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Créé le 24/11/2008 à 07h50 - Mis à jour le 24/11/2008 à 10h30

Pierre Moscovici à RTL le 24 novembre 2008 / La rédaction de RTL
Le député socialiste du Doubs, ex-candidat au poste de premier secrétaire, était l'invité de Jean-Michel Aphatie lundi. Proche de Bertrand Delanoë, Pierre Moscovici a confirmé n'avoir pas pris position entre Ségolène Royal et Martine Aubry. Il a plaidé pour "une direction collective, resserrée associant tous les courants" du PS afin de faire pendant quelques mois "un travail d'apaisement, de réconciliation". Et d'en appeler "à la sagesse" des dirigeants socialistes.
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Pierre Moscovici.
Pierre Moscovici : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.
Vous confirmez que vous n'avez pas appelé publiquement à voter pour Ségolène Royal ou pour Martine Aubry ?
Tout à fait. Ni l'une ni l'autre, oui.
Vous le confirmez. Faut-il organiser un nouveau vote des militants socialistes pour désigner leur premier secrétaire ?
Non, il ne faut pas organiser un nouveau vote des militants socialistes parce que je crois que ça se déroulerait dans un climat absolument épouvantable. Ca ne continuerait qu'à dégrader cette situation qui est déjà insupportable. Ca se passerait avec des huissiers, des gendarmes. Non, il ne faut pas organiser un nouveau vote.
Donc, Martine Aubry est première secrétaire du Parti socialiste ?
Non. Parce que moi, je vais vous dire : je n'accepte pas ce qui se passe. Hier j'étais dans un resto que j'aime bien ; et puis à la fin, la tenancière me dit : maintenant, ça sort quand en DVD votre affaire ? On ne regarde plus "Grey's Anatomy" ou "Desperate Housewife", on regarde "Desperate PS Anatomy". Je n'accepte pas que le Parti soit soumis à un feuilleton. Et je vais dire une chose, ici : on ne saura jamais vraiment qui a gagné le vote de vendredi soir.
Martine Aubry !
Non. Personne. Je vais vous dire. Il y a des anomalies, ici, marginales ; il y en a d'autres là ; et puis il y a aussi des us et coutumes du Parti socialiste depuis longtemps. Cette élection n'est pas une élection plus tricheuse qu'une autre, simplement...
Elle est aussi tricheuse que les autres, c'est ça que vous dites ?
Pas du tout.
C'est terrible !
Non. Ce n'est pas ce que je dis. Ne me faites pas dire ça. Je dis surtout qu'il y a comme ça au Parti socialiste une espèce de sociabilité qui fait qu'on n'est pas organisé pour un vote comme ça. D'ailleurs en 1995, quand Lionel Jospin a créé l'élection du premier secrétaire au suffrage universel, c'était pour valider un leadership incontesté, ce n'était pas pour trancher un congrès qui n'avait pas pu lui-même se conclure.
Mettons de l'ordre, Pierre Moscovici ! Martine Aubry a été déclaré dans des conditions sans doute un peu bizarres, gagnante de ce scrutin. Comment vous désignez votre premier secrétaire, si ce n'est pas elle qui en sort ?
Déclarée par qui ? C'est ça que j'aimerais bien qu'on dise. Déclarée par qui ? Pour l'instant, elle a été déclarée par elle-même et puis aussi par quelques proclamations de résultats qui sont contestés. Alors, ce que je veux dire. Il y a un conseil national, demain soir. Il faut qu'il prenne ses responsabilités politiques puisque les militants n'ont pas tranché. Et pour ça, je crois qu'il faut éviter deux écueils.
Le premier écueil, c'est le passage en force politique. Oui sans doute au conseil national, Martine Aubry a une majorité. Et elle peut être proclamée premier secrétaire. Si c'est fait, sans qu'il y ait rassemblement du Parti socialiste, alors se passera exactement ce que disait Alain Duhamel : c'est-à-dire qu'on aura un parti coupé en deux. On aura une ex-candidate victimisée et à l'affût. On aura des procédures judiciaires. Et puis tout ça, ça ira bringueballant jusqu'aux élections européennes de juin 2009. Ce sera la catastrophe. Et puis, derrière : l'explosion. Je n'accepte pas ça. Je veux qu'on se reparle.
Vos statuts, Pierre Moscovici, c'est que les militants désignent le premier secrétaire. Donc, si vous ne voulez pas de nouvelle opération de vote, vous ne sortez pas du problème ?
Jean-Michel Aphatie, le problème c'est qu'en l'occurrence, ils ne l'ont pas fait de manière claire. Et donc, il faut que le conseil national se prononce. Et si vous me permettez de dire un mot sur le deuxième écueil.
Allez-y !
Quel est-il ? C'est le harcèlement judiciaire. C'est-à-dire que si Ségolène Royal et ses amis vont devant les tribunaux (on a déjà commencé, hier avec un procès pour faux en écritures contre un procès en diffamation) à ce moment-là, l'image du Parti socialiste sera totalement discréditée. Il explosera et je vais encore plus loin que ce que disait Alain Duhamel tout à l'heure. Il aura deux candidats ou deux candidates en 2012. Je n'accepte pas qu'il y ait deux partis irréconciliables.
Et donc, je fais ici un appel. Je demande que tous ces gens se parlent et qu'on trouve une solution collective et responsable d'ici demain soir. S'il n'y a pas cette solution-là, alors à ce moment-là dans l'un comme dans l'autre cas, l'un étant politiquement plus crédible, c'est vrai, c'est-à-dire la proclamation de Martine Aubry par une majorité du conseil national...
Vous en convenez. C'est politiquement le plus crédible, Pierre Moscovici ?
C'est politiquement le plus probable même. Mais ce n'est pas le bon. Je pense que si ça se fait dans une atmosphère où Ségolène Royal et les siens se sentent écartés, s'il n'y a pas de dialogue, s'il n'y a pas de partage, s'il n'y a pas de rassemblement et s'il n'y a pas (oui, je vais tenter ici un gros mot) une forme de synthèse et d'unité, à ce moment-là le Parti socialiste se prépare à des mois et des années extrêmement difficiles.
Il y avait des comparaisons historiques tout à l'heure. Moi je vais en citer une plus récente. En 1993, on a changé de premier secrétaire manu militari, c'était Laurent Fabius. Michel Rocard s'est installé. Il a vécu un an de guérilla interne avec des gens à l'extérieur qui ont fomenté une liste dissidente : celle de Bernard Tapie ; et aux élections européennes, il a fait 14% et il est parti. Ne reproduisons pas ça ! Moi j'ai vécu ça, j'étais dans cette direction. Je ne conseille pas à mes pires détracteurs au Parti socialiste de se lancer dans cette expérience. Donc, j'appelle à la sagesse, au sursaut de collectif de tous les dirigeants du PS et je crois qu'il existe des solutions.
Voilà. Appel à la sagesse, ce matin, lancée par Pierre Moscovici sur l'antenne de RTL. On doute qu'il soit vraiment entendu ; mais enfin, il est lancé.Vous n'avez pas découvert la fraude avec ce scrutin, Pierre Moscovici, au sein du Parti socialiste ?
Ce n'est pas le problème de la fraude.
C'est ma question. Je ne sais pas si c'est le problème. Mais c'est ma question. Vous avez découvert la fraude avec ce scrutin, Pierre Moscovici ?
Je conteste le mot de fraude.
Ah dis donc !
Non, je le conteste. Je pense que le Parti socialiste n'est justement pas un parti procédurier ou un parti procédural. Je dis qu'ici et là, il y a dans les fédérations, il y a des gens comme ça qui ont des blocs de militants qu'ils convainquent ou qu'il les suivent. Je dis que ce Parti socialiste n'est pas armé pour choisir ainsi et c'est pour ça que je proposais, moi, et je continue de le faire : une primaire ouverte pour désigner notre candidat à l'élection présidentielle. Ne faisons pas peser sur les militants du Parti socialiste qui sont des gens honnêtes et dévoués une responsabilité qu'ils n'ont pas.
Et ses cadres le sont toujours honnêtes et dévoués ?
Mais bien sûr.
Dévoués, peut-être. Mais honnêtes ?
Dans leur très, très, très grande majorité : oui. Et je vais même aller plus loin, y compris dans les grandes fédérations qu'on critique : il y a des modes de vivre ensemble dans le Nord, dans le Pas-de-Calais, dans les Bouches-du-Rhône qui sont ce qu'ils sont mais le résultat c'est que, du coup, à la fin, ça donne quelque chose d'assez peu lisible et qu'on ne saura pas... Moi je conçois qu'il y ait une commission aujourd'hui, qu'elle travaille bien, qu'on examine les contestations, qu'on fasse même un total théorique ; mais la réalité c'est qu'on ne sait pas vraiment et qu'on ne saura pas. Et donc maintenant, il faut que les responsables politiques du Parti Socialiste se comportent comme ce qu'ils sont justement : en responsabilité. Et si vous me permettez de tenter une solution ou une proposition...
Ah oui, allez-y ! Des solutions, on est preneur.
Moi je pense qu'il faut que du conseil national de demain, sorte une direction collective, resserrée associant tous les courants : le courant de Martine Aubry et le courant de Ségolène Royal évidemment, mais les autres aussi : celui de Benoît Hamon et celui de Ségolène Royal et qu'il y ait un travail qui soit fait pendant quelques mois, d'apaisement, de réconciliation, de préparation des élections européennes et puis après les élections européennes, il faudra remettre les choses sur le métier.
Et je le demande au premier secrétaire sortant - parce qu'il est premier secrétaire - qui s'appelle François Hollande, de prendre dans ces 24 heures, les contacts utiles avec les uns et les autres pour qu'il y ait une proposition demain avec tel ou tel premier secrétaire ou sans tel ou tel premier secrétaire qui permette de rassembler les socialistes parce que si ce n'est pas le cas, ceux qui nous écoutent (écoutez, il y a des Français qui sont fâchés, il y a des Français qui se moquent de nous, il y a des Militants désespérés) ils attendent ce sursaut-là, alors faisons-le ce sursaut.
Une question personnelle, Pierre Moscovici ?
Je vous en prie !
Vous n'avez pas déclaré publiquement votre préférence. Mais pour qui vous avez voté, le jour de ce scrutin ?
Si je ne l'ai pas déclarée avant, c'est pas pour le dire après !
C'est bizarre de voir un responsable politique qui ne dit pas pour qui il vote. C'est quand même un signe de malaise extraordinaire !
Non, non. Non, je vais vous dire ce que c'est surtout. C'est que je prévoyais ce qui se passait. Depuis un an, j'ai dit que si on allait vers un congrès de présidentiable, un peu artificiel, alors que personne ne s'imposait, ce Parti socialiste vivrait une période de très grandes difficultés ; et comme en plus au congrès de Reims, on n'est pas parvenu à faire une synthèse ni avec Ségolène Royal ni avec Martine Aubry, j'estimais qu'il me revenait à moi d'être discret. Pour le reste, j'ai voté.
Vous avez voté, mais on ne saura pas pour qui. Pierre Moscovici qui a lancé un appel ce matin. C'était sur RTL.
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