Serge July : "Faut-il débaptiser le président normal ?"
Créé le 12/02/2012 à 08h25

La candidate d'EELV, Eva Joly. / AFP
Eva Joly a tenté de se relancer samedi à Roubaix en présentant son projet présidentiel, appelant ses sympathisants à voter "avec leur coeur". Mais avec des sondages en berne à 2-3%, la tâche de la candidate d'EELV sera difficile. Dans la matinée, Eva Joly avait présenté son programme. Voulant montrer la crédibilité de son projet en temps de crise, elle a martelé que sur le chômage, le pouvoir d'achat et la santé, "l'écologie, c'est la solution". Parmi ses principales mesures : la création d'un million d'emplois par la conversion écologique, la sortie du nucléaire en 20 ans, dénucléarisation militaire, taxe carbone avec "chèque vert" pour les moins favorisés, ou encore "traque" de la délinquance financière...
"Cette France que j'aime n'a rien à voir avec la France de Nicolas Sarkozy!"
Pour son premier grand meeting, l'eurodéputée a commencé son discours en ch'ti à la salle Watremez, faisant rire les 1.400 personnes présentes, sous des drapeaux verts, tricolores et européens.
S'en prenant longuement à Nicolas Sarkozy, l'ex-juge a fustigé son idée de référendum "faite pour humilier" les chômeurs, lui qui "a fait des cadeaux à ses copains, aux riches" pendant son quinquennat. Le chef de l'Etat "est mal placé pour nous parler des valeurs", a-t-elle souligné.
Attendue pour un discours plus personnel, la Franco-Norvégienne a finalement simplement parlé de "la France généreuse" qu'elle "aime", celle qui l'a "accueillie jeune fille au pair". "Cette France n'a rien à voir avec la France de Nicolas Sarkozy!".
Son programme, "un projet de réconciliation"
Mais au long de ces trois-quart d'heure, la ferveur n'était pas perceptible dans la salle. Bien applaudie à la fin, elle a tenté de motiver les troupes : "il ne suffit pas de chasser Nicolas Sarkozy de l'Elysée, il faut donner du sens à ce changement". "Le 22 avril, votez avec votre coeur, votez juste!"
Au cours de la journée, les personnalités d'EELV s'étaient relayées à la tribune pour afficher leur soutien à "Eva", de Cécile Duflot à Dominique Voynet ou Noël Mamère.
Cette séquence a en tout cas permis à la candidate de présenter son programme, "un projet de réconciliation" après un "quinquennat de division". Objectif : réconcilier "la France avec l'Europe", "les Français entre eux" et "avec l'avenir" par la transition écologique.
Joly reconnaît "une difficile campagne"
"Les idées fraîches, nouvelles, jeunes en politique c'est moi qui les porte", a-t-elle lancé, reconnaissant une "difficile campagne".
Alors que les sondages la plombent, son directeur de campagne Stéphane Sitbon-Gomez veut croire que "rien n'est joué", voulant "démonter la mécanique du vote utile".
Mais jusqu'ici, François Hollande "prend 42% des électeurs d'EELV des dernières régionales", selon Frédéric Dabi (Ifop). Le sondeur souligne aussi qu'"au-delà de la personnalité atypique d'Eva Joly, les préoccupations environnementales sont en vrai retrait dans l'opinion publique" vu la crise.
De plus à EELV, ils semblent peu nombreux à croire encore en sa capacité à redresser la barre et à être audible, certains évoquant toujours en sourdine un retrait.
Les principales propositions du projet présidentiel d'Eva Joly :
L'écologie
- Lutte contre corruption, secret bancaire et paradis fiscaux. "Vraie taxe" sur les transactions financières dans l'UE. Pôle d'investissement public autour de la CDC et Oséo pour financer des projets de transition écologique avec déploiement d'un livret Vert.
- Sortie du nucléaire en 20 ans. 40% de l'énergie produite par les énergies renouvelables dès 2020.
- Rénovation d'un million de logements par an. 4 milliards d'euros par an dans les transports alternatifs à la voiture et au camion.
- Plan national d'éducation à la préservation de la nature.
- Loi d'urgence écologique avec "objectif +Triple zéro+" : zéro OGM, zéro gaz de schiste, zéro autoroute supplémentaire". Moratoire sur les "projets pharaoniques" type aéroport Notre-Dame-des-Landes.
L'économie et le social
- Création d'un million d'emplois d'ici 2020.
- "Pacte pour les PME" favorisant les entreprises contribuant à la transition écologique.
- Crédit de 8 années de formation tout au long de la vie pour tous à partir de 16 ans.
- Conférence nationale sur la réduction du temps de travail. Départ à la retraite à 60 ans, sans décote.
- Tarification progressive de l'électricité, du gaz et de l'eau.
- Augmentation de 50% de tous les minima sociaux pendant le quinquennat.
- Moratoire de 3 ans sur les augmentations de loyers pour mettre en place un "miroir des loyers" comme en Allemagne (alignement sur prix en vigueur dans le voisinage). Construire chaque année 500.000 logements, à basse consommation d'énergie, dont 160 000 logements sociaux.
- Convertir au minimum 20% des surfaces agricoles utiles à l'agriculture biologique d'ici la fin du quinquennat. Objectif : 100% bio dans les cantines.
- Contribution climat-énergie (taxe carbone) : 50% de son produit utilisé pour des investissements publics écologiques, le reste redistribué sous forme de "chèque vert" pour les moins favorisés.
- Remplacement du quotient familial par un crédit d'impôt forfaitaire.
- Imposition à 60% au-delà de 100.000 euros, et de 70% au delà de 500.000 euros.
L'international
- Constitution pour l'UE avec ratification par référendum européen.
- Vice-Premier ministre chargé des questions européennes.
- Pacte de développement écologique et social au lieu du Pacte de stabilité, préférence sociale et environnementale visant les produits entrant en Europe.
- L'Aide publique au développement devra atteindre 1% du PIB d'iité aux quartiers populaires. "Un euro dans le béton, un euro pour l'humain" (rénovation urbaine et éducation, formation).
- Reconstruire la carte scolaire avec mixité sociale maximale. Aucun enseignant ayant moins de cinq années d'exercice nommé contre son gré en zones sensibles.
- 20.000 enseignants et cadres éducatifs supplémentaires recrutés.
- Abrogation de la règle du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux.
- Franchises médicales supprimées.
- Création de 400.000 places d'accueil de jeunes enfants.
- Hommes-femmes : aucune aide publique accordée aux entreprises n'assurant pas l'égalité salariale effective.
- Congé parental transformé en crédit-temps à parts égales entre parents.
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