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BCE or not BCE 30/11

Créé le 30/11/2011 à 10h34

Le président de la République devrait consacrer un discours à la crise financière, demain, à Toulon. Ce discours est annoncé par ses proches comme « important ». Est-ce possible ?




Bof, bof, bof… Faut se méfier parce qu’on nous a déjà fait le coup. Souvent. Pas que ce président. Et à l’arrivée, pas grand-chose.

Nicolas Sarkozy a déjà prononcé un discours dit « important », à Toulon. C’était en septembre 2008, et il était, ce discours, déjà consacré à la crise. Qu’en reste-t-il ? Pas grand-chose. Le président disait que c’était grave. Nous le savions. Qu’il fallait se retrousser les manches. On pouvait l’imaginer. Mais que tout se passerait bien. Vu où nous ne sommes aujourd’hui, on comprend pourquoi il n’est pas resté grand-chose de ce discours ?

Dans ces conditions, que faut-il attendre du discours « important » qui va être prononcé demain, à 18h30 ? Il est probable que le propos présidentiel contienne quelques pistes de réformes dans la gouvernance européenne. Les traités pourraient être modifiés, un peu de souveraineté budgétaire concédée, etc.

Ceci pourrait procéder d’un accord avec la partie allemande. C’est bien. Mais comme il faut en moyenne des années, pas mal la moyenne, pour réformer les traités, els marchés financiers qui vivent à l’horizon de la demi-journée risquent bien de se marrer en écoutant cette partie du discours.

Le président de la République va-t-il annoncer que la BCE, enfin, va se porter acquéreuse de tous les emprunts d’Etat qui traineront dorénavant sur le second marché ? Tout le monde le réclame en France, de VGE à François Hollande, en passant par Jean-Luc Mélenchon et François Fillon. Voilà longtemps qu’en France nous n’avions point vu une telle unanimité.

C’est peu probable pour cette seule raison que les Allemands n’en veulent pas. Ce qui ne veut pas dire que la BCE ne le fera pas. L’Europe est une machine byzantine. Mais ce qui mérite d’être relevé ici, succinctement, par flemme, c’est que l’arme dissuasive de la BCE ne dissuadera personne de rien.

Le problème aujourd’hui, c’est l’émission de dettes. Les prêteurs n’ont plus confiance dans les Etats. Difficile d’imaginer que ces prêteurs achètent à taux raisonnables des titres d’emprunt aux Etats pour les revendre ensuite, dans des conditions désavantageuses, à la BCE sur le second marché. Le risque existe, au contraire, de voir les prêteurs se délester en masse des emprunts qu’ils détiennent déjà dans leurs bilans si jamais la BCE déclare vouloir acheter ce qui se présente. En d’autres termes, le signa d’un rachat pourrait accélérer une débâcle qu’elle prétend éviter. Dans ces affaires où la psychologie est une dimension essentielle, il est important d’apprécier justement la réaction potentielle des acteurs sous peine de s’en mordre cruellement les doigts. Ajoutons enfin, à la hache, que les pays où la banque centrale joue ce rôle prétendument dissuasif (Etats-Unis, Grande Bretagne) sont aussi des pays où il n’existe qu’un seul centre d’émission de la dette. La particularité de la zone euro est qu’il existe aujourd’hui, faute de coordination sévère et étroite des politiques budgétaires, dix-sept centres d’émission de dette publique. Faire de la BCE le point unique de rachat de tous ces titres émis dans le désordre est à la fois sot et risible. Que ceci fasse l’unanimité en France nous renseigne surtout sur l’ignorance, le désintérêt et le mépris que nous concevons pour les mécanismes économiques.

Surtout, l’hypothèse de l’intervention de la BCE, qui se produira peut-être car dans la longue histoire de l’euro nous n’avons jamais reculé devant les pires bêtises, nourrit ce fantasme français qui veut qu’en économie, il existe toujours une solution miraculeuse, une arme secrète, un trésor caché, qui nous dispensera de l’effort. Eh bien non, et c’est là, là seulement, que le discours du président de la République, demain, à Toulon, peut avoir un intérêt.

Imaginons, rêvons, que le président dise la vérité. Colossal. Non mes chers compatriotes, non nous ne ferons pas 1% de croissance l’année prochaine. Le budget que nous présentons ces jours-ci aux parlementaires est largement dépassé par la réalité. Il faut, hélas, disposer autrement els maigres atouts dont nous disposons. Il va falloir, mes chers compatriotes, augmenter les impôts des plus fortunés d’entre nous, baisser re hélas, les dépenses d’un Etat qui a non seulement trop dépensé mais aussi beaucoup gaspillé durant les vingt dernières années.

Des années de difficultés sont devant nous mes chers compatriotes. Des années. Mais si nous continuons à bricoler comme nous le faisons, nous perdrons l’euro, bon c’est comme ça, mais aussi plus grave la sécurité sociale, nos régimes de retraites, nous mettrons par terre nos hôpitaux, notre service public de l’éducation, notre appareil de recherche, et tant d’autres choses encore.

Nous avons le choix, nos chers compatriotes entre mille difficultés, et ce n’est pas de gaieté de cœur qu’il faut imaginer cela, ou la ruine totale… Alors, à nous tous de choisir…

Bon, je déconne, jamais le président de la République ne dira cela. Donc, il y a beaucoup de chances que le discours présidentiel soit davantage dominé par l’autosatisfaction, qui n’est pas que la sienne mais qui exprime une autosatisfaction largement partagé par des responsables qui pensent encore que l’ennemi c’est la finance à qui il faut faire rendre gorge, plutôt que par le souci de réalisme qui n’est pas la marque, loin s’en faut, du génie français que j’aime autant que tout autre mais qui me désespère parfois pour l’aveuglement qu’il produit.

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