentation du SMIC ? Oui, mais sans mettre en péril l’équilibre économique des entreprises. Embauche de nouveaux fonctionnaires ? Oui, mais sans augmenter le nombre total des agents de la fonction publique d’Etat. La retraite à 60 ans ? Oui, mais seulement pour le petit nombre de ceux qui ont commencé à travailler tôt.

Hélas, l’opinion publique qui n’entend que ce qu’elle veut bien entendre, n’a retenu le plus souvent que la première partie des propositions, celle qui dessinait l’esquisse de l’amorce du début d’un changement de politique, celle qui dessinait l’espoir, enfin, d’une résistance de l’élu du suffrage universel au pouvoir supposé, voire fantasmé, des marchés. L’opinion publique, vous, moi, nous, fut d’autant plus tentée de ne retenir que cette part volontariste que chacun conserve encore dans sa mémoire cette phrase ciselée prononcée par le futur président au tout début de son périple, le 22 janvier dernier : « Mon véritable adversaire, c’est la finance. » Signé Furax.

En vérité, la finance n’y est pour rien, et la réalité pour beaucoup. Nous apprenons coup sur coup, malgré les démentis désordonnés et mollassons, que si les fonctionnaires vont augmenter ici, ils baisseront là. On nous dit qu’au bout du bout, la balance sera égale. Mais chacun sent bien que derrière des équilibres factices, se niche bien le retour à un réalisme douloureux, celui de la nécessaire et indispensable réduction des déficits, sous peine de s’écarter définitivement de l’Allemagne et de faire exploser l’euro, laquelle conduit inéluctablement à la politique d’assainissement des finances publiques devant laquelle ont reculé François Mitterrand, grand creuseur de trous budgétaire devant l’éternel, Jacques Chirac, inventeur de l’imaginaire « cagnotte » d’un Etat impécunieux, et Nicolas Sarkozy, auteur schizophrène d’une politique qui faisait le diagnostic de la « faillite » tout en l’aggravant…


L’épilogue de l’épisode concernant le SMIC aboutit au même constant. Puisque l’engagement fut pris, il sera tenu : le SMIC sera augmenté. Mais dans des proportions si faible que le véritable message sera celui d’une confrontation rude à la réalité économique qu’exprime hélas de manière flagrante la perte de compétitivité de la maison France, qui a vu les résultats de son commerce extérieur s’effondrer en dix ans, avec une brutale accélération lors du dernier quinquennat, symptôme et creuset du chômage qui nous ronge et de la désespérance qui progresse.

La période où nous entrons sera la plus difficile de toute. Cette réalité qu’aucun dirigeant politique ne nous a vraiment expliquée s’impose à nous au pire des moments, et dans les pires conditions. L’impécuniosité de l’Etat menace l’équilibre social. La nécessité d’augmenter encore les prélèvements dans la part de production de richesses hexagonales pour rembourser toujours plus d’intérêts des emprunts contractés depuis trente ans nous appauvrit et nous saignera. Les temps qui s’annoncent ne sont pas ceux de la redistribution mais ceux de l’effort partagé, lequel produit davantage de souffrance que de bonheur, de frustration que d’espoir.

Existe-t-il une autre politique pour éviter ce chemin du sacrifice ? Oui, dans les contes de fées. Car la politique dite de relance suppose de la dépense publique, laquelle est impossible à concevoir quand les caisses sont vides, vides et vides. La croissance ? Bien sûr. Mais comment l’organiser quand les entreprises ne génèrent plus assez de marges pour investir et l’Etat plus assez de recettes pour rembourser les intérêts de ces emprunts ? Aujourd’hui, disons-nous nettement la chose pour ne jamais l’oublier, le déficit public est supérieur aux intérêts de nos emprunts. Ainsi, nous empruntons pour rembourser des intérêts de ce que nous avons déjà emprunté. Qui peut croire que cette situation va durer ?

Voici venu le moment où la tricherie derrière laquelle nous nous réfugions depuis trente ans ne sera plus possible. Nous ne ferons jamais la liste de tous les responsables publics qui nous ont amené dans cette situation. Cela ne servirait à rien. Ce que nous devons faire maintenant, c’est regarder l’état du pays avec lucidité et concevoir pour lui suffisamment d’amour afin de le tirer de l’ornière dans laquelle il se trouve. Nous avons devant nous dix ans de travail. Ne tardons plus à le commencer.

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Raconter les coulisses d'une interview politique quotidienne sur la première radio de France et entretenir un dialogue avec ceux que cela intéresse.

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