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Dureté et molesse du socialisme français 07/10

Créé le 07/10/2011 à 10h11

Les primaires du PS se terminent. Premiers votes, dimanche. Réflexions.




On pouvait craindre la foire d’empoigne. Elle n’a pas eu lieu. Les protagonistes des primaires ont su contenir leurs assauts dans les limites du raisonnable, ce qui a conféré une certaine dignité à leurs débats. La politique en manquant cruellement, et depuis longtemps, cette démonstration-là a rendu service à tout le monde.

Conséquence éclairante : plusieurs responsables de l’UMP sont convenus de la réussite formelle de l’exercice auquel se sont livrés les socialistes. Certains même le recommandant pour leur propre parti. Un changement de discours assez radical par rapport aux critiques émises au mois de juin, notamment par Jean-François Copé.

Sous ce formalisme, cependant, quelques inquiétudes nées de l’observation de ce débat des primaires, toutes liées au fond. Il faut d’abord noter la légéreté et l’amateurisme avec lesquels a été abordée la question du nucléaire. Au fil des débats, sans chiffrages ni engagements précis, des dirigeants politiques se disant prêts pour l’alternance se sont déclarés favorables à la sortie du nucléaire, à l’abandon du chantier de Flamanville, aux démantèlements des centrales existantes, à l’arrêt de l’exportation des EPR, etc. Tout cela a été évoqué avec une telle superficialité que l’on a bien compris que le mot d’ordre précédait la réflexion, et le positionnement politique, voire politicien, supplantait la réflexion stratégique.

Confondant, tout de même, alors que la perspective du pouvoir est réelle. Avis à tous ceux qui ont pris ces propos pour argent comptant : la réalité du nucléaire en France, voire même le piège dans lequel EDF a enfermé ce pays, exigent davantage de profondeur, de rigueur et de circonspection dans l’approche du dossier.

Le contenu économique des échanges entre candidats représente une autre source de perplexité. Ceci mérite d’être décrit sous son aspect purement factuel. Le programme économique du parti socialiste a été élaboré tout au long de l’année 2010, et validé ensuite au printemps 2011.

Pour des raisons extérieures au monde socialiste français mais qui s’imposent à lui, la crise de la dette des Etats a flambé à l’été 2011. Pour une part, et c’est un fait rare, les causes et les conséquences de cette crise sont identiques : une panne de croissance dans les pays occidentaux qui fait planer le risque d’une récession et nourrit un doute important sur la capacité de ces pays à rembourser leurs emprunts. Un puissant mouvement d’auto alimentation nourrit ainsi une psychologie de défiance qui déprime l’activité économique, contracte les recettes des Etats et oblige à réviser négativement le niveau et l’affectation des dépenses publiques.

Les dirigeants socialistes ont commencé à mettre en débat en septembre leur projet adopté en avril. Qu’ont-ils modifié pour tenir compte de ce qui s’est passé dans l’intervalle ? Rien. Et c’est inouï. Les uns et les autres ont promis la création de 350.000 emplois jeunes, c’est dans le programme, le retour à la retraite à 60 ans, c’est dans le programme, des allocations pour les jeunes, c’est dans le programme, la création de 10.000 postes de policiers, c’est dans le programme, l’embauche de 60.000 enseignants, ceci a été rajouté au programme, et d’autres promesses aussi baroques que vagues qui dessinent une perception étrange des réalités économiques que la crise impose à la France.

Ecrivons-le simplement : rien de ce qui a suscité les échanges devant lesquels tant de Français semblent s’être pâmés ne sera appliqué. Le volontarisme des débatteurs qui a charmé tant d’esprits demeurera une figure de rhétorique et ne trouvera aucun début d’application si l’un des six compétiteurs de la primaire entre à l’Elysée ne mai prochain.

Ceci est une évidence tellement forte qu’il est curieux de constater l’hypnose collective dans laquelle semble plongée une partie des citoyens. Ceci est d’autant plus étonnant, voire déstabilisant, que nous avons déjà payé pour les calembredaines de campagne. En 1981, un candidat voulait changer la vie. En 1995, un autre prétendait réduire la fracture sociale. En 2007, un troisième promettait d’aller chercher la croissance avec les dents. Dupes une fois, on peut comprendre. Deux fois, c’est triste. Trois fois, c’est con. Quatre fois, c’est trop.

C’est dans ce contexte que se situe le débat sur la « gauche molle » initiée par Martine Aubry. « On ne pourra pas battre une droite dure, a-t-elle dit lors du dernier débat, avec une gauche molle. » La cible est apparue évidente pour tous : François Hollande, chef de file de la « gauche molle ». Laissons cela à ceux qui s’en amusent et penchons-nous sur le fond de la rhétorique.

En désignant explicitement une « gauche molle », Martine Aubry sous-entend fortement qu’il existe une « gauche dure ». Dure en quoi ? Dure face à qui ? Dure dans quel but ? Cela, elle ne le dit pas, et laisse à chacun de ses auditeurs le droit de le deviner.

On peut formuler l’hypothèse synthétique que, dans l’esprit de ses promoteurs, la « gauche dure » est une gauche qui résiste aux agents du capitalisme. Il est possible, hélas, de faire une campagne électorale sur cette ligne. Il est impossible, c’est comme ça, de gouverner sur cette ligne.

L’action de la politique suppose des moyens. L’impôt et les taxes y pourvoient. Pour lever les uns et les autres, il faut produire de la richesse. A ceci, qui est général, il faut ajouter cet élément circonstanciel : l’Etat français a besoin de l’emprunt pour financer ses dépenses. Est ainsi dessiné le périmètre d’une action qui fait apparaitre la dépendance du pouvoir politique par rapport à une foultitude d’agents économiques.

Pourquoi, dans ces conditions, suggérer l’existence d’une « gauche dure » ? La politique, tel est son utilité pour la communauté, doit chercher à peser sur la réalité et à en orienter le cours. Mais on ne réussit ce travail qu’en prenant en compte les éléments fondamentaux qui la façonnent, pas en les niant, pas en les refoulant, pas en les ignorant. De ce point de vue, être dur ou mou ne sert à rien. Il faut juste être lucide, précis, conscient, et courageux aussi, ce qui est déjà beaucoup, et même énorme.

Bon week-end

 
     

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Raconter les coulisses d'une interview politique quotidienne sur la première radio de France et entretenir un dialogue avec ceux que cela intéresse.

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