
Valérie Pécresse, invitée le 25 juillet 2012
Crédit : RTLCrédit : Philippe Corbé
Crédit : RTL.fr
Philippe Corbé : Bonjour, Valérie Pécresse.
Valérie Pécresse : Bonjour, Philippe Corbé.
On l'a appris il y a moins d'une demi-heure. Le gouvernement prévoit de renforcer donc les bonus écologiques, de 5000 à 7000 euros pour les véhicules électriques, de 2000 à 4000 euros pour les véhicules hybrides. Est-ce que cela vous semble à la mesure de ce qu'il faut faire pour sauver le secteur automobile ?
Je lui dis clairement : non.
C'est une progression de ce que vous faisiez avant...
Oui, alors c'est une prolongation bienvenue de ce que nous avions lancé avec Jean-Louis Borloo et Nicolas Sarkozy. Et il faudra certainement prolonger d'autres mesures des plans que nous avions lancés. Je pense aux investissements d'avenir, je pense aux crédits impôts recherche. Des mesures d'ailleurs que le Parti socialiste avait refusées de voter en son temps et qu'aujourd'hui, il se réapproprie. Ca c'est très bien, mais je pense que le plan...
Il va plus loin que vous sur les véhicules propres.
Je pense qu'il prolonge notre action, on va dire. Mais je pense que le plan sera décevant s'il ne s'attaque pas au vrai sujet qu'est la baisse du coût du travail.
La compétitivité....
Mais bien entendu, la compétitivité prix. Aujourd'hui, moi, j'ai une pensée toute particulière pour tous les salariés de Peugeot qui vont apprendre le plan de redressement que Peugeot prépare. J'ai aussi une pensée pour tous les salariés sous-traitants de l'automobile, ou qui vivent des commandes de l'automobile. Aujourd'hui, c'est un moment extrémement périlleux pour toute l'industrie française. Et face à ce moment périlleux, il faut prendre des décisions qui sont des décisions courageuses et audacieuses, et ça passe par la baisse du coût du travail.
En 2009, le gouvernement auquel vous apparteniez avait dévoilé un plan de soutien à l'automobile. On avait dépensé, je crois, près d'1 milliard d'euros pour une prime à la casse. Résultat : 3 ans après, le secteur automobile va mal. Cette prime à la casse n'a pas apporté de changement structurel pour l'industrie automobile. Et au bout du compte, on est obligé de dépenser de l'argent pour un plan d'aide.
La prime à la casse avait soutenu la demande automobile en France, et on voit bien aussi que cette question du soutien à la demande automobile est une question importante. D'ailleurs, de ce point de vue, les socialistes sont schizophrènes. Ils sont alliés, notamment dans les exécutifs régionaux, avec des Verts, qui font tout pour détricoter les investissements routiers et pour dissuader les Français d'acheter des voitures individuelles. Donc, moi, je demande aux socialistes de ne pas être schizophrènes. De dire clairement que la voiture fait partie de l'industrie française, de la culture française, de la liberté d'aller et venir, et qu'on peut effectivement encourager les Français à acheter des voitures.
Et vous, vous avez été Ministre du budget. L'idée, donc, qui est avancée ce matin par le gouvernement d'acheter des véhicules à usage urbain électriques, ça va coûter cher, cela, aux finances de l'Etat. Si l'Etat n'achète plus que des véhicules qui sont chers à l'achat.
Oui, mais c'est des véhicules qui sont des véhicules d'avenir, et il faut soutenir des filières d'avenir.
Donc, c'est une bonne idée....
Moi, je suis tout à fait favorable à ce que l'on achète des véhicules urbains électriques, mais je dis qu'il y a des petits paradoxes, parce que on voit qu'une grande région comme la région Ile-de-France, par exemple...
Dont vous êtes la cheffe de l'opposition...
... qui est l'une des premières régions automobiles de France, achète aujourd'hui des véhicules qui ne sont pas produits en Ile-de-France. Donc il y a des petits paradoxes comme cela , qui restent encore à clarifier. Moi, ce que je dis, c'est que la compétitivité, c'est évidemment le crédit-impôt-recherche, les investissements à venir dans le véhicule du futur, mais c'est aussi la baisse du coût du travail. Faire l'impasse sur la baisse du coût du travail, aujourd'hui, c'est criminel.
Arnaud Montebourg, il a été recadré ou pas ?
Ah, ça, il faudrait demander à Jean-Marc Ayrault. Moi, le sentiment que j'en ai, avec Arnaud Montebourg, c'est qu'il mène la stratégie du bouc-émissaire. C'est pas moi le responsable, c'est quelqu'un d'autre. Et bien cette stratégie du bouc-émissaire, elle crééra pas d'emplois en France.
Quelqu'un d'autre ? C'est-à-dire la famille Peugeot, le gouvernement précédent, c'est ça ?
Mais on ne crée pas d'emplois en stigmatisant l'entreprise et les créateurs d'entreprises. On crée de l'emploi en se mettant autour d'une table et en se disant : comment on fait pour produire en France. Comment on fait face à des pays qui sont plus jeunes que nous, avec des habitants qui travaillent plus que nous. Comment est-ce qu'on fait pour rester dans la course. Comment on fait pour rester compétitifs.
C'est un des sujets du jour : les négociations sur les dépassements d'honoraires des médecins. Le gouvernement est très ferme sur le sujet et reproche à la majorité précédente de ne pas avoir été assez loin, de ne pas avoir prévu de sanctions contre les médecins qui affichent des tarifs trop chers, qui abusent.
Vous savez, nous avons pris beaucoup de mesures dans le quinquennat précédent, pour, j'allais dire... généraliser des bonnes pratiques médicales. On a même fait des contrats de confiance avec les généralistes qui se sont généralisés pour qu'ils prescrivient mieux, prescrivent moins, soient plus accessibles.
Mais pas de sanctions fermes pour ceux qui affichaient des tarifs trop élevés, notamment les spécialistes ?
Nous avons négocié un accord pour faire en sorte que les médecins s'engagent à un niveau de dépassement d'honoraires qui soit raisonnable, de façon.
Mais ce n'était pas raisonnable au bout du compte...
Vous savez, le sujet aujourd'hui, c'est vraiment d'avoir à la fois une santé qui soit pas chère, une santé qui soit ouverte à tous, et en même temps, c'est de permettre aux médecins de vivre correctement de leur activité.
Valérie Pécresse, vous vous êtes engagée, vous êtes engagée auprès de François Fillon dans la course à la présidence de l'UMP. Est-ce que vous êtes certaine qu'il va gagner en novembre ?
Une campagne n'est jamais gagnée d'avance et aujourd'hui, François Fillon est totalement concentré, totalement déterminé...
Enfin lui, il est sûr de gagner, il l'a dit...
Non, il n'a pas dit ça.
Il a dit "Je ne pense pas perdre".
Mais personne ne pense perdre. Vous ne vous engagez jamais dans un combat en imaginant la défaite. Ce n'est pas comme ça qu'on s'engage dans un combat. Les combats les plus difficiles sont des combats dans lesquels il faut s'engager avec un mental de gagnant, un mental de vainqueur.
Parce que Jean-François Copé, mardi matin, à ce micro sur RTL, disait, s'étonnait de cette excès de confiance de l'ancien premier ministre...
Vous savez, c'est le premier grand exercice démocratique auquel l'UMP a à faire face depuis la défaite et depuis le départ de Nicolas Sarkozy. Il s'agit de remplacer Nicolas Sarkozy à la tête de l'UMP. C'est un moment où l'on redonne la parole aux militants, c'est un moment où on se ré-interroge sur le projet porté par l'UMP, sur l'organisation de l'UMP. Comment on fait vivre un grand parti d'opposition, comment on résiste à l'opération démolition systématique de François Hollande.
Pour l'instant, il résistait pas bien l'UMP dirigée par Jean-François Copé ?
... comment on s'oppose, comment on s'oppose, comment on s'oppose mieux. Comment on fait participer...
Mieux ? On s'oppose pas bien là ?
Aujourd'hui, les militants sont sous le choc de la défaite, ils sont groggys. Aujourd'hui, ce qu'ils attendent de nous c'est d'être associés à l'opposition. C'est vraiment un exercice de démocratie interne. Et c'est le premier exercice. Il y en aura d'autres. Mais il faut absolument le réussir. Et de ce point de vue, la question de la participation au Congrès de novembre sera décisive, parce que si nous avons une forte participation, ce sera le signe de la vitalité retrouvée de l'UMP.
Vous savez à qui est comparé François Fillon parmi les Copistes ? A Balladur avant 95. Cette sorte d'excès de confiance, d'assurance qu'une voie royale était tracée. Et au bout du compte c'est Chirac qui a gagné.
Vous savez, François Fillon a été d'un courage exceptionnel dans ces 5 dernières années. Il a été aux côtés de Nicolas Sarkozy l'artisan des réformes. Moi, je peux en témoigner de manière très simple. Sur l'université, il m'a soutenu du début jusqu'à la fin.
Il a même regretté que Nicolas Sarkozy n'aille pas plus loin à l'époque...
Il a même regretté que Nicolas Sarkozy n'aille pas plus loin. Sur les déficits et la dette, sur les réformes de compétitivité, et je pense à la TVA anti-délocalisation, qui était une baisse du coût du travail, qui aurait considérablement aidé l'industrie française, eh bien il a été le premier à poser, j'allais dire, les jalons de ces réformes. Donc c'est un réformateur. C'est un homme extrémement courageux. Et je peux vous dire qu'il se battre pour cette campagne électorale.
Vous roulez français Valérie Pécresse ?
Bien entendu. Je roule Peugeot et Renault, parce que je suis dans un département où les 2 sont très fortement implantés.
Dans les Yvelines...
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