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Créé le 08/04/2011 à 09h30
Jean-Louis Borloo a été très bon hier soir, sur France 2. A la fois serein et maîtrisé dans l'expression, et clair sur le fond.
Résumons. Jean-Louis Borloo quitte l'UMP. Le rassemblement qu'il veut créer a vocation, a-t-il dit, à présenter un candidat à l'élection présidentielle de l'année prochaine. Lui même se dit prêt pour l'échéance. Au moins, les choses sont claires.
Sur le fond, si l'on ne voit pas bien le contenu du projet que pourraient présenter Jean-Louis Borloo et ses amis, on a au moins saisi les raisons qui motivaient leur départ. On peut résumer cela par un refus d'être associé à la droitisation de l'UMP, le discours systématique et obsessionnel sur l'immigration identifiant ce glissement aux yeux de Jean-Louis Borloo.
Si l'on veut tirer un premier bilan de la séquence, il se décline simplement. Ce départ signe l'échec du projet de regroupement des droites tenté en 2002. Il souligne la situation de terrible faiblesse de Nicolas Sarkozy. Il fractionne la scène politique au point de rendre nébuleuse la perspective du premier tour de l'élection présidentielle.
L'UMP explose et, plus grave, mais pas sans lien, la construction politique européenne est proche, elle aussi, de la dislocation. En vingt-quatre heures, deux des réalisations concrètes qui fondent l'Europe ont été mises gravement en péril.
L'euro, d'abord. Le Portugal ne peut plus faire face à ses engagements. Les autres pays de l'euroland doivent lui apporter aide et soutien. Dans le même temps, l'hypothèse d'un rééchelonnement de la dette grecque se précise et semble désormais inéluctable. Pour les marchés financiers et les acteurs économiques, la monnaie unique va finir par devenir suspecte, exprimant des économies radicalement divergentes, déjà très malades pour certaines, et potentiellement très fragiles pour d'autres.
La rigueur extrême dans l'application des politiques publiques est la seule condition pour rassurer les marchés. La récession profonde dans laquelle cela plongera l'ensemble de la zone ne peut qu'aviver des tensions sociales déjà perceptibles dans de nombreux pays. C'est ainsi que la crise de l'euro peut déboucher sur une forte crise politique susceptible de mettre en péril la seule véritable réalisation de la communauté européenne en voie d'épuisement soixante ans après sa création.
Ce projet politique fut fondé, à la fin des années cinquante, par la fusion économique des marchés nationaux. A la libre circulation des marchandises devaient correspondre la libre circulation des personnes. C'est dans cette logique que fut élaboré la convention de Schengen, officialisée dans le traité d'Amsterdam en 1997, qui organise l'abolition des frontières à l'intérieur de l'Union, celle ci confiant à ses pays frontaliers des zones non européennes le soin de filtrer l'entrée des migrants sur le territoire communautaire.
L'Italie, confrontée à une arrivée importantes de migrants tunisiens illégaux vient de porter un grave coup à la lettre et à l'esprit de Schengen. Pour désengorger son territoire, elle accorde 20.000 visas temporaires à ces Tunisiens dont chacun sait qu'ils veulent venir en France. Décision inacceptable pour les autorités françaises qui veulent, et vont probablement, stopper l'arrivée de cette immigration.
En agissant ainsi, la France ne respectera pas la lettre de Schengen dont l'Italie bafoue l'esprit. Au bout du compte, c'est le mécanisme même de frontières ouvertes entre les pays de l'Union qui risque d'être remis en question. C'est dire la gravité de la crise, et le péril qu'elle fait peser sur l'avenir même de l'Union.
La totalité des crises qui s'additionnent depuis plusieurs mois dessinent un paysage politique radicalement nouveau. Avec lui, la demande politique évolue, et l'offre aussi. Nous voilà ainsi lancés dans le grand bain d'une histoire en gestation dont nul ne peut prédire sérieusement ce qui l'emportera du pire ou du moins pire.
Semaine prochaine, vacances, il n'y a pas de raison. Retour ici même le lundi 18 avril.
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