Les cartons d'Eugène Saccomano du 24 Mai 2012
Créé le 15/02/2011 à 18h07

Raymond Domenech / AFP
Raymond Domenech s'est exprimé pour la première fois depuis le désastreux Mondial 2010 à Knysna. L'ancien sélectionneur des Bleus s'est livré dans un long entretien à paraître mercredi dans l'Express. Il a qualifié de "sales gosses inconscients" les joueurs grévistes de l'équipe de France. S'il concède : "Je me suis planté, je n'ai pas dû choisir les bons joueurs ni trouver les mots qu'il fallait", il dit ne pas accepter "la critique des politiques, ni celle des anciens joueurs reconvertis dans le journalisme". Interrogé sur l'isolement des joueurs, l'ancien sélectionneur a réagit : "Isolés les joueurs ? Il faut arrêter avec ces histoires de « bulle ». Ils disposaient non pas d’un mais de deux voire trois téléphones portables, de deux ordinateurs. Les infos, ils les avaient plus vite que moi. C’était très facile de communiquer avec l’extérieur".
Raymond Domenech a décidé de se livrer dans l'Express : "Tout le monde parle à ma place. J'ai envie de rétablir ma vérité. Je ne suis pas l'abruti que l'on décrit".
Il a souhaité réagir aux attaques : "On peut dire tout ce qu’on veut. Que je suis un mauvais entraîneur, que
j’ai un mauvais caractère, que je ne communique pas bien. C’est le
métier. Mais j’aime le foot. Et qu’on ne mette pas en doute mon
intégrité !"
L'ancien sélectionneur ne s'était plus exprimé depuis le Mondial en Afrique du Sud. Il parle de la grève et notamment de la lecture du fameux communiqué des "mutins" : "Ca faisait plus d'une heure qu'on était là. Il
fallait bien que quelqu'un prenne ses responsabilités et arrête cette
mascarade. Toutes les caméras étaient braquées sur le bus, des
centaines de gamins attendaient sur le bord du terrain. On était la
risée du monde. J'ai dit: 'On arrête, je n'en peux plus !' Personne ne
voulait lire ce machin ! J'y suis allé. Si j'avais réfléchi deux
secondes, je serais parti...".
Il dit ne "pas avoir vu" de meneurs ou de conflit entre Franck Ribéry et Yoann Gourcuff : "Si conflit il y a eu, ça devait être tard le soir dans leur chambre !
Il n’y a, en tout cas, rien eu de visible. Les deux joueurs ont même
déjeuné une fois ensemble, car ils avaient eu échos des rumeurs de
tension"
Raymond Domenech s'est également exprimé sur l'épisode lors du dernier match de la France contre l'Afrique du Sud. Il a avait alors refusé de serrer la main à son homologue et s'en explique : "J’ai un défaut : je ne sais pas être hypocrite. J’aurais pu être
faux-cul et le saluer, la main molle, l’œil en coin. Mais non désolé, je
ne sais pas faire. Il nous avait insultés en affirmant que notre
qualification était honteuse, traitant Thierry Henry de tricheur. Moi
je défends toujours mes joueurs".
Sur son bilan, l'ancien sélectionneur s'est montré lucide : "Soyons clairs, je me suis planté, je n'ai pas dû choisir les bons
joueurs ni trouver les mots qu'il fallait. Je n'accepte pas la critique
des politiques, ni celle des anciens joueurs reconvertis dans le
journalisme, mais cela ne m'empêche pas de tirer mon propre bilan". Il a émis le regret d'avoir poursuivi à son poste après l'Euro 2008 : "Avec le recul, effectivement, je me dis : « pourquoi n’as-tu pas démissionne ? tout était faussé. J’ai manqué de lucidité. Je me demande même pourquoi personne ne m’a obligé à démissionner".
Il est également revenu sur son mode de communication jugé trop arrogant par moment : "En réagissant de la sorte, je cherchais à protéger le groupe. C’est
d’ailleurs ma conception du rôle d’un entraîneur qui remonte à l’époque
où j’étais joueur. Cette communication a parfois été mal interprétée,
c’est vrai. Enfant déjà, mes professeurs se plaignaient de mon
attitude. Lorsque je répondais simplement à une question, ils pensaient
à tort que c’était de l’insolence".
Il a parlé de sa situation actuelle : "Je suis demandeur d’emploi. J’ai lu que certains trouvaient cela
scandaleux. Mais j’ai cotisé pendant quarante ans et je ne vois pas pourquoi
la loi serait différente pour moi" et de son rapport à l'Equipe de France actuellement : J’ai regardé tous les matchs de l’équipe de France. Je reste l’un des
supporters. Je ressens du plaisir quand elle joue bien et de la
souffrance quand elle joue mal."
Quant à son avenir : "Je n'ai surtout aucune envie de polémiques. On m'a fait des
propositions pour le théâtre, pour le cinéma... Rien à la télévision,
non. Sincèrement, comment peut-on m'imaginer dans une émission de
téléréalité ?"
S'il ne ferme pas "la porte au foot", Raymond Domenech explique : "J'ai encore besoin de balayer certains souvenirs avant de pouvoir
démarrer une nouvelle aventure. C'est comme en amour : il
faut avoir oublié une femme pour pouvoir en aimer une autre."
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