Sabrina Delannoy a remporté la deuxième course, toujours avec Dominique Locqueneux
Crédit : Sylvain Charley
Atlanta, le tremplin
Un visage qui hurle sa joie, les yeux exorbités, puis la retenue immédiate, face à la détresse d'une compatriote : c'est ainsi que Laura Flessel est entrée à 24 ans dans le quotidien des Français, un jour de sacre olympique face à une autre Française Valérie Barlois, à Atlanta en 1996 (voir vidéo ci-dessous).
Un mélange de combativité portée à l'extrême et de politesse non feinte, que la Guadeloupéenne portera en elle pendant tout son parcours. "Je suis quelqu'un qui déteste la monotonie", expliquait la double championne olympique (individuel et par équipes en 1996), alors qu'elle préparait les Mondiaux-2010, chez elle à Paris.
Une impatience, et une rage presque enfantine que la native de Pointe-à-Pitre a canalisées à l'âge de 7 ans en pratiquant le fleuret, la seule arme proposée alors en compétition aux jeunes filles.
Arrivée en métropole à 18 ans, Flessel passe à l'épée alors que celle-ci s'ouvre aux dames, et à l'olympisme. Elle se sent plus à l'aise dans cette arme d'instinct, à la compréhension immédiate pour le néophyte. Le premier qui touche marque le point et toutes les parties du corps sont "accessibles". Laura y gagnera un surnom, "la guêpe", pour sa propension à piquer au pied, là où ses adversaires s'y attendent le moins.
Figure de proue pour un sport méconnu
Les médailles s'accumulent : cinq olympiques, six titres de championne du monde, un sacre européen, pour un total de 23 au plan international. Et la championne, inexorablement, se fait icône.
Icône d'un sport qui fournit depuis plus d'un siècle une grande partie des médailles olympiques françaises, mais qui peine à toucher le grand public. Elle, femme et noire, saura bousculer les habitudes, y compris au sein de sa famille sportive, pour dessiner de sa lame un nouveau visage à l'escrime, plus souriant.
"Des discriminations, oh oui, j'en ai subies, au tout début de ma carrière. On a tendance à banaliser les propos et les gestes discriminatoires", témoignera-t-elle bien des années plus tard. Plus encore que son image, c'est sa capacité à conserver au fil des ans un niveau de performance à couper le souffle, qui va toucher l'opinion. Cette année encore, elle émarge à la 15ème place du classement mondial, à plus de 40 ans
Des assauts, des combats, Laura Flessel-Colovic en mènera donc encore aux JO. Avant de continuer sa lutte, sur d'autres pistes. Car la "Guêpe", comme toujours, n'a pas l'intention de fuir ses responsabilités. Membre du Conseil économique, social et environnemental, elle préside le Comité de lutte contre les discriminations dans le sport (homophobie, sexisme, racisme). Et compte bien faire triompher ce respect qu'elle a su gagner à la pointe de l'épée.
Le documentaire "Laura Flessel, l'âme d'une guerrière" (réalisé avant les Mondiaux 2010 par J.WEIBEL et M.JAUBERT) :
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