Raconter les coulisses d'une interview politique quotidienne sur la première radio de France et entretenir un dialogue avec ceux que cela intéresse.
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Créé le 07/09/2011 à 10h26
C’est pas foutu mais c’est pas loin. L’euro passera-t-il l’hiver ? Pas sûr.
Ce ne sont pas l’optimisme ou le pessimisme qui dictent la pensée. C’est l’observation des faits, que tous peuvent observer, et que si peu donnent l’impression de regarder.
La semaine dernière, les représentants de la troïka (FMI, Commission européenne, BCE) ont quitté la Grèce sur un constat accablant : le civisme grec fait toujours défaut. Celui des gouvernants qui réclament de l’aide mais n’observent que partiellement ensuite les demandes formulées par ceux qui apportent cette aide. Des citoyens ensuite, qui continuent à ne pas payer leurs impôts, vu qu’ils en ont très peu payés par le passé.
Etablir ce constat est pratiquement interdit en France. Vous vous exposez, si vous le faites, à une flopée d’anathèmes. Mais n’est-ce pas justement l’un des fondements de la démocratie que d’accepter de payer des impôts afin de contribuer au bien-être collectif ? Le paradoxe est amusant. Les mêmes qui ici plaident l’action et la force de l’Etat, qui n’est rien sans les moyens que lui confère l’impôt, défendent mal à propos l’égoïsme grec qui prive l’Etat de ses ressources depuis des années.
A part l’obscurcissement que procure l’idéologie, comment comprendre ces raisonnements qui n’en sont pas ? Par ailleurs, si la souffrance des Grecs est déjà réelle, il ne faut tout de même pas oublier que sans le soutien des autres pays européens, elle serait pire. Rendue à elle-même, la Grèce subirait aujourd’hui un appauvrissement colossal de son économie. L’aider, la soutenir, c’est partager son fardeau. Cesser de l’aider, c’est la précipiter dans une crise incomparablement plus grave que celle qu’elle traverse aujourd’hui.
Quoiqu’il en soit, la situation grecque alimente la défiance déjà importante dans la zone euro. L’esprit public allemand commence à se détourner massivement de cette union européenne dont le désordre l’insupporte. Les banques engagées dans la constitution de la dette grecque tremblent pour leurs bilans et subissent de plus en plus fortement la houle des marchés financiers. Ce domino-là est, de loin, le plus périlleusement fragile pour la suite des évènements.
S’empilent sur l’échafaudage bancal de l’économie européenne les mauvaises nouvelles qui viennent des deux grandes économies de l’Europe que sont l’Espagne et l’Italie. Dans le premier de ces deux pays, le pouvoir semble s’affoler devant les sombres perspectives économiques du contient. Quant au second pays, son plan de redressement des finances publiques parait tellement bricolé qu’il suscite plus de sourires que de félicitations.
Si ces pays-là se révèlent, à un moment ou à un autre, incapables de faire face seuls à leurs échéances financières, nous serons dans l’incapacité politique et technique de les aider. Hier, pour ne parler que de la France, l’Assemblée nationale a voté l’aide à la Grèce qui alourdit de 15 milliards notre déficit déjà monstrueux. Nous sommes allés au bout de l’effort que nous pouvons fournir. Nous sommes incapables, aujourd’hui, d’un acte supplémentaire de solidarité.
Avant d’évoquer de possibles scénarios de crises, et les réponses susceptibles de la surmonter, une petite parenthèse. Certains, dans le débat public, sans doute pour liquider l’effroi qu’ils éprouvent et se donner ainsi le sentiment d’avoir des réponses face aux cataclysmes qui s’annoncent, dénoncent la finance internationale, les spéculateurs, l’ordre économique capitaliste et d’autres épouvantails à moineaux dont il serait trop long de dresser ici la liste.
Tout ceci demeure pourtant dérisoire. La source de tous les désordres que nous constatons tient au mensonge européen, et plus largement occidental, car il faut englober les Etats-Unis dans le raisonnement, qui nous a conduit à financer notre développement économique et social par l’emprunt pendant trente ans. L’important, aujourd’hui, est de comprendre que l’occident tout entier a fini par perdre son indépendance pour n’avoir pas su sacrifier son confort. C’est cela que nous payons aujourd’hui. Le typhon qui risque de nous emporter n’est que le fruit de notre inconséquence, de notre insouciance, de notre absence totale de rigueur et d’anticipation.
Reporter sur d’autres la colère qui nous saisit aujourd’hui est à la fois puéril et malhonnête.
Que peut-il se passer désormais ? Personne ne peut le décrire avec précision. Un typhon est en cours de constitution, au loin. Les vents qu’il charrie sont puissant, potentiellement dévastateur. Rien n’indique qu’il faiblira au moment, qu’il n’est plus si loin, où il balaiera l’Europe.
Que restera-t-il après son passage ? Quelles institutions, quelles entreprises, résisteront-elles ? Là encore, personne ne peut le dire. Quant aux voies politiques abordables après la tempête, elles seront fatalement réduites. On entend déjà, ressources insoupçonnées de la nature humaine qui pressent les catastrophes, des voies allemandes qui tendent à nouveau la main à la France pour que s’unissent plus étroitement le destin des deux peuples, d’eux surtout, d’eux seulement. Ce fut déjà le cas en 1954, et la main française méprisa l’offre. En 1966, ce fut toujours la France qui refusa la solidarité dans la construction européenne. Si nous avons oublié le premier épisode, nous sommes encore fiers du second, fats et sots que nous sommes.
En 1992, nous fumes plus habiles, mais il s’agissait alors d’empêcher l’essor de l’Allemagne réunifiée. C’est plus souvent qu’on ne le croit l’égoïsme qui nous a guidé, nous, Français, dans la construction européenne. Comment réagirons-nous, Allemagne d’un côté, France de l’autre, dans la quatrième très grande épreuve que nous propose notre histoire d’après-guerre ? Ne parions pas spontanément sur l’intelligence du débat public qui se nouera après la catastrophe. Le passé, de ce point de vue, oblige à la prudence.
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