Serge July : "Faut-il débaptiser le président normal ?"
Créé le 16/02/2012 à 09h27
VIDEO - La présidente socialiste de la région Poitou-Charentes répondait jeudi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Ségolène Royal a trouvé Nicolas Sarkozy "artificiel" lors de sa déclaration de candidature la veille où selon elle "chaque mot, chaque phrase" de son ex-rival étaient "le contraire de ce qu'il a fait et de ce qu'il a incarné depuis cinq ans". Quant au slogan du président-candidat, "La France forte", Ségolène Royal a jugé qu'il "en manque la moitié", le comparant à l'un des siens en 2007, "Plus juste, la France serait plus forte".
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Ségolène Royal.
Ségolène Royal : Bonjour.
La forme avant le fond. Avez-vous retrouvé, hier soir, un peu du Nicolas Sarkozy que vous avez affronté en 2007 ?
Il essayait d'être celui de 2007 ; la difficulté c'est qu'il porte lourdement sur ses épaules un bilan, il faut le dire, assez catastrophique.
Mais avant de parler du bilan, vous dites "il essayait", c'est-à-dire vous l'avez trouvé moins en forme, moins allant, moins dynamique. Qu'est-ce qui fait que vous dites "il essayait" ?
Je l'ai trouvé artificiel. Pourquoi artificiel ? Parce que chaque mot, chaque phrase, chaque intention politique était le contraire de ce qu'il a fait et de ce qu'il a incarné pendant cinq ans.
Vous avez un exemple ?
Je vais prendre trois exemples.
Trois ? Trois, c'est beaucoup !
Trois, c'est beaucoup ; alors, un seul, si vous voulez.
Allons-y !
- "La France forte ?" Mais jamais la France n'a été aussi affaiblie qu'aujourd'hui.
- La valeur travail ? Jamais le capital n'a été autant avantagé que pendant ses cinq années. Souvenons-nous du bouclier fiscal. Jamais le travail n'a été autant taxé.
- Le social ? Jamais nous n'avons eu un quinquennat aussi antisocial.
- Nous pouvons aussi compléter sur la question de la démocratie. Jamais nous n'avons eu un pouvoir aussi concentré entre les mains d'un seul.
Donc, vous n'avez pas pris trois exemples, mais quatre !
Il y en aurait d'autres d'ailleurs.
"La France forte", ce n'est pas un bon slogan, Ségolène Royal, "La France forte" ?
Il en manque la moitié.
Ah ! C'est quoi l'autre moitié ?
"Plus juste, la France serait plus forte". Ca ne vous rappelle rien ?
Je crois que quelqu'un a utilisé ce slogan. Oui, c'était vous, je crois ?
Voilà. Oui, oui, c'était mon intention politique. Donc, il en manque la moitié.
La France serait forte si elle était plus juste parce qu'il faut une cohésion sociale dans un pays en période de crise économique pour qu'un pays se relève et pour que les citoyens aient le sentiment d'appartenir à un même destin collectif. Or, lorsque pendant cinq ans, 1% des Français ont reçu 15 milliards par an de cadeaux fiscaux ; lorsque aujourd'hui les 10% des Français les plus riches possèdent 60% du patrimoine. La France s'est appauvrie globalement pour les catégories moyennes et pour les catégories populaires ; et jamais les inégalités n'ont été aussi fortes.
Un pays où les inégalités se creusent est un pays qui s'affaiblit.
L'un des grands mots d'ordre de Nicolas Sarkozy dans cette campagne électorale, c'est le recours au référendum. "Il ne faut pas avoir peur, a-t-il dit hier soir, de redonner la parole au peuple". Qu'en pensez-vous, Ségolène Royal ?
Il a eu peur du peuple pendant cinq ans puisque jamais le peuple n'a été consulté, et notamment sur les grands enjeux de société. Souvenez-vous, la mobilisation populaire lors de la réforme des retraites. Les Français sont descendus 8 fois dans la rue, les salariés. C'est la première fois qu'il y a eu autant, autant de manifestations pour contrer une réforme anti-sociale.
Ca n'est pas la rue qui fait la loi ! C'est le Parlement.
Ce n'est pas la rue qui fait la loi ; mais lorsque le parlement n'écoute pas les citoyens...
... On peut le dire !
... Parce que la majorité de Droite ne veut pas les écouter, lorsqu'il n'y a pas de référendum, en effet la rue se manifeste ; et c'est, figurez-vous, la liberté de manifestation inscrite dans la Constitution.
Ca n'était pas la liberté que je remettais en cause, mais nous sommes d'accord pour dire que c'est le Parlement qui fait la loi dans une démocratie.
Souvenez-vous qu'à ce moment-là avec Jean-Luc Mélenchon, j'avais demandé un référendum. C'est une réforme de société majeure. La solidarité entre générations, la prise en compte de la pénibilité des tâches qui n'a pas été faite. C'est une réforme majeure : savoir comment les actifs paient pour les Inactifs. Donc voilà un sujet de référendum qui aurait eu un sens.
En creux, ça veut dire que vous êtes d'accord avec son souhait d'organiser des référendums ?
En creux, comme vous dites...
Si on parle de l'avenir, en creux vous dites : oui, il faut faire des référendums. Vous dites comme Nicolas Sarkozy ?
Mais vous le savez bien. Vous le savez bien, j'ai toujours été favorable à la démocratie participative, ça veut dire qu'à un moment sur des sujets majeurs, les citoyens doivent être consultés.
Sur le principe, il a raison donc ?
Non. Il a raison ! Le référendum est inscrit dans la Constitution ...
En 1997, vous avez gouverné ; vous n'avez pas fait de référendum non plus.
Attendez, là on est sur l'avenir.
Oui, nous sommes d'accord.
Où a-t-il tort ?
Donc, pour l'avenir, il faut en faire ?
Où est-il artificiel pour reprendre cette expression que j'ai évoquée tout à l'heure ? Pourquoi est-il artificiel lorsqu'il propose un référendum ? Parce qu'il choisit, lui, le sujet de ce référendum qui n'a d'ailleurs aucun sens.
La formation des chômeurs.
Un référendum c'est répondre par "oui" ou par "non". Donc, c'est mettre sur la table un projet : demander aux Français s'ils sont d'accord. Vous croyez que les chômeurs n'ont pas envie d'accéder à des formations professionnelles. Mais les chômeurs !... Donc, la réponse serait immédiatement "oui". Voulez-vous que les chômeurs accèdent à la formation professionnelle ? Ca y est... Le référendum est déjà fait. Les Français diraient "oui".
L'idée est bonne, le thème est mauvais ?!
Le thème est mauvais, pourquoi ? Parce que c'est un thème qui est évident. Enfin, je veux dire qui est instrumentalisé pour faire croire que les chômeurs sont des fainéants. Voilà ce que fait Nicolas Sarkozy. Un référendum, ce n'est pas cela. La démocratie participative, ce n'est pas cela. C'est respecter les citoyens en considérant qu'il y a une intelligence populaire, une intelligence des citoyens qui veulent participer aux décisions qui les concernent.
Et moi, je demande un référendum sur les retraites, sur la réforme des retraites puisque nous devrons la remettre à plat.
Un référendum sur la mutation énergétique car il est très important que les Français s'en saisissent car c'est la modification de chaque comportement qui va permettre cette mutation énergétique. Et une consultation populaire sur la réforme fiscale.
J'ajoute, j'ajoute qu'est inscrit désormais dans la Constitution, le référendum d'initiative populaire.
Depuis 2008, mais pas la loi organique qui permet de l'organiser.
Mais que les textes d'application ne sont pas appliqués. Ca veut dire qu'une fois de plus, Nicolas Sarkozy a dit le contraire de ce qu'il a fait puisque le référendum d'initiative populaire que nous avions voulu organiser lors des manifestations pour les retraites, n'a pas pu être organisé. Il aurait suffi de quatre millions de signatures pour obliger le Parlement à débattre d'un texte.
Ce que vous dites, Ségolène Royal, est différent de ce que dit François Hollande, le candidat du Parti socialiste, que vous soutenez puisque lui n'a jamais parlé de référendum. Il n'a jamais dit qu'il ferait un référendum, par exemple, sur les retraites ou sur les sujets que vous avez évoqués : l'énergie nucléaire, par exemple. Vous souhaitez que François Hollande s'engage lui aussi sur l'organisation des référendums s'il est élu Président de la République ?
Mais pardonnez-moi, ce n'est pas exact ce que vous dites. François Hollande a clairement dit qu'il y aurait une consultation sur la réforme fiscale et sur la mutation énergétique...
Nous sommes d'accord pour dire que le mot de référendum, il ne l'a jamais employé ?
Il n'a pas utilisé le mot de "référendum".
Je suis content de voir que nous sommes d'accord !
Il n'a pas utilisé le mot de "référendum" ; mais attendons de voir...
Mais vous lui demandez de s'engager à organiser des référendums s'il est élu ?
Ce n'est pas ma façon de faire de donner des injonctions au candidat. En revanche...
... Vous souhaitez qu'il y ait des référendums ?
Je souhaite qu'il y ait une démocratie participative ; je souhaite que les citoyens soient associés aux décisions qui les concernent. Je pense que la démocratie citoyenne renforce la démocratie sociale dans l'entreprise, renforce la démocratie parlementaire et n'est pas opposée aux autres formes de la démocratie dont un pays a besoin pour avancer et pour progresser. J'irai même au-delà : je crois que c'est la dégénérescence de la démocratie qui explique beaucoup de difficultés économiques, sociales et écologiques, pas seulement en France, en Europe aussi.
Regardez les émeutes du peuple grec. Si les peuples avaient été associés aux règles européennes, nous ne serions pas dans cette difficulté là et regardez aussi à l'échelle mondiale, les aspirations des Indignés qui considèrent qu'ils ne sont pas associés aux décisions qui les concernent.
Ségolène Royal - un thème fait consensus : c'est le référendum - était l'invitée de RTL. Bonne journée.
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