Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière : "Comment l'engagement sur les retraites va-t-il être respecté ?"
Créé le 05/04/2011 à 08h07

Philippe Varin, président du directoire de PSA Peugeot-Citoën, sur RTL le 5 avril 2011 / RTL
Le président du directoire de PSA Peugeot-Citoën répondait mardi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie.
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Philippe Varin.
Philippe Varin : Bonjour.
Vos usines ont connu une courte période de chômage technique au mois de mars à cause du tremblement de terre au Japon, qui a détruit les installations de certains de vos fournisseurs, notamment ceux qui fabriquent les composants électroniques. Redoutez-vous d'autres périodes de chômage technique dans les semaines qui viennent, Philippe Varin ?
Nous ne sommes pas à l'abri d'autres ruptures. Nous avions des composants à approvisionner par avions, en provenance d'Hitachi et ceci nous a conduit à arrêter certaines de nos usines, jusqu'à 60% pour certaines d'entre elles pendant une semaine. Mais maintenant nous sommes revenus à la normale.
Mais la plupart des approvisionnements arrivent par bateaux ; donc, il y a beaucoup de stocks sur les bateaux. Lorsque ces stocks seront épuisés dans les deux, trois mois à venir, on ne peut pas exclure d'autres ruptures. Nos équipes travaillent de manière fantastique pour éviter cette situation ; et puis, nous avons une société de transport dans le groupe Gefco dont on voit les camions sur la route, ce qui est extrêmement efficace.
Et donc, pour l'instant, en tout cas, pas de menaces sur la production pour les usines françaises ?
Pour l'instant, nos usines travaillent à plein régime actuellement et je vous dis, on n'est pas à l'abri d'autres déboires.
Votre groupe Peugeot Citroën, Philippe Varin, profite de la semaine de l'industrie pour proposer aux collégiens, aux lycéens de rentrer dans vos ateliers pour qu'ils constatent par eux-mêmes que l'usine, ce n'est pas le bagne. Il paraît que vous avez du mal à recruter des jeunes dans vos entreprises, c'est vrai ?
Ah non, non, non.
Ah bon !
D'ailleurs, nous recrutons cette année 4.000 personnes.
Mais vous avez du mal à avoir des candidats, à avoir des gens qui veulent rentrer dans le métier ?
Nous avons un des programmes dans lequel nous sommes extrêmement engagés sur l'apprentissage. Nous avons 5.000 jeunes en alternance. Alors je peux vous dire une chose : ils veulent rentrer chez nous. Nous en embauchons une partie et puis, une partie va aussi dans l'ensemble de la filière automobile.
Alors, cette semaine de l'industrie, c'est une fantastique opportunité pour les Jeunes, pour leurs parents, les conseillers d'orientation, les enseignants. Vous savez, nous avons dans l'usine de Trémery en Lorraine, aujourd'hui, 90 jeunes de Troisième qui discutent avec des apprentis. Nous avons 200 Bac pros qui vont être à Poissy en séminaire de pré-recrutement. Donc, il y a, je dirais une fantastique opportunité pour montrer que nous offrons des carrières, je dirais en termes de rémunération, d'innovation, extrêmement attractives et de développement personnel également.
L'industrie française crée beaucoup d'emplois. Vous allez embaucher combien de jeunes en cinq ans ?
Les jeunes, je ne sais pas exactement. Nous avons embauché, l'an passé, 2.700 personnes, 4.000 cette année ; et je crois qu'une des conditions de l'emploi, c'est la compétitivité.
Alors justement, venons-en à la compétitivité. Vous avez écrit un "papier" dans "Les Echos", le 28 janvier dernier où vous disiez ceci qui fait tout de même froid dans le dos, si on considère que vous êtes l'un des grands industriels français, Philippe Varin. Beaucoup d'indicateurs, écriviez-vous, nous poussent, nous industriels français,à aller produire hors de nos frontières et ce que vous mettez en cause, c'est le poids des charges sociales dans les salaires qui limitent votre compétitivité par rapport à vos concurrents dans le monde
Oui, j'observe en effet une dérive sur le coût du travail qui, en France, est inquiétante. Vous savez, ça nous tient beaucoup à cœur, puisque le groupe a un ancrage en France depuis 200 ans qui est important. Nous nous mondialisons, certes ; mais nous avons en production en France 41% de notre production mondiale. 85% de nos moteurs. Nous sommes, en France, le plus gros déposant de brevets depuis quatre ans ; donc, la France c'est important. J'observe cette dérive du coût du travail depuis dix ans par rapport à l'Allemagne, pas par rapport à la Chine ; par rapport à l'Allemagne, nous avons perdu douze points de compétitivité.
Les Allemands ont augmenté leur coût du travail de 19%, la France 31% et ce n'est pas, je dirais, le salaire net qui est en cause parce que le salaire net du Français est encore inférieur à celui de l'Allemand, ce sont les charges. Il n'est pas normal qu'en France, une partie de la production sociale, notamment la famille, pèse exclusivement sur les entreprises. Et si vous prenez le salaire net d'un employé en France dans l'industrie, le poids des charges sur le salaire net est de 83%. Le salarié allemand, lui, voit un poids des charges sur le salaire net de 47%.
Donc, ceci vous met dans des conditions de concurrence qui sont défavorables à votre entreprise, Peugeot-Citroën, à l'industrie française, en général. Vous l'avez écrit dans "Les Echos", le 28 janvier et alors, quel impact ça a eu ? Je ne sais pas : le Premier ministre vous a appelé ? Le ministre du travail vous a appelé ? Quelqu'un vous a appelé, Philippe Varin ?
Vous savez qu'il y a un grand débat sur ce sujet. Alors, il y a beaucoup de débats sur les chiffres, vous savez, exacts en valeur absolue du coût horaire entre la France et l'Allemagne. Mais il y a une chose qui est certaine, un diagnostic partagé par tous, c'est que l'augmentation a été de 12% en défaveur de la France. Nous avions un avantage. Nous l'avons perdu.
Mais vous avez le sentiment que quelque chose va être fait ? Parce qu'il faudrait faire reporter le poids de cette protection sociale, par exemple, sur la consommation, on appelle ça la TVA sociale, et on a l'impression aussi que les responsables politiques ont plutôt peur de s'engager dans ce chemin ?
Il n'y a pas de solution unique. La TVA peut être une voie, c'est la voie que les Allemands ont utilisé. Le rapport de la Cour des Comptes montre que c'est aussi une des possibilités. Il y aura certainement un panache de différentes solutions.
Mais je reprends ma question : quelqu'un vous a appelé pour vous dire, je ne sais pas, le gouvernement : "Tiens, bravo, votre papier c'est bien, ça nous donne des idées, on va le faire !"
J'ai beaucoup de supports sur le diagnostic et beaucoup de questions sur la manière de progresser.
Donc, pour l'instant, le débat est ouvert. Vous avez l'impression qu'avant l'élection présidentielle, ça va bouger ?
Je pense que ça sera un des sujets du débat pour l'élection présidentielle. Mais vous savez, pour nous, c'est un des facteurs importants de notre position en France, ce n'est pas le seul. Nous continuons à faire et nous devons faire de belles voitures, et c'est ce qui fait la charge de nos usines ; et puis aussi, nous avons un personnel et des fournisseurs qui sont très motivés sur la performance ; et ceci dit, il nous faut des conditions de coût du travail favorables.
Vous dirigez donc l'un des grands groupes français : Peugeot-Citroën. Votre concurrent Renault est pris dans une tourmente un peu invraisemblable à cause de licenciements effectués pour des raisons qui seraient finalement fausses. Pensez-vous que le management de Renault, Carlos Ghosn, Patrick Pelata peuvent encore continuer à diriger une grande entreprise comme Renault après ce qu'il vient de faire ?
Ecoutez, ce qui se passe chez Renault, vous savez, en termes de déontologie, je n'ai pas l'habitude de commenter sur ce qui se passe chez mes concurrents. Ceci dit, pour nous, ça nous a fait réfléchir sur la confidentialité. Vous indiquez que nous étions le plus grand déposant de brevets en France. Nous avons 15.000 chercheurs et donc il est important que nous prenions toutes les mesures pour assurer la confidentialité.
C'est une manière de dire que votre concurrent n'a pas été assez prudent ?
Non, je pense que dans le cas précis, on a vu que ce n'était pas de ça dont il s'agissait.
Donc, il a fauté, d'après vous, ou peut-être qu'il n'est pas facile pour vous de répondre à ces questions ?
Comme je l'ai indiqué, la déontologie fati que je ne parle de mes grands concurrents.
Mais le groupe Renault a connu une chute importante de ses ventes au mois de mars : - 12%.Vous pensez qu'il y a du dégât d'images ?
Moi je vois une chose c'est que si je prends les résultats du premier trimestre, nos ventes se tiennent. Très, très bien pour notre société et que la dynamique de nos marques et la stratégie de monter en gamme que nous avons, donnent des soufflets.
Vous savez après la DS 3 l'an passé, qui a été un formidable succès, la nouvelle C4 démarre très bien ainsi que la DS 4 à venir. Je vais à Shanghaï dans deux semaines pour dévoiler la DS 5 et puis, sur la marque Peugeot, avec la 508 qui va être fabriquée à Rennes et également en Chine, je pense qu'on tient là un autre succès. Et ça, ça me fait extrêmement plaisir.
Philippe Varin, P-DG de Peugeot Citroën, était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée.
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