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POLITIQUE INTERNATIONAL

Sénégal : l'opposition s'organise face à Wade

Créé le 29/01/2012 à 08h40

Pneus brûlés et heurts avec la police dans une rue de Dakar, le 27 janvier 2021, après la validation de la candidature du président Abdoulaye Wade à la présidentielle

Pneus brûlés et heurts avec la police dans une rue de Dakar, le 27 janvier 2021, après la validation de la candidature du président Abdoulaye Wade à la présidentielle / AFP

L'opposition a lancé samedi "la résistance" contre le président sénégalais Abdoulaye Wade, 85 ans, malgré la validation de sa candidature à la présidentielle de février par le Conseil constitutionnel qui a provoqué de graves violences dans plusieurs villes. Les tenants de cette "résistance", dont les modalités restent à préciser, s'opposent d'ores et déjà à une vague d'arrestations de responsables et partisans du Mouvement du 23 juin (M23), qui regroupe partis d'opposition et organisations de la société civile à la pointe du combat contre la candidature de Wade.
"Wade doit retirer sa candidature"

"Nous nous organisons pour faire face par une résistance contre l'oppression, et nous avons lancé un mot d'ordre à l'ensemble des Sénégalais de se tenir prêts à (y) faire face", a déclaré à la presse Macky Sall, un des dirigeants du M23, candidat à la présidentielle, aux côtés des autres leaders du mouvement.

 Il faut "tout mettre en oeuvre pour que Wade retire sa candidature, parce qu'il n'est pas question qu'il prenne part aux prochaines élections", le scrutin présidentiel du 26 février, a-t-il ajouté. "C'est tout à la fois les marches, les sit-in, la résistance", mais "pas la violence"

Selon le M23, des "dizaines" de ses militants et responsables ont été arrêtés samedi dans tout le pays, dont son porte-parole, Alioune Tine, célèbre défenseur des droits de l'Homme en Afrique, qui se trouvait samedi soir dans les locaux de la Division des investigations criminelles (DIC) à Dakar.

Youssou N'Dour malmené par des policiers, le calme revient à Dakar

Youssou Ndour, dont la candidature a été rejetée par le Conseil constitutionnel, a été "malmené" par des policiers alors qu'il se rendait à la DIC pour soutenir Alioune Tine, selon un de ses porte-paroles, Doudou Sarra. 

Un policier tué à Dakar, émeutes dans plusieurs quartiers, bâtiments incendiés, affrontements entre jeunes et policiers dans la capitale et à Thiès, Kaolack, Matam, Tambacounda: dès l'annonce de la validation de la candidature contestée de M. Wade, le Sénégal s'est enflammé. Le gouvernement a ouvert une enquête sur le "crime odieux" du policier tué "d'un jet de brique".

Samedi, le calme était revenu à Dakar qui porte encore les stigmates des violences: restes carbonisés de boutiques incendiées, rues encombrées de pierres et pneus brûlés, que les équipes de la municipalité s'affairaient à nettoyer sous la surveillance des forces de l'ordre. La décision du Conseil constitutionnel était attendue avec anxiété et les violences prévisibles de la part de Sénégalais, en particulier les jeunes, déçus par les douze ans de règne du président Wade: ils restent confrontés au chômage, à la vie chère, aux pénuries, aux coupures d'eau et d'électricité.

Outre celle de M. Wade, le Conseil a validé treize autres candidatures sur dix-sept présentées. Les candidats ont désormais jusqu'à samedi minuit pour déposer des recours contre les validations et invalidations auprès du Conseil. Sept opposants l'ont fait contre M. Wade qui a lui saisi le Conseil contre trois d'entre eux. Youssou Ndour a déposé une requête séparée contre le rejet de sa candidature.

La France "attend que le Conseil constitutionnel statue de manière claire et impartiale sur les réclamations" émises par les candidats exclus de la présidentielle, a déclaré le ministère français des Affaires étrangères.

Elu en 2000, réélu en 2007 pour cinq ans après une révision constitutionnelle de 2001 instituant un quinquennat renouvelable une fois, M. Wade se représente pour sept ans après le rétablissement du septennat en 2008, à la suite d'une nouvelle révision constitutionnelle. Ses opposants jugent sa candidature anti-constitutionnelle.

La France attend des explications

La France "attend que le Conseil constitutionnel (du Sénégal) statue de manière claire et impartiale sur les réclamations" émises par les candidats exclus de la présidentielle, a déclaré samedi le ministère des Affaires étrangères.

"Elle souhaite en particulier, dans le respect de la légalité constitutionnelle, que toutes les opinions, dans leur diversité, puissent s'exprimer à l'occasion de cette élection présidentielle", a précisé dans une déclaration le porte-parole du ministère, Bernard Valero.

Outre celle controversée du président sortant Abdoulaye Wade, 85 ans, pour un troisième mandat, le Conseil constitutionnel a validé vendredi treize candidatures sur dix-sept présentées. Il a notamment rejeté celle de la star internationale de la chanson Youssou Ndour, au motif qu'il n'avait pas présenté un nombre suffisant d'électeurs valables pour soutenir sa candidature.

"Après la publication par le Conseil constitutionnel de la liste des candidats admis à se présenter à l'élection présidentielle, la France sera particulièrement attentive aux observations que pourrait faire la mission d'observation électorale de l'Union européenne sur le processus de validation des candidats", a ajouté Bernard Valero. "La France réitère son attachement au droit de manifester pacifiquement, à la liberté d'expression et à la tenue dans les délais prévus d'élections présidentielles transparentes et honnêtes", a aussi fait valoir le porte-parole.

"Elle déplore la mort d'un jeune policier dans la nuit de vendredi à samedi. Elle appelle l'ensemble des forces politiques et sociales sénégalaises au sens des responsabilités, à la retenue et à éviter toute forme de violence", a-t-il conclu. La décision du Conseil constitutionnel, dont les cinq membres ont tous été nommés par le président Wade, a provoqué de graves violences dans plusieurs villes au Sénégal.


 
Dakar au Sénégal

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