Raconter les coulisses d'une interview politique quotidienne sur la première radio de France et entretenir un dialogue avec ceux que cela intéresse.
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Créé le 21/05/2012 à 09h50
La fin de l’euro est possible, a dit hier François Bayrou, lors du Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro. Un propos qui a rencontré un certain écho.
Les mots font parfois peur. Ils peuvent exprimer des évidences, des pensées que chacun a déjà conçues dans son esprit. Malgré tout, le dévoilement se révèle insupportable, incongru, déplacé. Pourtant, rien n’est plus vrai que ce que dit François Bayrou, l’euro, dans nos poches depuis seulement dix ans, peut disparaitre. Et ceci, rappelons-le, était inimaginable il y a seulement un an.
L’enchaînement est connu. Crise grecque, d’abord, en 2009 et inattention à peu près générale à la crise espagnole, qui éclate, elle, en 2007. L’impossibilité où ses pays pourraient se trouver bientôt, la Grèce avant l’Espagne, de rembourser leurs dettes risque de faire éclater l’ensemble du système monétaire européen.
L’occasion est bonne, ce matin, de parler de l’euro, de son histoire plutôt que de l’actualité.
Le projet de monnaie unique est doublement français. Dans une époque lointaine dont personne ne veut se souvenir, les gaullistes et les communistes en France torpillent l’idée d’une armée commune avec l’Allemagne. C’était en 1954 et nous avons une telle mauvaise conscience collective de cet épisode que la mémoire nationale l’a gommé du débat public.
La porte politique de l’Europe ayant été violemment refermée sur les doigts de ses promoteurs, ceux-ci ont inventé l’Europe économique, matérialisée dans le traité de Rome, signé en 1958.
Quelques décennies plus tard, pour faire vite, et alors que les Français ne cessent de grogner sur le caractère mercantile de la construction européenne sans comprendre que nous ne devrions nous en prendre qu’à nous même, quelques décennies plus tard, donc, l’Allemagne accède à son rêve de réunification.
François Mitterrand, à l’époque président de la République, saisit tout de suite le danger. Si l’Allemagne retrouve sa puissance au centre de l’Europe, son peuple et son esprit cesseront d’être européens. Il propose donc un marché à Helmut Kohl, à l’époque chancelier. Nous vous laissons faire votre réunification, mais nous fondons nos destins dans ce geste formidable que représente la fusion de nos monnaies nationales.
Les Allemands acceptent. A la fois pris par l’ivresse de l’aboutissement de leur projet historique de réunion de leur peuple, et aussi par crainte de leur propre puissance. C’est ainsi que nous Français, nous mettons la main avec habileté et bonheur, au nom d’un grand dessein, sur l’une des monnaies les plus puissantes du monde, le mark.
Cette union monétaire, nécessaire et enthousiasmante, supposait une union politique. Il est chimérique et monstrueux à la fois d’imaginer qu’une monnaie puisse durablement inspirer la confiance s’il existe plusieurs sources désunies et non coordonnées de création de richesses correspondant à cette monnaie. C’est pourtant ce qui s’est produit.
Ceci s’explique aisément. Ni les Français, qui ont été et demeurent à la fois nationalistes et européens, ni les Allemands, conscients du cadeau que représentait pour l’Europe le sacrifice de leur monnaie, n’étaient disposés à abandonner des outils de souveraineté sur la monnaie que pourtant ils abandonnaient. Cette aberration de l’intelligence allait vicier la construction monétaire dès l’origine
Pour tenter de la surmonter, les fabricants de l’improbable se sont entendus sur des mécanismes communs, pas sots, d’ailleurs, mais majoritairement allemands. Un pacte de stabilité était signé, qui limitait strictement des écarts budgétaires de chacun des pays membres de la zone. Une banque centrale était créée, avec pour mission juste et nécessaire de ne pas fabriquer de la fausse monnaie, c’est-à-dire de proportionner la fabrication de masse monétaire à l’augmentation des prix, ce qui revient à donner la priorité à la lutte contre l’inflation, et surtout en interdisant fort intelligemment à cette banque centrale d’acquérir des titres d’emprunts émis par les différents centres utilisateurs de la monnaie commune.
Cette rigidité allemande, que nous dénonçons bêtement aujourd’hui en France, avait pour but de compenser l’absence de coordination politique de chacune des économies de l’euro.
Dès 2004, soit deux ans après la mise en circulation de l’euro auprès des particuliers, la France et l’Allemagne s’affranchirent des règles du pacte de stabilité. Par facilité en France pour lutter contre une menace de récession, par nécessité en Allemagne pour pouvoir absorber l’effort de réunification, les deux pays leaders de l’euro ont renié la parole qu’ils avaient donné aux prêteurs, que nous appelons nous ici « marchés » pour mieux diaboliser les institutions financières sans lesquelles nous serions tout connement en cessation de paiement.
L’Allemagne a très vite rectifié le tir, et profite aujourd’hui des bienfaits d’une gestion intelligente et anticipatrice. Ce qui ne veut pas dire que ce pays est de cocagne et que le bonheur y ruisselle des fontaines. La France, elle, s’est enfoncée dans des discours simplistes et mensongers, tous appuyés sur une supposée volonté politique qui tordrait le réel qui nous contrarie. Le résultat est inscrit désormais dans nos comptes publics, comme il le sera demain dans nos chairs.
Au cœur même de ce dispositif brinquebalant, le mensonge grec, un Etat népotique et des citoyens peu vertueux, et le mensonge espagnol, camouflage de la dette publique dans les comptes privés, ont éclaté à la manière d’une pastèque pourrie qui éclabousse la totalité des alentours.
Comment maintenir désormais un édifice dont les fondations étaient mal creusées et dont les étages sont mités ? A la vérité, c’est impossible. Que faire alors ? Hélas, rien de bien.
Il faut éviter la sortie de la Grèce de l’euro, quel qu’en soit le prix, car la sortie de la Grèce coûterait incomparablement plus cher. Au bout du raisonnement, une administration directe de la Grèce pourrait s’avérer la seule solution viable. Est-il utile de préciser que le nationalisme des esprits nous détournera immanquablement de cette situation ? Pour cette seule raison, la disparition de l’euro est quasiment inéluctable.
Il faut ensuite aider l’Espagne, d’abord à recapitaliser ces banques, rongées par des créances qu’elles ne recouvriront jamais, puis soutenir son économie dont la production décline vertigineusement. Il faudra, pour ces deux opérations, mobiliser des centaines de milliards que nous ne possédons pas. C’est la deuxième raison qui fait douter de la pérennité de l’euro.
Viendra ensuite le tour de l’Italie, malade elle aussi, de la France, qui va à peine mieux, sans oublier le Portugal, chancelant, et l’Irlande, convalescente, pour ne rien dire de la Hollande, très faible. Troisième raison…
Que provoquera, s’il se produit, l’écroulement de l’euro ? Des horreurs, qu’il est impossible de décrire ici car l’Histoire qui s’écrit sur l’impéritie des hommes emprunte le plus souvent au pire…
PS: pour avoir écrit ce billet, il y a une semaine, un journaliste, enfin, il parait, a écrit ce tweet:
Bruno
Roger-Petit ¿B_Roger_Petit
S'il avait lu du Aphatie, Clemenceau le
journaliste l'aurait moqué, et Clemenceau le patriote l'aurait fait fusiller
Comme quoi, l'éternel combat contre la bêtise continue.
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