On refait le match - Le débrief - Pascal Praud - 21/05/2013
"Les organisateurs ne sont pas maîtres de leur palmarès"
"On ne peut être indifférent à ce que l'Usada a dévoilé cette semaine, c'est un tableau accablant qui est dessiné", a déclaré Christian Prudhomme au sujet du rapport rendu public mercredi par l'agence antidopage américaine. Selon ce rapport, Armstrong, qui détient le record des victoires dans la plus grande épreuve du monde (sept entre 1999 et 2005), s'est dopé à chaque fois, dans le cadre d'un système organisé au niveau de son équipe. Le Texan a été radié à vie par l'Usada, qui a annulé ses résultats pour la période, cette sanction restant encore à valider par l'Union cycliste internationale (UCI) pour être prise en compte sur les palmarès. Christian Prudhomme a rappelé à ce propos que, "aussi étonnant que cela puisse paraître de l'extérieur, les organisateurs ne sont pas maîtres de leur palmarès".
Modifier un palmarès, c'est compliqué
Décider d'un palmarès vierge semble être la solution la plus adéquate puisque les principaux rivaux d'Armstrong à l'époque sont eux aussi tombés pour dopage.Jan Ulrich, par exemple, quatre fois deuxième derrière l'Américain, a été confondu dans l'affaire Puerto en 2006. Les organisateurs ne sont pas maîtres d'oeuvre de leur palmarès, a-t-il rappelé aussi. Le Tour le vérifia à ses dépens après les aveux de dopage de Bjarne Riis, le vainqueur 1996. Sa victoire ne pouvant être remise en cause pour cause de prescription, le Danois, rayé dans un premier temps, a été réintégré en 2008 au palmarès. Il revient maintenant à l'Union cycliste internationale (UCI) de valider ou non, avant le début du mois prochain, la décision de l'Usada qui a radié Armstrong à vie et annulé ses résultats durant la majeure partie de sa carrière. Ce n'est qu'à ce moment-là que les dauphins d'Armstrong (Alex Zülle, Jan Ullrich, Joseba Beloki, Andreas Klöden, Ivan Basso) sauront s'ils grimpent ou non d'un échelon au palmarès.
Devant le champ de décombres de cette époque, à lire les témoignages des équipiers d'Armstrong, Christian Prudhomme a eu recours à une citation de Victor Hugo ("ceux qui vivent sont ceux qui luttent") pour évoquer la situation du cyclisme, mis à mal par l'affaire de dopage Festina en 1998 et plus encore par les années de plomb qui ont suivi. Mais, a souligné le directeur du Tour, à son poste depuis 2006, "c'est sur ces difficultés que s'est construite la lutte antidopage actuelle".
Wiggins veut avancer
Comme bon nombre d'acteurs du cyclisme, le Tour préfère évoquer l'avenir. A l'exemple de son vainqueur 2011, le Britannique Bradley Wiggins: "Pour moi, il s'agit d'avancer et de ne plus se retourner vers ce qui s'est passé il y a dix ou quinze ans. Nous sommes l'un des sports qui parvient le mieux à attraper (les tricheurs)." La mise en pleine lumière du système Armstrong a rouvert toutefois des blessures qui étaient loin d'être cicatrisées. Car, à l'inverse de ceux qui cherchent à se justifier ("le dopage n'était pas une exception mais la norme", affirme l'Américain Levi Leipheimer), d'autres ont toutes les raisons de fulminer.
"On s'est fait voler des victoires, et de l'argent aussi", a réagi le coureur français Sébastien Hinault (38 ans) au journal Le Télégramme. Avant de dresser lui aussi un tableau plus réconfortant: "Aujourd'hui, en France, le cyclisme est l'un des sports les plus propres qu'on puisse trouver. Un ménage a été fait, contrairement à d'autres sports qui hésitent encore. Et s'il y a sûrement des coureurs qui continuent à d..., la grande majorité du peloton est à l'eau."
"Il faut continuer sur cette voie"
Le directeur du Tour, qui ne s'était pas encore exprimé sur le sujet a évoqué "une double mise en cause" dans le rapport de l'Usada. "C'est la mise en cause d'un système et aussi d'une époque à jamais entachée. Ce que nous souhaitons, c'est qu'il n'y ait pas de vainqueur", a-t-il expliqué. Se gardant de parler d'une "décennie perdue", le directeur du Tour, à son poste depuis 2006, a cité Victor Hugo: "ceux qui vivent sont ceux qui luttent". "C'est sur ces difficultés que s'est construite la lutte antidopage actuelle. Le cyclisme, et l'UCI comme maître d'oeuvre de cette lutte, ont été pionniers. Le passeport biologique, le nombre de contrôles et le ciblage de plus en plus efficace permettent que les tricheurs soient pris de plus en plus rapidement", a-t-il poursuivi. "Il faut continuer dans cette voie. Il n'y a pas d'autre chemin possible", a-t-il insisté. 
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