
Xavier Bertrand le 17 juillet sur RTL
Crédit : RTLCrédit : Philippe Corbé
Crédit : RTL
Philippe Corbé : Bonjour, Xavier Bertrand.
Xavier Bertrand : Bonjour.
Les députés de la majorité sont en train de détricoter le dispositif heures supplémentaires. Avec une conviction, cette défiscalisation, ce symbole du "travailler plus pour gagner plus", a en fait détruit des emplois depuis cinq ans.
Alors, combien, et combien d'emplois...
200.000... 300.000...?!
Pourquoi pas des millions, pendant qu'on y est ! J'ai posé la question hier en séance, j'attends la réponse, je l'attendrai longtemps. Parce que quand on nous dit que les heures supplémentaires ont pris le travail des demandeurs d'emplois, qu'on me dise exactement combien, cette mesure va créer d'emplois. Je n'aurai pas la réponse, parce que ça ne créera aucun emploi.
Mais on avait compris que ce dispositif en 2007, dans une période de croissance permettait de créer des emplois, en tous cas, du pouvoir d'achat...
... Du pouvoir d'achat...
... Dans une période où il y avait des créations d'emplois, dans une période crise, comme celle dans laquelle on vit depuis quatre ans. Logiquement, les patrons, plutôt que d'embauche,r préféraient donner des heures supplémentaires.
J'ai pas la vérité, ce sont les chefs d'entreprises qui ont la vérité. Il n'y a pas deux entreprises, il n'y a pas deux entreprises qui se ressemblent. Aujourd'hui, malgré la crise, il y a des entreprises qui embauchent, il y a aussi des entreprises qui ont des carnets de commandes pleins, et donc qui ont donc besoin de faire faire des heures en plus à leurs salariés.
Ceux qui font des heures supplémentaires ne volent le travail de personne. Ils ne prennent pas le travail de demandeurs d'emplois. La seule chose, et nous avions fait ce choix, qui pour moi est un bon choix, nous avions décidé à ces salariés de leur donner du pouvoir d'achat en plus. Pourquoi, pas pour leur faire plaisir, mais tout simplement parce que cet argent en plus, ils le dépensent, c'est bon pour la consommation, c'est bon pour l'activité économique, et c'est bon pour l'emploi.
Est-ce que c'était le rôle de l'Etat de subventionner des primes finalement aux salariés, dans une période de réduction des postes budgétaires ?
C'était la façon la plus directe, et si je peux me permettre, la plus sensée. Quand vous faîtes des heures supplémentaires, vous n'êtes ni millionnaires, ni milliardaires. Et cet argent là, vous ne le mettez pas forcément de côté, vous le dépensez. J'ai vu tous les reportages, ceux qui disent, ça dépannent bien par rapport à la facture carburant, c'est ce qui permet de rembourser plus facilement le crédit, c'est ce qui permettait aussi de se faire un petit extra. C'est de l'argent qui va dans la consommation. Et la croissance en France, elle repose à 60% sur la consommation. Quand on casse le pouvoir d'achat, on casse aussi l'activité économique, et je crains, cette mesure ne créera pas un seul emploi, mais cette mesure va créer du chômage en plus.
Mais j'entendais ce matin, le commentaire, l'échange que vous aviez avec Jean-Louis Gombeaud, de toutes façons, on ne va pas faire de grand discours, les choses sont simples : avec les socialistes, ceux qui font des heures supplémentaires vont gagner moins, avec nous, ils gagnaient plus, voilà la différence.
Et nous allons faire des économies budgétaires...
... Mais non, parce que si vous remettez de l'argent dans la poche de l'Etat, vous faîtes quoi, vous réduisez le déficit. Mais si vous le laissez dans la poche du salarié, non seulement ça fait de l'activité, mais si ça fait de l'activité, quand les gens achètent une voiture, ça fait de la TVA, ça fait aussi des rentrées fiscales. Avec le pouvoir d'achat, vous avez la garantie que c'est bon pour l'économie.
Dernier point, grâce à la mobilisation de l'opposition, on a réussi quand même à faire gagner sept mois aux salariés concernés. On a entendu hier...
... Le gouvernement vous a entendu sur la rétroactivité...
C'est le bal des hypocrites ! C'était un député socialiste, monsieur Hecker, qui lui-même tout seul avait décidé la rétroactivité. C'était un scandale, la rétroactivité...
Ce sera finalement au 1er août...
Oui, on s'est mobilisé, on a permis de faire gagner sept mois aux salariés concernés, mais moi, je continuerai à me battre pour qu'on puisse garder le principe de la défiscalisation. Et puis regardez cette incohérence, cette idéologie : parce que Nicolas Sarkozy l'avait votée, les socialistes se moquent de savoir si c'était bon pour les salariés, ils la cassent. Mais regardez, d'un côté, pourquoi ils récupèrent cet argent ? Parce qu'ils ont besoin de financer leurs mesures à eux. 60.000 fonctionnaires en plus...
... Il a été élu par une majorité de Français sur ce programme...
Non, ah non, excusez moi... Les heures supplémentaires, exemple de mensonge...
Pourquoi, il a menti ?
Ils avaient dit, on maintiendra les heures supplémentaires dans les entreprises de moins de vingt salariés. Résultats des courses...
Les exonérations de charges patronales sont maintenues...
Pas du tout, pas du tout, tout le monde est logé à la même enseigne. Même en dessous de vingt salariés, et bien les salariés...
Les exonérations sont maintenues pour les patrons !
Vous vous rappelez les grands discours sur la justice : il y aura un redressement juste. Il n'y aura pas de redressement parce qu'il y aura du chômage en plus et la justice, elle est déjà évanouie. On nous avait dit, vous savez ce sont les riches qui vont payer. Les heures supplémentaires se sont les petits et les moyens. Les petits et les moyens vont payer beaucoup plus dans ce collectif budgétaire que les riches, voilà la vérité de ce paquet fiscal socialiste.
Le rapporteur général du budget veut maintenant s'attaquer à la TVA sur la restauration. Ca coûte trois milliards à l'Etat. On n'a pas vu forcément de conséquence pour notre pouvoir d'achats, et les créations d'emplois, les chiffres circulent, quelques milliers d'emplois, en tous cas, pas à la hauteur des trois milliards dépensés.
La première des choses, c'est que cette mesure sur la TVA restauration, a permis en période de crise de maintenir des emplois. Avec la crise qu'on a connue, sur quoi en général vous faites une croix ?
Sur les sorties, sur les restaurants, par exemple...
Les extras, les sorties. S'il n'y avait pas eu cette baisse de la TVA, on aurait eu des centaines de milliers d'emplois en moins dans un secteur...
Et vous allez vous battre pour la maintenir ?
Oui, parce que là encore, je pense que ce n'est pas un cadeau que l'on fait aux restaurateurs. C'est tout simplement le fait de dire, ça permet de créer des emplois, de mieux payer, de mieux former. Il y a eu une erreur de communication qui a été faite à l'époque, qui a été de dire "ça va baisser les prix", honnêtement, que ça vous baisse le prix du café de 20 centimes, ou de 80 centimes, c'est pas le sujet. Par contre, moi, si ça crée de l'emploi et que ça garantit de l'emploi, oui, je suis prêt à me battre pour cette mesure que j'ai toujours soutenue.
Xavier Bertrand, vous pouvez nous dire ce matin, dire aux auditeurs de RTL, que vous êtes candidat à la présidence de l'UMP ?
Non, je ne vous le dirai pas, pour simple et bonne raison...
Mais vous ne direz pas que vous ne le serez pas.
Je n'ai pas pris ma décision. Demain soir, j'anime une réunion avec les militants, avec les sympathisants à Paris, j'en ferai une autre dans la Marne, la semaine prochaine. J'ai besoin en ce moment d'écouter les militants...
Jean-François Copé, François Fillon, Bruno Le Maire, Nathalie Kosciusko-Morizet, Rachida Dati ce matin dans "Le Figaro". Et peut-être Xavier Bertrand. C'est beaucoup quand même !
C'est leur droit d'être candidat, c'est normal qu'il y ait une forme de compétition interne. Mais la question ce n'est pas d'être candidat pour être candidat. En revanche, le message des militants, il est très très clair : ils disent "La guerre des chefs, non merci !". "Non merci", parce qu'à droite en général, vos blessures elles cicatrisent beaucoup plus lentement que dans d'autres formations politiques. Donc, pas de guerre des chefs.
C'est ce qu'on voit pour l'instant s'étaler chez vous...
Sans concession, mais pas la critique pour la critique, mais sans concession, message reçu. Deuxièmement l'unité. L'unité ça compte. Et moi, qui était à la tête de notre famille politique, c'est vrai que j'ai été le garant de cette unité, et je sais que ça compte plus que tout. En revanche, il faudra savoir également comment nous renouvelons nos idées. Les valeurs, je sais où j'habite.
La valeur travail quand je défends les heures supplémentaires, c'est parce que je crois à la valeur travail, à l'autorité, à la sécurité. Mais il faudra proposer aussi, une alternative à ce que font notamment les socialistes, et puis aussi les moderniser, démocratiser davantage encore le fonctionnement de l'UMP.
Xavier Bertrand, vous auriez accepté de siéger auprès de Lionel Jospin dans la commission de rénovation de la vie politique, comme Roseline Bachelot ?
Certainement.
Donc, elle a raison d'accepter ?
C'est bien qu'elle ait accepté, j'espère juste qu'à l'issue de ces travaux de cette commission, il y aura une concertation très large avec l'ensemble des formations politiques, et puis on verra ce qui est proposé. Maintenant, je me demande une chose, est-ce que c'est la priorité des priorités la modernisation de la vie politique.
Sarkozy avait fait pareil avec Edouard Balladur en 2007.
Je vous dis, c'est important. Le sujet numéro 1 aujourd'hui, c'est éviter la progression, l'explosion du chômage et je crains pour ma part qu'entre la baisse de la compétitivité des entreprises et la remise en cause du pouvoir d'achat des classes moyennes, qu'on ait dans les mois qui viennent un chômage qui augmente.
Xavier Bertrand était l'invité de RTL. Bonne journée.
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