Serge July : "Faut-il débaptiser le président normal ?"
Créé le 26/11/2009 à 10h40 - Mis à jour le 26/11/2009 à 11h27

Le Pr Jean-François Delfraissy / La rédaction de RTL
Le directeur de l'Institut des Maladies Infectieuses, qui dirige aussi l'Agence Nationale de Recherche sur le Sida (ANRS), répondait jeudi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie.
Ecouter aussi : Près de trois millions de Français déjà infectés par la grippe A (vidéo)
VOIR NOTRE DOSSIER SPECIAL GRIPPE A
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Jean-François Delfraissy.
Jean-François Delfraissy : Bonjour.
Combien de Français sont-ils contaminés, aujourd'hui, par la grippe A ?
Plus d'un million sûrement. Après, je ne sais pas exactement, les chiffres évoluent très vite en ce moment.
Combien de Français peuvent être contaminés ?
On peut aller jusqu'à 10 à 15 millions de personnes.
Donc, nous avons encore plusieurs semaines, avoir plusieurs mois d'épidémie devant nous ?
L'épidémie a vraiment démarré. Est-ce qu'il y aura un seul pic, et puis après, ça s'arrête ? Ou est-ce qu'il y aura, ensuite, un deuxième ou un troisième pic ? Je ne sais pas. Les deux scénarios sont possibles.
Nous assistons actuellement, un peu partout en Europe, à des mutations du virus de la grippe A. On note, par exemple - c'est l'OMS qui le disait en ce début de semaine, cinq cas de grippe A résistant au Tamiflu observés dans le Pays-de-Galles. Est-ce que ces mutations vous inquiètent, Jean-François Delfraissy ?
Oui, c'est le principal souci vis-à-vis du virus de la grippe. Il y a deux choses. D'abord, les mutations. Les mutations, c'est quelque chose qui survient de façon très ponctuelle et qui peut, en effet, entraîner une résistance aux médicaments et au Tamiflu en particulier.
Et puis, il y a un deuxième point qui serait plus inquiétant, qu'on n'a pas du tout observé jusqu'à maintenant, c'est une vraie recombinaison de ce virus avec des virus grippaux antérieurs qui feraient qu'il deviendrait plus pathogène.
Alors, on peut être rassurant. Jusqu'à maintenant, les virus qui ont muté vis-à-vis du tamiflu sont rares, pour ne pas dire très exceptionnels, et il n'y a eu aucun signe évoquant des recombinaisons de virus. C'est le même virus qui circule depuis le mois d'avril-mai qui a démarré au Mexique et parti, ensuite, dans la zone Sud du monde et qui revient en Europe.
Et qui, globalement, est resté stable jusqu'à présent ?
Il est resté stable, c'est-à-dire c'est un virus qui est peu pathogène d'où une grippe qui est relativement bénigne dans son ensemble avec un virus qui est relativement bien contaminant.
Quel regard portez-vous, Jean-François Delefraissy, sur le comportement des Français vis-à-vis de la campagne de vaccination ? On sent à la fois beaucoup de crainte et de résistance ; et puis les centres de vaccination semblent accueillir de plus en plus de monde. Toutes les craintes qu'il y a autour du vaccin, vous les comprenez ?
Oui, on peut les comprendre. Probablement, on n'a pas su communiquer, ni nous les scientifiques, ni le gouvernement, ni peut-être vous les médias d'ailleurs. C'est un ensemble qui fait qu'on est à ce résultat. Néanmoins, les choses bougent. Les Français jusqu'à maintenant ne se sont pas emparés de cette pathologie. C'était quelque chose de virtuel dont on parlait énormément ; mais ils avaient personne autour d'eux qui avait été touché par la grippe H1N1 ; et puis, les choses commencent à se voir : dans les villages, dans les petites villes, etc. Et donc, pour avoir une perception du risque et donc de l'intérêt de la vaccination, il faut avoir la perception de la maladie elle-même. Donc, les choses sont en train de bouger. Et on voit bien qu'au cours de la semaine dernière, les centres de vaccination qui étaient vides au début, il y a plutôt des queues actuellement. Donc, la perception du citoyen français vis-à-vis de la grippe, elle est en train de bouger.
Etes-vous sûr, vous, Jean-François Delfraissy, que le vaccin est sans danger ? Est-ce que vous pourriez le dire, ce matin ?
Non, je ne dirais pas ça, je dirais qu'avec un vaccin, il y a forcément des effets secondaires. Le premier effet secondaire, et je le dis aux très nombreuses personnes qui sont en train de se faire vacciner, c'est qu'ils vont avoir un petit peu mal dans leur épaule. Et moi, j'ai eu aussi mal dans mon épaule. Mais ça dure deux jours et ce n'est pas grave.
Ensuite, sur les effets secondaires propres du vaccin, quand on vaccine je ne sais pas, peut-être 10, 15, 20 millions de personnes, il y aura forcément des effets secondaires. Ces effets secondaires surviennent chez les personnes qui sont prédestinées à les faire, on le sait maintenant, ce n'est pas seulement vrai pour le vaccin vis-à-vis de la grippe, c'est vrai pour l'ensemble des vaccins. Après, c'est un rapport de bénéfices - risques.
Pourquoi est-ce qu'il faut se faire vacciner ?
Parce qu'il y a des grippes graves qui touchent des gens jeunes qui surviennent de façon brutale et en gros, c'est un cas sur 5.000 qui peuvent survenir sur ces grippes graves. Le risque d'effets secondaires du vaccin, il se situe entre 1 sur 100.000 et 1 sur 1 million. Donc, d'un côté, 1 sur 1.000 - 1 sur 5.000. De l'autre côté, 1 sur 100.000 - 1 sur 1 million. En médecine, on appelle ça le "bénéfice-risque" ; et c'est la raison pour laquelle comme on ne comprend pas pourquoi des gens développent des grippes graves ; eh bien, il faut les prévenir.
Donc, il faut se faire vacciner !
Donc, il faut se faire vacciner.
Et vous l'êtes vous-même ?
J'ai été vacciné, il y a trois semaines ; et ma petite-fille, hier matin.
Les centres de vaccination justement commencent à accueillir beaucoup de monde, beaucoup trop. Il faut attendre quelquefois 2 heures, 3 heures avant d'être vacciné ; est-ce qu'il faut modifier les modes de vaccination ? Et par exemple, introduire dans cette campagne de vaccination, les médecins généralistes ?
Ca, ce n'est pas mon job. C'est le travail du gouvernement qui a monté un plan grippe qui a été considéré comme assez rigide. Ils ont toujours dit que ce plan pouvait être modifiable et qu'il était évolutif.
Ce serait souhaitable, d'après vous ? Vous êtes un observateur, un spécialiste.
Moi je pense qu'en fonction de ce qui va se passer dans les quinze jours qui viennent, ça peut évoluer, pourquoi pas ! Et d'ailleurs, je pense que la ministre est relativement ouverte à ça. Voyant ce qui se passe, il y a finalement un système en termes de centres de vaccination qui n'est pas seulement un système français, qui est un système qui est dans l'ensemble des pays européens, à l'exception de la Belgique, c'est la même chose au Canada, c'est la même chose aux Etats-Unis. Pourquoi ? Parce qu'il faut que les médecins généralistes, eh bien ils soignent les grippes et puis, ils ont d'autres choses à soigner : il y a les bronchiolites du nourrisson, il y a l'ensemble des pathologies respiratoires qui existent. Donc, il faut qu'ils soient sur le terrain. Donc, ils ont aussi un autre travail à faire en ce moment. Vacciner les gens, ça prend du temps ; et puis il y a un système de mise à disposition des vaccins qui est déjà quelque chose de très lourd comme ensemble et qui si on le met sur l'ensemble des médecins généralistes français, va être encore plus difficile à mettre au point.
Vous êtes aussi, Jean-François Delfraissy, directeur de l'Agence Nationale de Recherche sur le Sida. Et on assiste avec un peu d'étonnement, mais on n'en possède peut-être pas toutes les clefs, à une forme de polémique : le Téléthon aurait trop d'argent ; et si on a bien compris Pierre Bergé, la Recherche contre le sida, les gens qui luttent contre le Sida n'en ont pas assez. Est-ce que vous partagez l'analyse de Pierre Bergé, voire sa colère ?
Pierre Bergé est un homme généreux et passionné. N'oublions pas qu'il a donné quand même une partie de sa fortune personnelle pour soutenir, à la fois la Recherche sur le VIH et sur le Sida et aussi aux milieux associatifs.
Je ne connais pas, moi, la présidente du Téléthon mais je perçois que c'est une femme qui est également une femme très généreuse et passionnée ; et le Téléthon a très clairement fait partie d'un mouvement citoyens au niveau des villages où ça représente bien autre chose que du financement de la recherche. La recherche a besoin de financement...
La recherche contre le Sida.
... Et la recherche contre le Sida, mais la recherche en général a besoin de financement... Elle a besoin de ce financement associatif. Sans prendre partie, il me semble qu'il est temps de quitter la polémique, de s'interroger sur les vraies raisons car je reconnais à Pierre Bergé le fait qu'il sait poser de bonnes questions au bon moment et qui vont parfois à contre-courant. Il est temps, je dirais, qu'on se rencontre, qu'ils se rencontrent... Qu'ils se rencontrent à la fois avec les scientifiques mais aussi les citoyens qui ont leur mot à dire, finalement parce que c'est eux les donateurs et qu'ils se rencontrent pour avoir une vraie réflexion finalement : comment le financement privé du don des personnes doit-il être réparti sur la recherche médicale en France.
Une mise en commun de ces fonds...
Je ne sais pas. Je pense qu'il est temps de discuter. Je pense que les Français donnent à quelque chose et pour quelque chose. Je ne suis pas sûr qu'une seule entité qui ramasserait les fonds, serait la meilleure perception.
Jean-François Delfraissy, grippe A, sida : nous avons parlé de tout cela avec lui, ce matin, sur RTL. Bonne journée.
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