On refait le match - Le débrief - Pascal Praud - 21/05/2013

Le doublé pour Mario Balotelli face à l'Allemagne en demi-finale de l'Euro
Crédit : AFP/P.StollarzCrédit : Le Service des Sports
Crédit : Yann Bouchery
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Comme on se retrouve...
L'Espagne va devoir se méfier. En quête d'un triplé historique (Euro, Mondial, Euro), la Roja aura fort à faire dimanche en finale de l'Euro 2012. Son adversaire, l'Italie, la seule équipe à avoir tenu tête à la formation de Vincente Del Bosque dans la compétition (1-1 lors des phases de poules), a semble t-elle les ingrédients pour briser le rêve espagnol.
Car l'Italie est en mission. Après une préparation perturbée par le scandale des matchs truqués dans le Calcio, la Squadra Azzura peut aller au bout de son Euro, après sa qualification obtenue jeudi face à une équipe d'Allemagne (2-0) pourtant présentée comme l'épouvantail de la compétition, après quatre premiers matchs menés tambour battant.
Mais l'Italie avait, dans ses rangs, un facteur X que l'Allemagne n'a pas su juguler. Son nom, Mario Balotelli. Le fantasque attaquant de Man City, critiqué pour son comportement parfois étrange sur et en dehors du pré, a fermé quelques bouches dans la nuit de Varsovie en inscrivant un doublé de toute beauté.
Balotelli enfin décisif !
Bien sur, la performance collective italienne, de très haut niveau, reste le socle de la qualification italienne. Si Buffon a une nouvelle fois étincelé dans les buts et que Pirlo a encore régalé, c'est bien Mario Balotelli qui a permis à l'Italie de franchir l’obstacle teuton.
D'abord en reprenant victorieusement de la tête, devant un Badstuber
aux abois, un centre du génial Cassano qui venait d'humilier Boateng et Hummels
(20e). Puis en échappant à Hummels et Lahm sur une ouverture de
Montolivo, pour expédier des 18 mètres une frappe puissante qui a
nettoyé la lucarne de Neuer (36e). Emballé c'est pesé, l'Allemagne est KO.
D'abord. Auteur d'un Euro irrégulier jusque-là, Balotelli (désormais 3
buts au compteur au total dans le tournoi) a réalisé une performance à
la hauteur du talent qu'on lui prête. Sa légende est plus que jamais en
route, avec une nouvelle attitude provocatrice, les muscles sortis,
après son deuxième but.

L'Allemagne rate encore le coche
Toujours volontaire, parfois dangereuse (sauvetage de Pirlo sur une reprise de Hummels, 5e), un brin malchanceuse (coup franc sur la transversale de Ozil, 62e), la Mannschaft a finalement cédé devant plus fort qu'elle, même si en fin de match Ozil a réduit l'écart sur un penalty (90+2). L'Allemagne n'est toujours pas parvenue à briser la malédiction face aux Azzurri, désormais invaincus en huit confrontations (4 victoires, 4 nuls) à enjeu.
En 90 minutes, les Allemands n'ont jamais réussi à bousculer le mur érigé par Cesare Prandelli. Toni Kroos à la 13e minute ou Mesut Ozil à la 27e ont été contraints de tenter leur chance de loin. A chaque fois sans succès. En face, Gianluigi Buffon, qui n'a rien perdu de ses réflexes à 34 ans, s'est une nouvelle fois montré à la hauteur de sa renommée en réalisant quelques arrêts de très grande classe, comme sur une tentative lointaine de Sami Khedira à la 35e minute. Incapable de se créer des occasions vraiment dangereuses, la Mannschaft a encore une fois fait la douloureuse expérience jeudi des séries statistiques dans le football.
L'Allemagne de Joachim Löw a encore échoué et repart, une nouvelle fois, bredouille d'une grande compétition internationale. Cela fait maintenant 16 ans, depuis l'Euro1996, que la Mannschaft n'a pas soulevé un trophée. En 2014, à la Coupe du monde au Brésil, cela fera 18 ans, le plus grand écart entre deux titres depuis la période qui avait séparé son premier titre, la Coupe du monde 1954, du deuxième, l'Euro1972.
C'est un échec cuisant aussi pour la "génération Löw", qui atteignait sa quatrième demi-finale consécutive depuis le Mondial-2006 à domicile, et qui fait même moins bien qu'à l'Euro 2008, où elle avait échoué en finale contre l'Espagne (1-0).
Totonero, Calciopoli et affaire des paris : le scandale, essence de la Squadra ?
L'Italie, elle, a désormais une obsession : priver l'Espagne de son triplé historique. Et franchement, y'a moyen, tant les Espagnols semblent peu en jambes dans ce tournoi. Xavi, désigné par les experts de l'UEFA meilleur joueur dans la compétition en 2008, n'a pas le même rayonnement cette année, semblant un peu émoussé par la saison éreintante du Barça. Et ses équipiers ne sont guère plus fringants. Il a fallu en arriver à une séance de tirs au but (0-0 a.p.; 4 t.a.b à 2) pour que la Roja se débarrasse du Portugal de Cristiano Ronaldo.
L'heure est-elle à la passation de pouvoir ? L'Italie semble avoir le même carburant qu'en 2006 et son sacre au Mondial en Allemagne: l'orgueil. L'environnement est le même. En 2006, un scandale de matches truqués avait éclaté dans le championnat italien et éclaboussé la Nazionale. C'était le "Calciopoli". Cette année, les affaires sont de retour avec la "Calcioscommesse".
Les Carabinieri sont même venus cette fois à l'aube troubler la quiétude du centre d'entraînement national de Coverciano, dans la banlieue de Florence, dans le cadre d'auditions. L'International Domenico Criscito a même dû renoncer à l'Euro pour soigner sa défense.
Et, comme en 2006, cela n'a pas empêché les Italiens de progresser sereinement dans la compétition. En 2008, la Nazionale était tombée en quart de finale contre l'Espagne aux tirs au but. L'affrontement à distance de deux des meilleurs gardiens du monde, Gianluigi Buffon (1 arrêt) et Iker Casillas (2 arrêts), fut jubilatoire (0-0 a.p.; 4-2). Plus récemment, dans cet Euro le 10 juin, en match du groupe C, c'est l'Italie qui avait ouvert le score par Di Natale avant une égalisation trois minutes plus tard de Fabregas (1-1). Pour le seul but encaissé par Casillas dans cet Euro.
En finale dimanche à Kiev, Espagnols et Italiens sauront-ils se départager avant la fin du temps réglementaire ? Et la Squadra Azzura aura l'occasion d'effacer un
souvenir douloureux, celui de la finale de l'Euro 2000, perdue contre la
France sur un but en or de David Trézéguet.
Les réactions :
Cesare Prandelli, sélectionneur de l'Italie : "Dans les quinze dernières minutes, nous avons eu plusieurs fois l’occasion de marquer le 3-0. Les garçons n’en pouvaient plus. Nous avons été contraints de défendre dans notre surface mais auparavant, nous avons réalisé une grande partie. Nous avons fait sur le terrain ce que nous avions pensé pouvoir faire pour les mettre en difficulté : en jouant dans l’axe et jouant les contres sur Cassano, a déclaré Cesare Prandelli à l’issue de la victoire de l’Italie contre l’Allemagne. Nous avons fait une partie extraordinaire, en donnant un exemple d’attachement au maillot. Est-ce le meilleur match de la carrière de Balotelli ? Sa carrière a, à peine, commencé. L’Espagne est le favori de la finale mais nous serons bien là."
Giorgio Chiellini (défenseur de l'Italie): "C'était un match incroyable, nous avons joué contre une équipe fantastique. Nous savions que nous pouvions leur causer quelques problèmes. Nous avons tenu durant les 95 minutes (arrêts de jeu compris), et je crois qu'on a mérité de gagner. Dimanche (à Kiev contre l'Espagne en finale) nous devrons être encore meilleurs. Les deux équipes ont des forces et des faiblesses. Nous avons déjà jouer contre eux et nous les connaissons bien. Ils sont les grands favoris dans ce tournoi, mais après le match de ce soir (jeudi) nous pouvons les battre".
Philipp Lahm (défenseur et capitaine de l'Allemagne): "C'est très très dur. On fait des fautes idiotes et c'est comme cela qu'on prend les buts. Cela ne doit pas nous arriver. Une fois que tu es mené au score contre l'Italie, cela devient très difficile. Le plus dur, c'est que cette équipe a un tel potentiel pour faire plus que ça. Mais on a pas été assez malins non plus. Quand on n'est pas capable de jouer à son vrai niveau au bon moment, c'est comme ça qu'on perd ce type de match".
Andrea Barzagli (défenseur de l'Italie): "On mérite de gagner, mais on a souffert dans les 10 dernières minutes. Nous sommes très organisés et quand il manque un joueur on sait qu'on va le remplacer par un joueur qui connait les consignes. (A propos de Balotelli) Il est brillant, il a beaucoup de talent mais c'est une victoire d'équipe".
EURO 2012 : LE DOSSIER SPECIAL DE LA REDACTION 
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