SOCIAL SANTÉ

Roselyne Bachelot n'exclut pas des mesures "plus coercitives" sur l'obésité (vidéo)

Créé le 13/03/2009 à 07h50 - Mis à jour le 13/03/2009 à 10h00

Roselyne Bachelot, le 13 mars 2009

Roselyne Bachelot, le 13 mars 2009 / La rédaction de RTL

La ministre de la Santé et des Sports répondait vendredi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Roselyne Bachelot a souligné que les engagements des publicitaires et professionnels de l'audiovisuel à promouvoir un bon comportement nutritionnel seraient contrôlés, évoquant d'éventuelles "mesures plus coercitives" si elle le juge nécessaire. Ecouter aussi : Roselyne Bachelot face aux auditeurs de RTL (vidéo)

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Roselyne Bachelot.

Roselyne Bachelot : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

L'Assemblée nationale a voté cette semaine, à votre initiative, une interdiction totale de vente d'alcool et de tabac aux jeunes de moins de 18 ans - avant, c'était 16 ans. Pourquoi avez-vous souhaité cette modification, Roselyne Bachelot ?

Parce que la santé des jeunes est un des fils rouges de la politique de santé publique que je mène, que l'alcoolisme des jeunes devient un fléau très inquiétant : dans les quatre dernières années, le nombre de jeunes a augmenté de 50%, des jeunes hospitalisés pour des alcoolisations massives, des comas éthyliques, et on a une législation affreusement complexe : ventes à emporter, ventes à consommer sur place, les catégories de boissons, 16-18 ans. Si on veut qu'une législation soit appliquée, il faut qu'elle soit simple. La vente de tabac et d'alcool est maintenant interdite aux mineurs, c'est simple.

Mais vous savez très bien que c'est une loi qui ne sera pas appliquée, qui sera contournée. Il y a des témoignages depuis, que l'amendement a été voté. Les jeunes disent : "Si dans un bureau du tabac, on ne veut pas nous vendre, on va dans le suivant".

Je sais bien.

Et on trouve toujours...

Je sais bien que la loi peut être contournée mais elle est aussi un signal d'alerte. Ce que je remarque c'est que dans les pays qui ont adopté ces législations extrêmement simples, cela a eu un effet tout à fait bénéfique sur cette alcoolisation...

Lequel, par exemple ?

... En Allemagne, par exemple, l'alcoolisation des jeunes a tout à fait baissé. Donc, la simplicité d'une législation, c'est un élément tout à fait important ; mais évidemment, ma politique ne se résoud pas à des mesures d'interdiction ; même si elles doivent être portées par un texte législatif par définition, je mène une politique globale d'information, de prévention avec, par exemple, des campagnes d'information de l'Institut national de la prévention et d'éducation pour la santé. Des financements et des associations qui se mobilisent autour des jeunes pour expliquer les problèmes d'alcool, promouvoir des soirées étudiantes qui ne soient pas des open bars d'alcoolisation massive ou ouvrir les consultations d'addictologie aux jeunes consommateurs alcoolisés.

Vous voulez lutter contre l'alcoolisme des jeunes, Roselyne Bachelot ; et en même temps, surprise : un amendement est accepté à l'Assemblée nationale pendant cette discussion qui autorise la publicité de l'alcool sur Internet, "c'est incohérent", dit par exemple, le docteur Alain Rigaud qui est président de l'Association nationale en alcoologie.

Le docteur Alain Rigaud avec lequel je travaille a lui-même reconnu que la législation actuelle n'était pas en fait adaptée et que le média Internet n'avait pas été prévu par la loi Evin, parce que tout simplement il n'existait pas. J'avais donc, il y a plusieurs mois ...

Les jeunes vont beaucoup sur Internet, vous le savez Roselyne Bachelot...

Vous me laissez aller jusqu'au bout de mon argumentation, monsieur Aphatie !

Ils vont voir de la publicité pour l'alcool sur Internet.

J'avais dit, il y a plusieurs mois, que je serai disponible pour moderniser cette législation en ouvrant la possibilité à nos viticulteurs de communiquer sur Internet, mais de façon très encadrée avec l'interdiction des sites jeunesse, des sites sportif, l'interdiction de ce qu'on appelle des intrusions : les spams ou les pop up avec, bien sûr, des messages ...

Ah, c'est un langage technique... Mais c'est comme ça !

C'est comme ça. Peut-être que vous n'allez pas sur Internet !

Très peu.

Vous êtes comme le Pape, monsieur Aphatie, vous n'allez pas sur Internet.

Ah, la comparaison n'est pas sympathique ! Mais en fait, très peu, voilà on va dire ça.

Et donc bien entendu, des messages d'information adaptée comme d'ailleurs, les messages que vous avez sur votre antenne où vous passez des publicités pour les boissons alcooliques avec des messages d'information et de prévention de façon finalement à encadrer pour protéger.

Certains disent, Roselyne Bachelot, qu'en fait vous avez rencontré le lobby viticole. Mais vous l'aviez peut-être déjà rencontré avant ?

Non, je n'ai pas rencontré le lobby viticole.

Ca existe le lobby viticole ?

Ah oui, bien sûr.

Ah d'accord, ça existe. D'accord.

Dans le ministère dont j'ai la mission, la responsabilité, les lobbies nous entourent.

Il y en a un autre qui a l'air pas mal ! Ca concerne l'agroalimentaire. Vous faites de l'obésité une priorité de la politique de votre santé publique, dites-vous. Et puis, étonnamment là aussi lors de la discussion parlementaire, cette semaine, vous n'avez pas interdit, vous avez laissé ouverte la possibilité de faire de la publicité pour les produits sucrés et gras avant et après les programmes Jeunesse à la télévision ; et là, on pensait quand même que vous feriez quelque chose ?

Alors, il y a eu, effectivement, un amendement là-dessus mais j'avais bien indiqué une chose : c'est que nous étions en discussion extrêmement ferme avec les acteurs du secteur ; c'est-à-dire non seulement l'industrie agroalimentaire mais les diffuseurs, les producteurs d'émissions de télévision ou de radio, en disant : moi je veux une politique volontariste. Je fais confiance à cette démarche volontariste, à cette démarche de proposition ; et nous étions en train de signer une charte, une charte d'ailleurs avec des engagements très, très précis de l'ensemble de la filière ; et je préfère laisser sa chance à cette démarche qui est une démarche de contraintes avec, par exemple, des réductions très importantes données par les producteurs aux messages de Santé Publique, des émissions destinées à la jeunesse faisant la promotion d'une nourriture équilibrée de l'activité sportive.

Mais s'ils font de la publicité, c'est pour vendre leurs produits. Leurs produits sucrés, gras comme on les appelle ?

Parallèlement, nous menons également des chartes nutritionnelles avec les grands acteurs de l'industrie agroalimentaire pour qu'ils diminuent le gras, le sucré, le salé. Alors maintenant, j'ai bien dit à tous ces acteurs de la filière qu'ils étaient sous contrôle. Le CSA va surveiller que quantitativement, on tient bien les engagements et qualitativement que ces messages qui font de la promotion nutritionnelle, donnent bien des messages qui vont faire de l'éducation à la santé.

Donc, vous les surveillez ?

Rendez-vous dans un an ; et si je vois que ça ne va pas, nous passerons par des mesures plus coercitives.

La menace est entendue. Lyon a été éliminée en huitièmes de finale de la Coupe d'Europe, parce que vous êtes aussi ministre des Sports, Roselyne Bachelot ; et Jean-Michel Aulas, président de l'Olympique Lyonnais dit : "C'est à cause de la fiscalité qu'on a été éliminé. Barcelone, par exemple, a une fiscalité qui leur permet d'avoir des meilleurs joueurs que nous, et donc on perd". Il a raison ?

Il a raison ; mais enfin, en l'occurrence, vu le match il a plutôt tort.

Vous l'avez regardé le match ?

J'en ai regardé des extraits parce que j'étais évidemment... Il ne vous a pas oublié que je défendais ma loi.

D'accord.


Non. Il y a un vrai problème effectivement. Là où Jean-Michel Aulas a raison, c'est quand il parle des stades car c'est vrai...

Mais pas la fiscalité ?

Non. Parce qu'il n'y a pas vraiment de différence notable. Mais quand on regarde le budget d'un club comme Lyon, c'est 150 millions et quand on regarde le budget d'un club comme Barcelone, c'est 300 millions.

C'est bien. Vous avez étudié les chiffres.

Ah oui, je connais les chiffres d'affaires des clubs sportifs français. Oui. Et là, il y a un vrai problème. Et il est vrai que les recettes provenant des stades, c'est 25% dans le reste des clubs européens, et c'est 15% dans les clubs français. C'est pour ça qu'avec Bernard Laporte, on veut mettre l'accent sur la construction de stades ou la rénovation.

Roselyne Bachelot, qui suit aussi le football. Et donc, on parle de l'Hôpital à 8h30 avec les Auditeurs de RTL.

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