Le Blog de Jean-Michel Aphatie

Jean-Michel Aphatie

Animé par :

Jean-Michel Aphatie

La France comme la Grèce 23/06

Créé le 23/06/2011 à 12h10

Je m’excuse par avance auprès de Daniel Schneidermann et de Philippe Cohen, deux immenses journalistes, démocrates et tolérants tous les deux, prompts à démasquer tous ceux qui, sans le dire, sournoisement, propagent des idées fausses, ils sont experts en faux, ou véhiculent sans le dire la parole gouvernementale, z’êtes repérés aussi sec. Donc, mes excuses messeigneurs, je vais causer économie. Quelle audace, n’est-ce pas ? Cependant, vous n’êtes pas obligé de lire non plus. Vous pouvez passer votre chemin, cela vous évitera des boutons. Les autres, on y va.


Le rapport de la Cour des comptes sur « la situation et les perspectives des finances publiques françaises » est instructif, accablant, déprimant.

Signalons aux deux fins limiers de la presse que la Cour des comptes est aujourd’hui présidée par Didier Migaud, un ancien député socialiste. Il n’est donc pas un nervi du pouvoir, peut-être est-il à l’abri de toute influence libéralo-droitière, encore que ces choses là nous les véhiculons, nous, les crétins, sans le savoir. Enfin brèfle, ce qu’écrit le président de la Cour des comptes est malheureusement terrible.

Qu’écrit-il donc ? Que la France dépense encore trop. Donc, elle doit couper dans ses dépenses publiques. Que les recettes ne sont pas suffisantes pour espérer réduire significativement le déficit public, qu’il faudrait donc les augmenter, et rapidement, sinon les marchés pourraient se défier de la signature française, augmenter leurs taux d’intérêt à notre encontre, ce qui pourrait nous étrangler, nous qui acquittons déjà quelque 50 milliards d’euros, lisez bien ce chiffre, c’est celui qui exprime le mieux notre gabegie publique en trente ans, 50 milliards d’euros d’intérêt par an.

Quand on lit cela, on se croirait en Grèce. Savez-vous pourquoi ? Parce qu’avec mois d’intensité encore, et ce n’est pas rien l’intensité dans ces questions, nous connaissons exactement les mêmes problèmes que la Grèce. Ils tiennent en un mot : le surendettement. Et comme la Grèce, nous voulons honorer notre signature, rembourser nos emprunts. Mais comme la Grèce, nous sommes très proches de ne plus pouvoir le faire.

Vous pensez que j’exagère ? Mais réfléchissez donc. Si nous coupons dans les dépenses publiques, ceci retentira négativement sur l’activité économique et la croissance. Et le même effet négatif se ressentira si nous prélevons de la richesse pour augmenter la richesse. Tenter de réduire les déficits, c’est courir à la récession, et c’est donc aggraver le problème au lieu de le résoudre.

Alors que faire ? Si j’ai bien compris la pensée limpide du duo Cohen-Schneidermann, bientôt en tournée dans les villes de province, il faudrait faire l’inverse : relancer, dépenser, créer de l’activité pour gonfler la richesse et donc rembourser les emprunts. Oh la bonne idée, que d’ailleurs d’autres très grands esprits propagent, à droite comme à gauche, car le duo Cohen-Schneidermann s’imagine original quand il est en vérité banalement banal.

Relaçons donc mes bons amis, mais avec quel argent ? L’argent que nous emprunterons, pardi, l’argent des autres, l’argent des banques et autres financiers que nous exécrons mais grâce à qui nous faisons les fins de mois depuis trente-cinq ans. Le hic et le hoc, c’est que ces financiers ne veulent plus prêter aussi facilement qu’avant, les salauds,  ils nous ont engraissé et endetté, et maintenant ils paniquent. Non, non, je ne vous parle pas de la Grèce, je vous parle bien de la France.

Comme la Grèce, nous sommes un peu coincés. L’avenir n’est pavé que de mauvaises solutions, voire d’une seule mauvaise solution. Le choix qui s’offre à nous pour les dix ans qui viennent n’est pas le choix de la rigueur ou de la relance, des économies ou de la dépense. La finance ne noue plus avec nous parce que nous jouons grâce à elle depuis des décennies. La finance nous demande non pas des comptes mais son argent, et nous sommes dépendants d’elle, désormais. Les marchés guident notre destin. C’est dégueulasse, certes, mais ce sont trente ans de gouvernance qui nous ont rendu là, droite et gauche confondues, tous plus forts que la réalité et rattrapés aujourd’hui par elle, et de quelle manière.

Peut-être les docteurs Cohen & Schneiderman ont-ils une solution au problème ainsi posé. Peut-être proposeront-ils de supprimer la Cour des comptes qui se comporte si vilainement. Et d’ailleurs, tiens, et si c’était cela la situation ? Casser les thermomètres, dire merde à ceux qui nous font des misères et prétendent nous dicter la vie, attitude belle et rebelle, pourquoi pas après tout…

La France comme la Grèce, vous dis-je. Et ce n’est que le début.

à propos du blog

Raconter les coulisses d'une interview politique quotidienne sur la première radio de France et entretenir un dialogue avec ceux que cela intéresse.

La charte d'utilisation du blog
Les émissions de Jean-Michel Aphatie La page émission L'Invité de RTL
La page émission du Grand Jury

Publicité

Publicité