On refait le match - Le débrief - Pascal Praud - 21/05/2013

Clément Lefert, Fabien Gilot et Amaury Leveaux comme des fous après le dernier relais monstrueux de Yannick Agnel
Crédit : AFP/F.CoffriniCrédit : Jérôme Millagou
Crédit : Jérôme Millagou
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Crédit : Isabelle Langé
"Totalement décontractés"
"Ce qui a changé, c'est qu'à Pékin, nous étions sous pression. Là, nous étions totalement décontractés. Nous n'étions pas favoris, nous n'avions rien à perdre et nous avons croisé les Américains et les Australiens qui avaient le teint un peu pâle", résumait Amaury Leveaux après le retentissant succès tricolore devant les Américains et les Russes.
Le crawl français est si compétitif depuis six ou sept ans que si des tensions agitaient parfois le groupe, elles se sont dissipées pour ce rendez-vous londonien, où tous ont tiré dans le même sens.
Une vraie discipline de groupe
"Un relais, -c'est une alchimie, qui demande de faire des choix difficiles, qui relèvent de l'intuition. J'étais à l'échauffement avec Clément Lefert, au bord du bassin, et j'ai eu cette conviction qu'il devait y aller et il nage en 47"3", poursuit Christian Donzé, le directeur technique national.
Des choix, une intuition, guidés par un long travail et "des valeurs communes", selon Fabrice Pellerin, l'entraîneur de Clément Lefert et Yannick Agnel, à savoir: "une hygiène de vie, de l'assiduité".
Même les enfants dissipés, comme Amaury Leveaux, se sont pliés à la discipline de groupe. Et même Alain Bernard a dû, la mort dans l'âme, renoncer à conclure sa brillante carrière par une finale olympique. "Ce n'est pas la victoire de quatre mecs, c'est la victoire de sept, de huit gars, avec Alain, Jérémy Stravius, William Meynard", résume Fabien Gilot, sans oublier que d'autres défis sont désormais à relever.
"La médaille d'or du relais, c'est la plus belle, mais après une victoire comme celle-là, il n'est pas difficile de se remotiver. Il suffit de penser à toutes celles qu'il reste à aller chercher",
Moins attendus
Moins attendus que ces dernières années après plusieurs déconvenues marquantes, les relayeurs du 4x100 m libre français ont trouvé dans une approche plus décontractée de l'événement la clé pour devenir champions olympiques, dimanche à Londres. Le relais avait accumulé tellement d'échecs ces quatre dernières années qu'on n'attendait plus grand-chose de lui. Une simple médaille aurait été accueillie avec satisfaction, eu égard à la concurrence acharnée.
Mais Amaury Leveaux, Fabien Gilot, Clément Lefert et Yannick Agnel ont pris tout le monde à revers, en s'imposant devant les Etats-Unis et la Russie. Le grand favori australien a terminé 4e.
La France a ainsi balayé le souvenir de ses défaites passées, aux JO 2008 à Pékin (2e), aux Mondiaux 2009 à Rome (3e) et 2011 à Shanghai (2e), et à l'Euro 2010 (2e).
Volontiers fanfarons mais manquant de sérénité, plombés par des problèmes d'égo, les Français étaient toujours passés à côté le jour J, malgré des chronos personnels les plaçant le plus souvent au sommet de la hiérarchie. C'est paradoxalement alors qu'ils étaient, avant d'arriver à Londres, un peu en retrait sur un plan individuel qu'ils ont trouvé la cohésion nécessaire à cet exploit.
"Allons-y à la cool"
La France a profité de l'effondrement inattendu de l'Australie. A l'image de leur leader James Magnussen, qui a nagé en presque une seconde de plus que son meilleur temps de l'année, l'Australie a craqué sous la pression. "Les Australiens l'ont prouvé aujourd'hui, la position de favori est très difficile à assumer. En particulier dans cette épreuve, où l'équipe à battre est épiée dans ses moindres recoins", estime Lionel Horter, le directeur des équipes de France.
Les Français en avaient fait l'amère expérience à Athènes. Alain Bernard, quelques jours avant d'être sacré champion olympique en individuel, avait vu fondre sur lui dans la dernière longueur l'Américain Jason Lezak, qui avait privé les Tricolores de l'or. Dimanche, c'est Yannick Agnel qui est venu doubler sur le fil Ryan Lochte pour offrir une douce revanche à la France, et permettre à Bernard de devenir le premier double champion olympique de l'histoire de la natation française, même s'il n'a pas nagé en finale.
Leveaux raconte avoir discuté de la course avec Gilot, après la sieste dans l'après-midi. "On s'est regardé et je lui ai dit, on n'a rien à perdre". "Nous, il y a quatre ans, on avait perdu, car on pensait gagner", analyse-t-il. "On est arrivés au self (la cantine) et on a vu les Australiens très tendus, un peu comme nous en 2008. Alors on s'est dit: 'Allons-y à la cool, comme on sait faire'. En fait, ça marche plutôt pas mal."
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