Les Dossiers de RTL.fr - Equipe de France de Football

Didier Deschamps sur RTL : "Les joueurs français ont une liberté trop importante"

J-4 avant le premier plongeon dans le grand bain pour Didier Deschamps. Le nouveau sélectionneur des Bleus entame en effet, avec ses hommes, la phase de qualifications pour le Mondial 2014 avec une confrontation contre la Finlande. A cette occasion, RTL l'a rencontré. L'occasion de revenir sur son départ de Marseille, sur sa vision du jeu et sur les exigences qu'il manifeste à l'égard du joueur.

Ecouter, Voir

Le "portrait actu" de Didier Deschamps par Cyprien Cini

Crédit : Cyprien Cini

La fin de saison à l'OM, la méthode "Dédé", le métier de sélectionneur, la succession de Blanc : écoutez l'interview de Didier Deschamps (1/3)

Crédit : Bixente Lizarazu

La conception du jeu, le niveau actuel de l'équipe de France : écoutez l'interview de Didier Deschamps (2/3)

Crédit : Bixente Lizarazu

Les problèmes de comportement, les relations avec les supporters, les exigences d'exemplarité : écoutez l'interview de Didier Deschamps (3/3)

Crédit : Bixente Lizarazu

Didier Deschamps sera plus sévère

Crédit : Jérôme Millagou

Avant toute chose, vous avez perdu dix kilos, vous semblez revenir en forme. L'OM vous a abîmé ?

"Il faut être bien dans sa tête pour s'occuper de soi. J'ai consacré beaucoup de temps à m'occuper des autres, avec pas mal de problèmes. Les vacances m'ont permis de m'occuper de moi."

Le terme est à la mode. On a dit que vous étiez un sélectionneur "normal" ? Qu'est-ce que ça veut dire ?


"La normalité est subjective. Je suis comme je suis, avec mes valeurs. Ce poste de sélectionneur est très exposé, avec beaucoup de responsabilités. Je dois faire en sorte de faire vivre l'équipe au quotidien, et surtout d'atteindre notre objectif : nous qualifier pour la coupe du monde au Brésil, en 2014."

Quels sont les mots-clés de votre conception de l'équipe de France ?

"C'est le travail, le rigueur, le respect, l'humilité, la simplicité, la détermination, l'envie, l'exemplarité... Toutes ces notions doivent normalement faire partie de la vie d'un sportif de haut niveau, or c'est problématique en football car c'est un sport plus exposé. Les écarts ont donc une résonance médiatique importante."

Vous vous retrouvez à Clairefontaine, 14 ans après le Mondial-98, mais en tant que sélectionneur cette fois-ci. Comment vivez-vous ce changement de rôle ?

"Indépendamment du rythme du travail, qui n'est pas le même, je n'ai pas les mêmes obligations qu'en tant qu'entraîneur. Je n'ai pas à gérer le quotidien, c'est la grande différence. L'autre, c'est que je choisis. Je sélectionne ou je ne sélectionne pas. En club, on doit s'adapter à l'effectif. Certains joueurs arrivent, d'autres partent. Ici je n'ai pas ce souci, je sélectionne ceux qui paraissent aptes à intégrer le groupe dans le cadre du projet que je me veux mettre en place."

Disposer de si peu de temps avec ses joueurs pour mettre en place une équipe, c'est difficile pour un sélectionneur ?


"Il faut aller à l'essentiel, même si on aurait envie de faire beaucoup de choses. Il y a toujours ce problème de temps, travailler sur le terrain et beaucoup discuter. Avec les nouvelles technologies, on arrive également à mettre en images pas mal de choses. Après ce sont les joueurs les acteurs, c'est par leur intelligence et leurs choix qu'ils sont les maîtres sur le terrain."

Quand Noël Le Graët (NDLR : le président de la FFF) vous a proposé le poste, y avez-vous réfléchit à deux fois ?

"Ma négociation de séparation avec l'OM s'est terminée très tardivement, le dimanche 1er juillet à 3h du matin. C'était impossible pour moi de donner une réponse le lendemain. Le président avait la liberté de choisir quelqu'un d'autre, mais il a décidé de me laisser le temps de réfléchir. J'y ai été sensible car il me voulait absolument. J'ai besoin de lucidité quand je dois prendre des décisions importantes."

En fin de saison, vous saviez déjà que vous alliez quitter l'OM ?

"Oui, j'avais pris cette décision avant la fin de la saison. Les conditions de travail n'étaient pas réunies. Pour mon bien et celui du club, il fallait que je parte parce qu'il n'y avait pas d'autre choix."

Le fait de succéder à Laurent Blanc vous posait-il problème ?

"Ce qui me gênait n'était pas de lui succéder. Il sait comme moi que ça peut aller dans un sens comme dans un autre dans un club ou une sélection. Mais je pensais qu'il allait rester et continuer. Il a des arguments qui sont très certainement recevables. Mais le fait qu'il arrête au moment où je me libère est une coïncidence. Il y a beaucoup de choses qui ont été dites qui sont fausses. Je n'avais pas rencontré avant Noël Le Graët, ni acheté d'appartement à Boulogne. Je me suis expliqué avec Laurent, qu'il sache réellement comment ça s'est passé. Notre relation humaine est plus importante que tout ça."

Qu'est-ce qui vous a finalement convaincu d'accepter le poste ?

"Il y a un sentiment qui a toujours présent au fond de moi, par rapport à l'attachement que j'ai au maillot de l'équipe de France. Les arguments les plus négatifs n'auront jamais plus de poids que ce que représente ce maillot."

Est-ce que vous n'êtes pas trop jeune pour prendre en main l'équipe de France ?


"Non, je me disais que ça allait venir à un moment, avec ce que j'ai connu en tant que joueur. Après ça aurait pu arriver avant, arriver après ou ne jamais arriver du tout. Il faut que les conditions soient réunies, à savoir que je sois libre et que je sois le choix du Président."

Laurent Blanc voulait s'inspirer du jeu de l'Espagne. vous, c'est plutôt le style à l'Italienne ? Quelle est votre philosophie de jeu ?

"Les étiquettes, on te les colle. De par mon passé de joueur en Italie.  Et encore, à l'Euro, les Italiens étaient plus portés vers l'attaque. Mais c'est plutôt sur la mentalité, cette rigueur, cette culture de la gagne. Là-bas, tu ressens ça au quotidien.  Je me suis senti comme un poisson dans l'eau. Mais le haut-niveau, c'est le résultat"

Êtes-vous pragmatique au point de vous adapter à l'adversaire ?

"C'est un rapport de forces.  Ou tu es plus fort, ou tu lui imposes. Quand tu parles de l'Espagne, la référence aujourd'hui, tu te dis 'pourquoi toutes les équipes ne jouent pas comme ça ?'.  Mais il faut avoir les joueurs. Tu peux essayer de t'en rapprocher mais le but de chaque entraineur c'est d'être efficace, offensivement et défensivement, peu importe le système de jeu.  Il faut un équilibre. Par moment, l'équilibre peut être en difficulté.  Mais tout dépend de ce que fait l'adversaire. Je ne suis pas là à dire 'bien défendre c'est important au niveau' et je passe autant de temps à travailler l'attaque que la défense.  Je préfère avoir une équipe qui maitrise et qui impose le rythme à son adversaire mais ce n'est pas possible. On s'adapte par rapport aux joueurs. Je souhaite prendre des joueurs qui peuvent s'intégrer dans un système.  Le temps doit permettre de créer des affinités et des relations techniques. Sur la liste des 23, il a énormément de joueurs entre 5 et 20 sélections, ce qui est très peu.  Avoir une expérience au niveau international, c'est avoir 50 sélections. Et on n'en a pas beaucoup".

Avez-vous l'impression de repartir de zéro ?


"Il y a eu de bonnes choses avec Laurent (Blanc). Il a fait progresser l'équipe depuis l'Afrique du Sud où il est parti de zéro, le désert total. Il a des choses qui ont été bonnes, d'autres moins. Après, je viens avec mes idées. Mais le challenge sportif est plus difficile. C'est plus compliqué de se qualifier pour le Mondial 2014 que pour l'Euro 2012. Mais je ne veux pas que mes joueurs se disent qu'ils vont finir deuxièmes. Avant de rencontrer l'Espagne, il faut faire le plein"

Depuis 1998, les Bleus ont toujours réussi à se qualifier pour les grandes compétitions.  Dans le contexte actuel  et avec le  niveau des joueurs, ne pas le faire serait un échec ?

"Évidemment. Pour l'équipe de France, être présente sur la scène internationale est très important. Et pour les joueurs, c'est une énorme expérience. Il n'y a rien de plus beau. L'objectif, c'est d'y aller"

Que manque t-il aux Bleus actuellement ?

"Pour être compétitif au haut-niveau, il faut de l'expérience et un bon état d'esprit, avec un groupe qui vit bien. Pas de succès dans un groupe qui s'entend bien. Il faut aussi être exigeant avec soi-même avant de l'être pour les autres. Dire 'moi je fais pas parce que lui il n'a pas fait', ça ne marche pas. Je peux être dur. Je ne suis pas là pour leur dire des choses agréables."
 
En défense, est-ce qu'il faut s'attendre à une charnière centrale différente de celle mise en place par Laurent Blanc (NDLR : Mexès-Rami) ?

"C'est un équilibre à trouver entre un joueur un peu plus technique et un peu plus physique. La base d'un défenseur c'est de savoir défendre. En revanche, l'animation dans les couloirs est très importante. Je n'ai pas envie d'avoir des latéraux qui se cantonne dans la ligne de quatre et qui ne bougent pas, ils doivent être capables d'être de bon centreurs et de participer à la phase offensive."

Laurent Koscielny a peu joué ces derniers temps, et pourtant il est sélectionné. Est-il votre chouchou ?


"C'est un titulaire à Arsenal, il a les qualités d'un bon défenseur, bon avec le ballon et dans les duels. Il a de la vitesse. Le souci aujourd'hui c'est le temps de jeu : ses dernières 45 minutes, c'était le 12 août en amical..."

Au milieu, quel système privilégiez-vous ?


"Tout dépend, c'est là encore une question d'équilibre. Aujourd'hui j'ai la chance d'avoir énormément de bons joueurs au milieu de terrain. Il y en a ceux qui sont revenus, d'autres qui ne sont pas encore là."

Connaissez-vous déjà votre "11" type ?

"Si vous me demandez l'équipe qui va débuter en Finlande vendredi, à une ou deux exceptions près je la connais déjà. Mais vous la trouverez tout seul ! L'idéal pour moi, c'est qu'il y ait une petite vingtaine de joueurs similaires d'une sélection à l'autre. Les trois, quatre, cinq autres places se jouent en fonction de la forme du moment."

Les arrivées de Mavuba et Landreau sont-elles consécutives aux problèmes de comportement qui sont apparus en EDF ces dernières années ?

"D'abord ce sont des joueurs qui remplissent les critères sportifs en club. Après le fait d'être ou d'avoir été capitaine compte. C'est le cas également pour Gonalons ou Yanga-Mbiwa, ce sont des leaders."

Avez-vous prévu de mettre des choses au point avec Jérémy Ménez ?

"C'est déjà fait. Il a la qualité de toutes façons, mais il faut intégrer ce talent-là dans l'effectif. Je ne veux pas avoir d'attaquant qui me dit 'moi je ne suis pas là pour défendre' lorsque que l'équipe n'a pas de ballon."

Que demandez-vous aux joueurs en terme d'exemplarité ?

"Je discute avec beaucoup de monde, les problèmes de comportements ressortent unanimement. Le public attache autant d'importance à l'attitude qu'au résultat. Mais je ne demande rien de spécial, mais il y a des attitudes à avoir, et je trouve ça normal. Il faut qu'ils aient conscience qu'ils font le plus beau métier du monde, et qu'ils ont la chance de pouvoir faire plaisir à des gens. Ca n'est pas donné à tout le monde. Sourire, être disponible, même au bout de la 15ème fois qu'on se fait prendre en photo avec un pépé, un enfant... Simple et disponible."

Certains des joueurs ne semblent pas entendre les reproches ?

"Il faut que ses joueurs puissent savoir ce qui est bien et ce qui est pas bien.  De 0 à 6 ans, c'est à ce moment que tu découvres les bases.  Ce n'est pas à moi de le faire. Certains ont eu des parcours très difficiles. En France, les joueurs ont une liberté trop importante et certains en profite. Le bien et le mal, de nos jours…Je suis surpris parfois… Au moment de la Marseillaise, mâcher un chewing-gum, ce n'est pas normal.  Aux JO, ils n'ont pas tous chanté mais je ne vais pas l'imposer.  Je préfère que les joueurs chantent et surtout, connaissent l'hymne.  Mais si ils n'ont pas ça au plus profond d'eux...Au-delà de ça, il y a une attitude. Avec les gros plans, on voit sur les visages si un mec est prêt à défendre les couleurs de son pays.  En 1998, certains ne chantaient pas mais une fois sur le terrain, il faut tout donner. Tous les joueurs de l'Italie ne chantent pas leur hymne, regardez mieux"

"En France, nous ne sommes pas des passionnés de football non plus. En 1998, avant la demi-finale face à la Croatie, j'avais pété un plomb avec "les costards-cravates". Il y avait du monde au stade mais pas les vrais supporters. Je m'étais permis de réclamer plus de passion et plus de ferveur. En France, ça vient avec les résultats.  On n'a jamais été un peuple de passionnés. Le sport à l'école, on doit en mettre plus depuis longtemps et pourtant, c'est limité. Et là, c'est deux heures. Et avec le trajet aller-retour, ça ne fait plus qu'une heure…"

RESTEZ INFORMÉ !
Voir la dernière newsletter
Vous aimerez aussi

Publicité

Ajouter un commentaire

Afin d’assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr et pour tous les blogs.

13commentaires
Signaler un abus top country78 le 04/09/2012 à 15h58 TU vas pouvoir manger ton bèret Didier !!!!
Signaler un abus top ZZTAP le 04/09/2012 à 10h35 L ENTRAINEUR de l equipe de france
oblige de refaire l education que les joueurs auraient du avoir entre 1 ET 6 ANS
il a tout dit
quelle misere
les 1 A 10 ANS ACTUELS SERONT PIRES.
Signaler un abus top porette le 04/09/2012 à 09h42 A TIKI1..L'exemplarité, Ribery????? Alors en France ont peut dire et faire n'importe quoi du moment que l'on soit un tres bon footballeur tout nous sera pardonné??? Bel exemple effectivement pour nos jeunes que cet homme sans scrupule et surtout sans fierté.Mais le français à la mémoire courte. C'est à un niveau international que ce genre d'homme à mis la honte à tout un pays. Ne l'oubliez jamais et qu'il commence dejà par chanter la marseillaise.... l'exemplarité..La honte oui !!
Signaler un abus top saramara le 04/09/2012 à 08h03 La morale :le respect de l'hymne national,
Signaler un abus top satanas5 le 04/09/2012 à 07h50 simplicité, humilité, didier deschamps sait bien sûr de quoi il parle !!!!!!
Signaler un abus top 25jpr18 le 04/09/2012 à 07h44 Deschamps n'a pas toujours été exemplaire lui non plus en tant que joueur, et moins encore en tant qu'entraineur. Son manque de charisme, d'autorité ne sortiront pas l'équipe de France du néant, au contraire
Deschamps se comporte comme un gamin sans aucunes autorités, il va lui aussi dans le mur.
Signaler un abus top vdenis.1 le 04/09/2012 à 07h01 il faut que les jeunes gagnent des titres il n'y a que comme cela qu'il forgeront une équipe avoir une bonne dynamique de victoire avec un brin de chance et de réussite
Signaler un abus top vdenis.1 le 04/09/2012 à 06h59 td783

il n'y a pas autant de talents que ça qui peuvent prétendre à jouer au plus haut niveau en équipe de France

la génération Zidane en 1998 2000 (Deschamps Blanc Thuram Lizarazu...) est loin d'etre remplacée et seras meme peut-etre irremplaçable

regardez avant la génération Platini c'était 1982 84 86

et avant encore c'était les Kopa et consorts en 1958

3 générations de joueurs vraiment exceptionnel en 60 ans cela ne cours pas les rues
Signaler un abus top centaur69 le 04/09/2012 à 02h58 Pendant que les français se masturbe le cerveau sur des questions psychologiques à savoir qui peut revenir ou pas les autres bossent à fond , ne se posent pas de question et au final nous battent et nous prennent pour des charlots....c'était bien la peine de virer Domenech pour en arriver là...
Signaler un abus top TIKI1 le 04/09/2012 à 00h46 Pas d'accord avec Porette en ce qui concerne Ribéry. Il s'est bien racheté depuis l'Afrique du Sud. A l'euro son comportement sur le terrain a été exemplaire, il a été un des meilleurs mais aussi dans ses déclarations et dans son attitude hors du terrain il n'y a plus rien à lui reprocher. C'est un joueur qui mouille le maillot et qui prouve son attachement à l'équipe de France. Il sait qu'il a fortement déconné au mondial de 2010 et il semble en voir tiré les leçons, sans hésiter oui à RIBERY
Voir tous les commentaires

Publicité

Retrouvez nos maisons d’exception en ile-de-france Retrouvez nos appartements d’exception en ile-de-france Offres Immobilières

Le prochain QUINTE 24 mai 2013

Chevaux
PX.DU JOURNAL GENY COURSES(CONSTELLATION

HIPPODROME DE PARIS-VINCENNES

20h25

Trot

Tous les pronostics de nos experts RTL sont sur notre site hippique : OnRefaitLesCourses.fr

Tirelire en jeu : 4 750 000 €

Je parie avec RTL

Football: 26/05-21h00

Ligue 1

Football

AC Ajaccio - Nice

3,551
3,20N
1,952

Pariez également sur les autres sports

Rugby, Tennis, Basket, Handball

btn_fdj_experts
Jouer comporte des risques : dépendance, isolement... Appelez le 09 74 75 13 13 (appel non surtaxé)

Publicité

Publicité

13