Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière : "Comment l'engagement sur les retraites va-t-il être respecté ?"
Créé le 22/03/2010 à 08h44 - Mis à jour le 22/03/2010 à 09h44

Xavier Bertrand sur RTL le 29 janvier 2010 / La rédaction de RTL
Le secrétaire général de l'UMP était le premier invité de Jean-Michel Aphatie lundi matin, au lendemain du second tour des Régionales. Xavier Bertrand a estimé que si "la Gauche a remporté les élections", "on s'aperçoit que les Français n'ont pas dit non aux réformes". A Jean-François Copé, le patron des députés de la majorité qui a réclamé dimanche soir "un retour aux fondamentaux", le secrétaire général de l'UMP a rétorqué que "nous (la majorité) n'avons tourné le dos ni à nos valeurs, ni à nos fondamentaux, ni à nos électeurs (....)".
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Xavier Bertrand.
Xavier Bertrand : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.
Avec 35,4 %, la Droite républicaine, regroupée sous la bannière de l'UMP, réalise l'un des mauvais scores de son histoire. Allez-vous proposer votre démission aux instances de l'UMP, Xavier Bertrand ?
Ce n'était pas une élection interne à l'UMP, hier. Ce ne l'était pas non plus une élection législative. C'était une élection régionale.
Votre responsabilité n'est pas engagée ?
Non. Ma responsabilité, comme celle de tous les dirigeants, mais la mienne tout particulièrement parce que je suis n°1 de l'UMP est, bien évidemment, importante. Nous allons tirer tous les enseignements. D'ailleurs c'est bien le secrétaire général de l'UMP que vous avez invité ce matin ?
Oui, bien sûr, mais vous restez à votre poste ?
J'ai le sentiment que, encore une fois, vous savez quand vous avez aussi la confiance de votre famille politique, vous devez continuer, mais vous devez aussi tirer un certain nombre de leçons. Bien voir, aussi, de quelle façon nous allons devoir travailler dans les régions, parce que nos candidats, qui ont fait une campagne importante, qui ont fait les campagnes de terrain avec les enjeux régionaux comme priorité, vont être des opposants sérieux, tenaces et aussi constructifs quand il le faudra.
Plusieurs parlementaires de l'UMP, donc le parti que vous dirigez Xavier Bertrand, demande un allègement des réformes déjà envisagées. Ils souhaitent notamment, pour être précis, un report de la taxe carbone. Les soutenez-vous ?
Hier soir, nous l'avons dit, en démocratie il faut reconnaître le résultat : la gauche a remporté ces élections. Mais il faut aussi faire preuve de sang froid en politique, faire preuve de solidité. Moi, je suis toujours très impressionné par ces responsables politiques qui, quelques minutes seulement après la fermeture des bureaux de vote, savent exactement ce que les Français ont voulu dire. Et entre hier soir et ce matin, entre notamment ce que disait Alain Duhamel à l'instant sur les réformes, on s'aperçoit que les Français n'ont pas dit "non" aux réformes. Et de prendre quelques heures pour, avec lucidité et sang froid, tirer tous les enseignements, je pense que ça n'est pas inutile.
Donc, vous ne voulez pas répondre précisément à la question que je vous pose parce qu'il n'y a pas de réponse à cette heure-ci ?
Parce qu'à cette heure-ci, ce que je peux vous dire, c'est une conviction que j'ai depuis longtemps : la priorité sur la taxe carbone c'est qu'elle soit aussi aux frontières de l'Europe, de façon à ce que les pays qui produisent pour pas cher, parce qu'ils ne respectent rien en termes d'environnement, que ceux-là sachent que leurs produits finiront pas être taxés. Voilà ce à quoi je crois.
Parmi ceux qui ont réagi très vite, Jean-François Copé hier soir. Président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, il réclame un "retour aux fondamentaux". Savez-vous ce que cela veut dire, Xavier Bertrand ?
Si c'est la valeur travail, nous n'avons jamais dévié de cette valeur travail depuis le début du quinquennat. Quand on décide de détaxer les heures supplémentaires, quand on décide de mettre fin au carcan des 35 heures, ce sont des réformes que nous avons fait voter. Quand on met en place aussi la possibilité de travailler le dimanche, c'est la valeur travail. Et la différence qu'il y a entre nous, par exemple, et le Parti socialiste c'est que je crois fondamentalement que la valeur Travail doit être le socle de notre société et jamais, plus jamais, l'assistanat.
Si un responsable important de la majorité comme Jean-François Copé demande un retour aux fondamentaux, c'est que vous les avez quittés.
Je n'ai pas le sentiment qu'on ait tourné le dos ni à nos valeurs, ni à nos fondamentaux, ni aux électeurs.
Il va y avoir des règlements de compte aujourd'hui à l'UMP ?
Ecoutez, je ne crois pas que ce soit l'enjeu d'avoir des règlements de compte. Je sais que ça intéresse toujours beaucoup de savoir qui pense quoi. Le vrai sujet, c'est qu'il faut bien comprendre aujourd'hui qu'il y a une crise dans ce pays. Beaucoup de responsables politiques de gauche et même certains de droite, font comme si la crise n'existait pas. C'est la crise la plus terrible qui soit depuis la fin des années trente. Elle a frappé tous les pays du monde. La France d'ailleurs a vu son chômage augmenter et si le gouvernement n'avait pas pris les mesures, le dispositif zéro charges dans les petites entreprises pour recruter, l'activité partielle, le contrat de transition professionnelle, le chômage ne serait pas à 10% mais à 12%.
L'une des leçons, par contre, que l'on peut tirer dès maintenant, l'une de celles que l'on peut tirer parce que...
On vous écoute, allez-y...
... Tous les candidats, quand on a fait beaucoup de présence sur le terrain, c'est la sortie de crise, la sortie de crise, la sortie de crise. Les Français nous disent...
Ce n'est pas une leçon... Qu'est-ce que vous voulez dire par leçon ?
... La priorité nous disent-ils, c'est justement à la fois qu'on remette tout en œuvre pour sortir de la crise...
Mais ce n'était pas priorité jusqu'à présent ?
Je viens de vous le dire : ils veulent que l'on renforce cette action sur la sortie de crise.
Comment allez-vous le renforcer ? Le savez-vous Xavier Bertrand ?
Je viens de vous le dire, Jean-Michel Aphatie.
J'ai dû mal écouter...
Prendre quelques heures pour bien voir, justement, les mesures indispensables et, d'autre part, la préparation face à l'avenir. La modernisation de notre pays. C'est un sujet dont vous parlez souvent. La lutte contre les déficits, la lutte contre la dette, la réforme des retraites pour, aussi, préparer l'avenir. Voilà justement ces deux axes. L'urgence : la sortie de crise, et aussi tout ce qui est préparation de l'avenir et modernisation de notre pays.
Jacques Attali, dans le journal "Le Monde" de ce week-end - je le cite, parce qu'il faut bien citer des gens, parce qu'il faut bien reconnaître que l'on n'a pas grand chose de concret encore, après ce deuxième tour d'élections régionales. Jacques Attali : "Le gouvernement doit réfléchir à la pertinence du bouclier fiscal". La pertinence du bouclier fiscal.
Moi, j'ai entendu beaucoup, hier au Parti socialiste, parler de ce thème et, pour des dirigeants du Parti socialiste, c'est de la démagogie fiscale.
Le bouclier fiscal est toujours pertinent, selon vous, Xavier Bertrand ?
Le bouclier fiscal, déjà parlons de ce qu'il représente : à peu près 500 millions d'euros. Ce n'est pas ça qui règlerait, comme d'un coup de baguette magique, les différentes équations budgétaires, tout le monde le sait. Et que par ailleurs...
Mais il est toujours pertinent ?
Dans un pays comme la France. Oui, il est toujours pertinent.
Ce que vous dites là : il ne coûte pas cher. On l'entend ça, mais il est pertinent.
Oui mais ça, on ne l'a pas dit auparavant. De dire à quelqu'un qu'on ne paiera pas plus de 50% de ce qu'on gagne, oui, je trouve que ça a du sens, comme en Allemagne.
Mais ça empêche toute hausse d'impôts.
Mais bien sûr que non, parce qu'ils payent déjà des impôts, et vous le savez bien.
Non, ça empêche toute hausse d'impôts parce que si les hausses d'impôts étaient décidées...
Parce qu'ils payent déjà 50% d'impôts...
... Ceux qui bénéficient du bouclier fiscal en seraient exonérés.
Et ils payent, ceux-là, 50% d'impôts. Mais il faut voir aussi une chose, Jean-Michel Aphatie : celui qui gagne de l'argent, je préfère qu'il le dépense en France plutôt qu'il le déplace à l'étranger, comme ça a été le cas pendant des années.
On a l'impression que vous êtes un peu groggy. Pas vous spécialement, mais tous les responsables de la majorité qui disent : "Nous avons entendu le message", mais on ne comprend pas bien quelle leçon vous en tirez.
Je viens de vous le dire, oui, c'est une déception. C'est vrai que les élections régionales...
Non, c'est une défaite.
Les régions...
C'est une défaite ?
Si je vous ai dit tout à l'heure que c'est la gauche qui a remporté ces élections, je pense que les choses sont suffisamment claires.
Non. C'est donc que vous les avez perdues ?
Evidemment, Jean-Michel Aphatie.
Mais vous ne le dites pas.
C'est une lapalissade, ce que vous venez de dire. Je l'avais dit tout à l'heure.
Non. Quelquefois, les mots qui ne franchissent pas les lèvres disent un état d'esprit, c'est-à-dire peut-être le refus de la réalité.
Oui, quand j'ai dit, dès hier, et je l'ai dit à votre micro : "Oui, la Gauche a remporté ces élections", ça ne me fait pas plaisir, non pas de reconnaître les choses, mais de ne pas avoir remporté ces élections, bien évidemment.
Donc, vous les avez perdues.
Maintenant, une chose est certaine, c'est que vous devez aussi ne pas vous méprendre sur le sens de ce qui s'est passé. Et je n'ai pas entendu, hier, les Français dire non aux réformes. Ca, c'est quelque chose de très important.
RTL annonce le départ des Xavier Darcos, le départ probable du ministre du Travail et des Relations sociales. Le confirmez-vous, Xavier Bertrand ?
Ecoutez, ça y est, là, la boite à rumeurs, qui est toujours le monde médiatique et politique, est lancée. Franchement, je n'en sais rien. Ce que je sais aujourd'hui, c'est que le Premier ministre verra le Président de la République et que, encore une fois, de la lucidité, de la solidité, c'est ce qui fait la différence entre certains hommes politiques et des hommes d'Etat. Et je pense que le Président a raison d'avoir voulu qu'il y ait ces quelques heures de réflexion avant l'action.
Vous n'en savez rien, Xavier Darcos... euh, Xavier Bertrand Bertrand...
Moi, c'est Xavier Bertrand, merci beaucoup.
Mais si vous le saviez...
J'ai été ministre du Travail, je ne le suis plus. Merci, Jean-Michel Aphatie.
Si vous le saviez, vous nous le diriez ?
Si je le savais, je vous le dirais.
Voilà, Xavier Bertrand, était l'invité de RTL ce matin.

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