Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière : "Comment l'engagement sur les retraites va-t-il être respecté ?"
Créé le 10/11/2008 à 07h50 - Mis à jour le 10/11/2008 à 09h55

Vincent Peillon / La rédaction de RTL
L'eurodéputé socialiste, proche de Ségolène Royal, était l'invité d'Alba Ventura lundi matin sur RTL. Vincent Peillon, qui paraît avoir le meilleur profil pour revendiquer le poste de chef du parti, n'a rien voulu dire de son sort personnel. Il a en revanche déclaré à propos de la présidente de Poitou-Charentes : "Plus on l'agressera, plus elle aura tendance à se présenter".
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Alba Ventura : Bonjour, Vincent Peillon.
Vincent Peillon : Bonjour, Alba Ventura.
Est-ce que nous accueillons ici celui qui veut succéder à François Hollande ?
Je pense qu'on a écouté Alain Duhamel ; et il nous a dit beaucoup de choses qui me semblent justes à ce moment. Les tâches des socialistes parce qu'elles sont multiples cette semaine, sont importantes. Nous avons quelques jours pour dépasser beaucoup de nos travers qui nous ont coûté ces dernières années et à la fois, essayer de constituer une majorité autour d'un projet clair.
Enfin, vous avez quand même une petite idée, là. Dans dix jours, le PS aura à se prononcer sur son futur leader. Vous avez quand même une petite idée. Vous avez eu Ségolène Royal au téléphone, hier soir ?
J'ai une idée extrêmement précise, c'est que la valse des ego nous fait beaucoup de mal et souvent, c'est le cache misère d'une absence de réflexions et de volonté collectives. Nous avons trois jours pour bâtir une volonté autour de quelques idées claires. Ca nous changerait. Il y a trop de confusions, trop de chausse trappes, trop d'équivoques. Donc, autour d'une majorité claire, autour en même temps d'une volonté profonde de transformer notre vie en commun car on voit qu'elle ne nous fait pas beaucoup de bien et n'intéresse plus du tout les Français.
Vous n'arrivez pas à répondre à ma question... Hier, Julien Dray a dit : ça pourrait être moi ! Alors, est-ce que ça pourrait être vous ?
Non, je crois que cette décision doit être une décision collective. Une candidature collective. Cela fait des années, et en tout cas je fonctionne comme ça, et je souhaite que le Parti socialiste fonctionne comme ça, cela fait des années que je pense que c'est d'abord la question du projet et du collectif qui doit être traité. Il nous reste quelques jours pour le faire. Je ne vais pas changer de point de vue.
Dites-moi au moins, j'insiste, pardon ! Est-ce que ça vous plairait ou est-ce que vous n'êtes pas intéressé du tout par cette perspective ? Est-ce que ça vous plairait ?
Ecoutez, j'ai la passion des idées. Je souhaite une volonté commune. J'aime et l'idée socialiste, et le Parti socialiste. La Gauche est ma famille. J'ai pour mon pays une passion profonde. J'ai beaucoup d'amitié pour beaucoup de gens du Parti socialiste.
Ca fait le portrait du futur premier secrétaire !
Et à partir de là, je crois qu'aucune des conditions pour être efficace ou non de cette idée, de ce parti, de ce pays ne sont encore réunies. Et c'est quand ces conditions seront réunies que nous aurons décidé collectivement qui peut mener les combats que nous avons à faire et le grand changement que nous avons à opérer sur nous mêmes pour que les Français nous retrouvent et que nous soyons utiles à notre pays.
On a bien entendu que vous étiez intéressé. Vous avez dressé le portrait qui vous correspond de celui qui peut assumer ces responsabilités.
Je vous le dis avec sincérité. Je pense qu'il y a beaucoup de talents au Parti socialiste et que d'autres correspondent à ce portrait. Ce qui me préoccupe aujourd'hui c'est que toutes ces intelligences individuelles arrivent à former une intelligence collective.
Est-ce que ça veut dire que Ségolène Royal n'a pas renoncé, elle, à être leader du PS ?
Elle n'aurait aucune raison de renoncer. Elle a été désignée une première fois par les militants où elle a fait 60% des voix. Elle a été notre candidate à la Présidentielle ; elle nous a conduits au second tour dans des conditions qui étaient difficiles, car nous n'avions pas préparé intellectuellement cette campagne présidentielle ; et maintenant alors que tout le monde l'annonçait encore la semaine dernière, battue, son texte, l'équipe qui est autour d'elle, les idées qu'elle propose sont arrivées en tête. Donc, elle est parfaitement légitime à conduire ce changement. Et ce sera d'ailleurs avec elle que nous déciderons qui doit le faire et dans quelles conditions.
Elle sait qu'elle est légitime ; et elle sait aussi que si elle va dans cette direction-là, si elle est leader et si elle se pose comme leader du PS, ça va créer, j'allais dire, une fragmentation au Parti socialiste ?
Ecoutez, franchement, plus on l'agressera, plus - elle l'a montré, c'est une femme de courage et de détermination - elle aura tendance à vouloir se présenter. Et elle aurait bien raison. Mais je pense qu'elle ne fonctionne plus comme ça. On avait compris que c'était quelqu'un qui avait des convictions, parfois un peu différentes de la rhétorique traditionnelle du Parti socialiste, mais tant mieux ! Qu'elle avait du courage, il en fallait pour affronter la Droite et ses propres amis en même temps ! On a maintenant compris qu'elle était capable de faire preuve de responsabilités et qu'elle avait plus que les autres le sens de l'intérêt général. C'est comme ça qu'elle a conduit cette campagne. Et je pense que ce qui conduira ces décisions, ce n'est pas la peur des autres, franchement elle a fait ses preuves de ce point de vue-là. C'est l'intérêt général du Parti socialiste, de la Gauche et de la France.
Vincent Peillon, est-ce que vous redoutez un front anti-Ségolène Royal ?
Non, je pense que franchement, ça ne serait pas opérationnel et je pense que, chaque fois, vous savez, le front, la victimisation, ça donne les mêmes résultats. On vient de les voir encore.
Vous avez lu la presse ce week-end. Ce matin, Harlem Désir qui n'exclut pas un axe Aubry - Delanoë. Henri Emmanuelli qui souhaite que les amis de Martine Aubry, de Bertrand Delanoë et ceux de Benoît Hamon s'entendent. On voit bien qu'il y a de la division dans l'air !
De ça, il y a tout le temps. Ce que je pense, c'est qu'il faut aller vite parce que notre souci doit être le souci de l'image que nous donnons aux Français et de ce que nous faisons. Et c'est pour ça que je dis : il faut maintenant que dans les 48 heures, le rassemblement s'opère sur le fond et que toutes les questions soient traitées. Sinon, effectivement c'est la presse qui va faire le congrès et chez nous ceux qui sont les moins responsables parce qu'on aura, une fois de plus, laissé trop d'espace. Donc, les gens qui veulent bien faire et bâtir cette volonté commune ne doivent plus perdre de temps. Et à partir d'aujourd'hui, et pour mercredi au plus tard, il faut que nous ayons la solution pour le Parti socialiste.
Le "TSS" - "Tout Sauf Ségolène !" - n'aura pas lieu ?
Non, le "TSS" n'a pas eu lieu. Il n'a jamais eu lieu. Il y a évidemment quelques grognards, quelques personnes qui sont mécontentes, très bien... Mais ça n'a pas de sens. Ensuite, je vais vous dire une chose : on ne gagnera pas les élections en faisant uniquement de l'anti-Sarkozy. Il faut faire des propositions. Le Parti Socialiste doit précisément sortir en permanence de la négativité, à l'extérieur et à l'intérieur de lui-même. Ceux qui veulent bâtir quelque chose contre, se trompent. Il faut bâtir pour.
Puisque vous parlez des propositions, Vincent Peillon, est-ce que vous êtes toujours favorable à une alliance avec le MoDem ?
(rires !) D'abord, je vous demande d'observer dans mon département. Nous avons gagné la ville d'Amiens, le Conseil Général, la ville d'Abbeville, nous n'avons jamais fait d'accord avec le MoDem. Deuxièmement, comme je suis...
Ca n'est pas tout à fait juste. Vous, vous avez dit en septembre dernier dans "Libération", je vous cite : "Il faut cesser l'hypocrisie de ceux qui désignent le MoDem comme le mal absolu". Et vous êtes plus loin, vous dites : "Si l'on veut battre la Droite de Sarkozy, il faudra entrer dans un débat sincère avec les centristes qui pourraient, à terme, déboucher sur un contrat de gouvernement". Donc vous allez loin, vous, avec le MoDem ?
Ce qui me permet de vous l'expliquer. Il faut d'abord un Parti socialiste extrêmement puissant. Ce n'est pas le cas, ça a été dit. 130.000 votants, c'est minable pour un parti de gouvernement. Et nous avons besoin d'ouvrir ce parti. Nous sommes les seuls à le proposer vraiment. Deuxièmement, il faut rassembler toute la Gauche et nous ne sommes pas de ceux qui avons accusés en 2002 notre défaite d'être le fait de la Gauche Plurielle. Troisièmement, il faut être capable de travailler avec tous ceux qui veulent battre la Droite mais dans la clarté. Lorsqu'on dit "contrat de gouvernement", il faut expliquer aux auditeurs. Ca vient de Pierre Mendès-France. C'est la seule façon d'être claire. C'est sur nos idées. Notre projet sera socialiste. Il sera fait avec toute la Gauche.
Et avec les démocrates ?
Alors, allons-y ! Les centristes qui, aujourd'hui, sont-ils de Gauche ? Sont-ils de Droite ? Ils sont dans l'opposition à Sarkozy mais ils ne sont pas encore à Gauche. C'est à eux de décider. Et c'est ça que je leur dis dans la clarté et sur les idées parce que vous savez : tous ceux qui dénoncent le MoDem et qui vont refaire alliance aux régionales, ça c'est absolument inacceptable. Par contre, nous devons construire sur les idées une coalition possible et de ce point de vue-là, je pense... Imaginez, un contrat de gouvernement. Nous allons le faire avec le Parti communiste ? Nous allons le faire avec le MRC ? Nous allons le faire avec le Parti radical ? Eh bien tous ceux qui se retrouveront sur les idées que nous défendons doivent pouvoir y venir. Et de la même façon qu'on s'injurie entre nous, je ne crois pas que ça soit la bonne méthode d'injurier les autres. Ceux qui veulent nous rejoindre peuvent venir.
Donc, vous êtes toujours ouvert au MoDem ?
Ce n'est pas du tout ce que je viens de vous dire. Honnêtement, ce réductionnisme de la pensée... Si François Mitterrand n'avait pas fait... Vous savez, il y a une Gauche anti-communiste. Ce qu'il a fait avec le Parti communiste, nous n'aurions jamais pu gouverner. Aujourd'hui, nous avons plus de 200 députés, 150 sénateurs. De qui avons-nous peur ? Donc, nous devons d'abord avoir un projet fort et dire : tous ceux qui veulent nous rejoindre sur ce projet peuvent le faire.
Merci beaucoup, Vincent Peillon.
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