Le Blog de Jean-Michel Aphatie

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Comment je me suis fait pièger par un fourbe 05/03

Créé le 05/03/2012 à 16h00

Jeudi après-midi, vers 17 heures, mon portable sonne. Un numéro masqué. « Bonjour, je suis journaliste à la RTBF, la télévision belge. Je suis à paris lundi pour réaliser un sujet sur le temps de parole accordé par les médias aux candidats à l’élection présidentielle. Vous avez critiqué ce dispositif légal de temps de parole. Accepteriez-vous de nous expliquer votre position. » Assez régulièrement, des journalistes belges nous sollicitent. Ils aiment bien la politique française, ils sont sympas. Comme en plus, le sujet m’intéresse, mon sang démocratique ne fait qu’un tour et je dis banco. Rendez-vous est pris pour ce lundi matin 5 mars, 11 h, à RTL.




Ce matin, prévenu par mes soins dès jeudi, le service de presse de RTL installe l’équipe dans un studio pour filmer l’interview. Outre le journaliste, il y a là un caméraman et un preneur de son. Assez pro. En apparence.

L’entretien commence. Il durera au total une cinquantaine de minutes. Au départ, du classique : la loi sur le temps de parole, les petits candidats, les gros, le système, qui choisit, etc, etc.

Et puis, au fil de l’interview, un peu n’importe quoi. Le journaliste, enfin le monsieur qui pose des questions, se dévoile peu à peu. Pourquoi on ne fait pas plus de place aux candidats qui contestent le système ? Qui suis-je, moi, pour ne pas leur faire de la place ? Ai-je conscience que François Hollande n'est pas de gauche comme il le dit,  mais de centre droit? Et puisque j’ai écrit un jour sur mon blog que tout n’était peut-être pas à jeter chez Margaret Thatcher, est-ce que je redoute pas d'être suspendu deux heures par les petits doigts à la Libération? Bref, ça tourne foutraque.

Au fur et à mesure de l’entretien, le ton change. Disons qu’il devient un peu musclé et que je ne sais plus exactement quel zozo j’ai en face de moi. Pas une seule fois, il ne me vient à l’idée que ce type m’a enfumé. Pour moi, il travaille à la RTBF. Puisqu'il l'a dit, c'est vrai. Il est bizarre certes, mais pas malhonnête. C'est bien d'avoir confiance dans les gens. Surtout, faut pas changer.

Finalement, nous nous quittons. Petit coup de fil au service de presse : vous le connaissez l’oiseau, vous avez pris son nom ? Un téléphone ? Ben non, me répond-on logiquement, puisque c’est vous qui les avez fait venir. Pas bête.

A tout hasard, je sors sur le trottoir du 22 rue Bayard. Avec un peu de chance, me dis-je… Beaucoup de chance même, je devrais jouer au loto, mes trois lascars sont là, ils papotent au milieu d’un petit groupe qui se trouve devant l'entrée de RTL.

Personne ne sait qui vous êtes, dis-je au chef de bande, pouvez-vous me donner votre nom ? Il s’exécute : « Julien Brygo ». Pourquoi pas. Il épèle. Je note. Et vous travaillez pour quelle émission ? Il se trouble : « Les documentaires de la RTBF ». D’accord, mais ce que nous venons d’enregistrer ensemble est destiné à une émission précise ? « Non, c’est pour les documentaires de la RTBF. » D’accord, mais pas pour les documentaires destinés aux enfants, il doit bien y avoir une émission spécialement dédiée à ce type de documentaire. « Oui, à 22 heures », me mariole-t-il. Tout à coup, je commence à comprendre que ce type est un tricheur, un menteur et un fourbe.

Vérification rapide : votre téléphone ? « Je ne l’ai pas sur moi ». Non, c’est le numéro qui m’intéresse. « Je ne le connais pas. » Pas possible, doit y avoir des écoles pour apprendre à jouer au con. Le nom de votre rédacteur en chef? Alors là, un peu à l’agonie, il lâche avec un air confus et une voix pas claire : « Jean-Luc Lederme. » Je me marre, je connais un Yves Leterme qui fut premier ministre du royaume. Vous voulez dire Leterme ? « Non, me répond-il au supplice, ça c’est le premier ministre. » Vous vous foutez de moi ? Sa bouche se tord un peu parce que c’est bien beau de piéger quelqu’un, assumer sa fourberie les yeux dans les yeux, c’est autre chose. Quelque soit son combat, on n’est jamais fier d’être fourbe.

Alors voilà, peut-être un jour notre conversation, celle qu’il a enregistrée dans sa caméra, figurera-t-elle dans un film sur les "nouveaux nouveaux nouveaux" chiens de garde que Daniel Schneidermann trouvera très bien puisqu’il démontrera, grâce à un savant découpage et un habile montage, le vrai visage des chiens de garde qui avant d’être de garde sont des chiens. Procédé minable dont la réalisation doit tout à la veulerie et bien peu au courage.

Dans ma naïveté, tout de même, j’ai eu un soupçon de réflexe. Quand nous avons terminé l’entretien face à la caméra, et alors que je pensais toujours que ce jeune homme, dont-je-ne-sais-pas-qui-il-est, travaillait pour la RTBF, je lui ai demandé une chose. Sachant qu’il ne garderait de mes propos que ce qui était susceptible de me condamner, je lui ai lancé: « Mettez donc en ligne, sur Internet, la totalité de notre entretien, sans coupe ni montage, que chacun puisse juger de vos questions et de mes réponses. »

Le fourbe m’a dit: « Oui, je le ferai ». Mais un fourbe tient-il jamais parole ?

à propos du blog

Raconter les coulisses d'une interview politique quotidienne sur la première radio de France et entretenir un dialogue avec ceux que cela intéresse.

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