Raconter les coulisses d'une interview politique quotidienne sur la première radio de France et entretenir un dialogue avec ceux que cela intéresse.
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Créé le 15/06/2011 à 09h41
Ce qui est en train d'arriver n'était pas imprévisible. C'était même attendu, ou plutôt redouté. La Grèce est en train de sombrer. Le risque, c'est que nous sombrions avec elle.
L'Etat grec ne peut plus rembourser ses créanciers. Ce n'est pas dit ainsi, pas aussi nettement, pas encore, mais c'est aussi net que cela. La Grèce aura beau tout vendre, sa poste, ses ports, son réseau électrique, elle ne le fera pas suffisamment vite, pas suffisamment cher non plus, pour rembourser ses créanciers.
Deux hypothèses à présent. Soit les pays de la zone euro payent à la place de la Grèce. Si l'on n'y connaît rien en économie, on appelle cela de la solidarité. Mais si l'on regarde simplement les choses, on peut appeler cela de l'embrouille. Pour honorer les dettes de la Grèce, les pays qui veulent l'aider doivent emprunter à leur tour, car leurs finances publiques aussi sont gravement trouées. La solidarité ne seront donc qu'un déplacement de dettes, et plus personne n'est dupe de ces tour de passe-passe.
Une solution semble s'imposer. Il s'agit de reprofiler la dette grecque, d'en rééchelonner les échéances, et tous ces verbes subtils ne disent qu'une seule et même chose: il s'agit de ne pas rembourser l'argent qui est dû à ceux qui l'ont prêté. L'habillage, là aussi, ne trompera personne.
La difficulté tient à l'appréciation des conséquences d'une telle décision. On peut en lister rapidement quelques-unes, toutes périlleuses, et mises bout à bout, toutes dramatiques.
Si les prêteurs ne sont plus certains de retrouver leur argent, ils n'investiront plus dans les dettes souveraines. L'argent deviendra rare, donc cher. Les taux d'intérêts peuvent vertigineusement augmenter et un pays comme le nôtre, oui, la France, se retrouver tout de suite étranglé. La spirale est connue: rigueur pour emprunter, dépression comme conséquence de la rigueur, difficulté à rembourser du fait de la dépression, autrement dit le scénario grec qui pourrait devenir notre quotidien dans six mois ou dans un an.
Autre conséquence du non remboursement grec: la fragilisation immédiate et très grave du tissu bancaire. Les établissements financiers fortement titulaires de bons du trésor grec seraient immédiatement regardés comme peu fiables. Outre les banques grecques elles mêmes, les banques allemandes et françaises se trouvent aujourd'hui engagées dans la gestion de ces titres. Une crise de confiance entraînerait rapidement une crise des liquidités, et c'est l'ensemble de l'économie européenne qui se retrouverait grippée.
Comment éviter ce funeste scénario? Aujourd'hui, personne ne le sait. Par ailleurs, pour que les choses soient claires, aucun miracle n'existe, aucun remède caché, aucune solution extraordinaire. Nous allons au devant d'une crise majeure, d'un séisme considérable, sans aucune conscience de ce que cela veut dire pour le quotidien de nos vies qui en sera profondément chamboulé, ni des conséquences politiques majeures, dont la plus évidente sera la mise à bas de l'architecture institutionnelle imaginée en Europe après la deuxième guerre mondiale.
Constatons pour terminer le mensonge, qui pourrait nous coûter cher, et le silence, qui nous prive de bien comprendre les enjeux de ce qui se produit sous nos yeux.
Le mensonge, ce sont les explications de la crise, imputée par certains au FMI, à la finance, au capitalisme. C'est, évidemment totalement faux. La crise naît de l'incapacité des sociétés européennes de parvenir à financer leurs modèles économiques et de protection sociale depuis les deux chocs pétroliers des années soixante-dix. Tous les pays européens, sans exception, ont vécu au dessus de leurs moyens, c'est-à-dire au dessus de ce que leur permettait leur création de richesses. Vrai pour tous, ce constat est éclatant pour la France, pour l'Espagne, pour l'Irlande, pour l'Italie, et donc pour la Grèce.
Le silence, c'est celui des responsables politiques qui n'informent pas correctement la population et laisse croire que la situation va miraculeusement trouver sa solution. Nous sommes ainsi dans la citoyens de personnes qui voyons arriver l'ouragan et qui restons sur le pas de la porte pour regarder le spectacle, sans comprendre qu'il risque de nous emporter tous.
A part ça, bonne journée quand même.
PS: mon billet d'hier, sur le scandale du secret défense opposé aux juges par le gouvernement dans l'affaire des frégates de Taïwan, alors même que les contribuables vont devoir acquitter une amende record de 460 millions d'euros, ce billet là n'a rien suscité, nulle part. La preuve que nous nous contrefoutons de l'observation d'une morale élémentaire dans la vie publique, tout en regrettant par ailleurs l'absence de morale dans la vie publique. Cherchez l'erreur, et si vous la trouvez, faites-moi signe.
Raconter les coulisses d'une interview politique quotidienne sur la première radio de France et entretenir un dialogue avec ceux que cela intéresse.
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