On refait le match - Le débrief - Pascal Praud - 21/05/2013

Le court central de Roland-Garros
Crédit : AFP/P.KovarikCrédit : Ludovic Vandeckerkhove
Pourquoi les joueurs sont-ils mécontents ?
La fronde des joueurs n'est pas nouvelle. Depuis plusieurs années, l'organisation parfois loufoque du circuit ATP irrite les meilleurs tennismans de la planète. Calendrier surchargé et incohérent, organisateurs plus préoccupés par le business que par le spectacle proposé ou alors la santé des joueurs, répartition inégale des richesses générées par les tournois majeurs : les joueurs, des gros aux petits, sont ulcérés de ne pas être écoutés par les caciques qui gèrent le tennis mondial.
L'Ukrainien Serguei Stakhovsky, 71ème mondial, explique pourquoi les joueurs saturent, notamment en raison des incohérences du calendrier, qui touchent parfois durement les finances d'un joueur. "L'enchainement Indian Wells - Miami me coûte de l'argent, explique le joueur dans des propos repris par l'Equipe de vendredi. Rien qu'en billets d'avion, j'en ai eu l'an dernier pour 64.300 euros".
Le souci de Stakhovsky, et de la majorité des joueurs, c'est que les dotations n'augmentent pas. "A quoi ça sert d'être dans le Top 100 puisque les prix des gros tournois grimpent moins que l'inflation. Être le 100ème mondial de son sport, ce n'est pourtant pas rien. Même le 100ème footballeur ukrainien gagne plus que moi. Et si on se compare aux quatre-cinq meilleurs mondiaux, on n'existe pas. Les contrats, les équipements, c'est pour eux. Les grandes entreprises font comme si elles n'avaient besoin que d'eux".
Les gros soutiennent les petits, sauf Federer ?
Les petits pestent surtout contre les dotations mais les cadors les soutiennent. Le "Big Four" (Djokovic, Nadal, Federer et Murray) rafle 30% des "prize-money" et continue de négocier des chèques de garantie sur les tournois (ce qui n'est plus le cas des autres) mais reste mobilisé derrière les joueurs moins gâtés. Avec un discours qui pourrait faire peur aux patrons du circuit : "C'est grâce à nous 4 que vous gagnez autant d'argent, il faut maintenant faire croquer".Mais tout n'est pourtant pas rose chez les cadors du tennis mondial.
Rafael Nadal, ulcéré par le manque de courage du syndicat des joueurs et de Roger Federer, a récemment quitté le syndicat. Federer, critiqué par l'Espagnol en Australie pour ses prises de position un peu softs, est également dans le collimateur de plusieurs joueurs, qui regrettent sa trop grande neutralité.
"C'est une bonne personne mais trop neutre à mon goût., estime Stakhovsky. Trop Suisse. Quand les joueurs veulent changer quelque chose, il regarde ça de manière trop passive parce qu'il ne veut pas abimer son image. Nadal supporter plus ouvertement l'intérêt des joueurs et le je respecte pour ça. Il pense que le conseil ne va pas assez loin et c'est pour ça qu'il est parti".
En attendant, la fronde est bien là et pourrait engendrer des répercussions terribles pour le circuit ATP.
Que veulent les joueurs ?
En résumé, plus de sous. Les joueurs considèrent que la répartition actuelle des gains lors des tournois majeurs est dépassée. S'appuyant sur l'exemple des sports américains où les ligues reversent souvent 50% des revenus générés aux joueurs, ils veulent croquer un peu plus. En NBA, c'était le point central du lock-out de l'automne dernier, les basketteurs estimant qu'ils méritaient plus.
En tennis, la répartition actuelle est loin d'être égalitaire. Pour l'édition 2011 de Roland-Garros, les patron du tournoi ont versé 17.5 millions de dotation avant de dégager une bénéfice net de 47.5 millions d'euros. Une marge trop importante au gout des joueurs.
Mais le tennis n'est pas la NBA. Les tournois du Grand Chelem sont la propriété des fédérations, qui utilisent cette manne annuelle pour développer le tennis local. Bref, chacun semble avoir légitiment besoin de cet argent.
La solution envisagée, diminuer le montant du "prize" à partir des quarts de finale pour faire gonfler les sommes pour les perdants des premiers tours, ne conviendrait pas à un joueur comme Roger Federer.
Le risque d'un boycott est-il réel ?
Pour Roland-Garros, la menace semble pour l'instant levée, la direction du tournoi ayant fait un geste de bonne volonté en annonçant l’augmentation, de 7% par rapport à 2011, de la dotation globale du tournoi parisien. Portée à 18,7 millions d'euros, elle sera réparti différemment, la prime pour un premier tour augmentant de 20% (18.000 euros) alors que le montant pour une demi-finale n'augmentera que de 3.33%.
Ce geste pour les petits devrait calmer les esprits. "Je ne crois pas à la grève, estime Guy Forget, l'ancien capitaine de l'équipe de France de Coupe Davis dans l'Equipe de vendredi. Le positif, c'est que les joueurs ont décidé d'écouter les joueurs et l'ATP, car les revendications des joueurs sont parfois légitimes. Mais les joueurs ont besoin de jouer Roland-Garros pour leur rayonnement planétaire et leurs contrats."
Les ambitions de Djokovic, qui vise un Grand Chelem à cheval sur deux saisons et de Nadal, en route pour le record de victoires Porte d'Auteuil (il est a égalité avec Borg), rendent pourtant peu probables un boycott des cadors et donc, des joueurs.
Guy Forget glisse lui un petit tacle pour Roger Federer. "Les Grands Chelems seront là dans quinze 15 ans, quand les grandes stars d'aujourd'hui ne seront plus là. Et pour certaines, ça va arriver vite".
T'as compris Roger ? Fais croquer !
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