Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière : "Comment l'engagement sur les retraites va-t-il être respecté ?"
Créé le 16/06/2010 à 09h51 - Mis à jour le 16/06/2010 à 10h16

Pierre Laurent sur RTL le 16 juin 2010 / La rédaction de RTL
Le futur secrétaire national effectuait son baptême médiatique mercredi matin sur RTL. Evoquant la réforme des retraites présenté par le gouvernement, Pierre Laurent a déclaré : "C'est malheureusement pas une surprise, on voit bien que le gouvernement avait prévu en fait ces mesures depuis le début". Et de prévenir : "Cette bataille n'est pas terminée parce qu'on voit bien que l'opinion publique est opposée".
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Pierre Laurent.
Pierre Laurent : Bonjour, Jean-Michel Apathie.
Vous allez donc remplacer ce week-end Marie-George Buffet à la tête du Parti communiste. Mais avant de parler spécifiquement de cela, évoquons rapidement la réforme des retraites. Les journaux du matin - donc ce n'est pas encore confirmé, mais nous ne serons sans doute pas loin de la vérité -, "Les Echos", "Le Figaro" notamment, expliquent qu'à partir de 2018 ou 2020 nous partirons à la retraite si nous le souhaitons, non plus à 60 ans, mais à 62 ans. Comment réagissez-vous ?
Je crois que c'est malheureusement pas une surprise. On voit bien que le gouvernement avait prévu en fait ces mesures depuis le début. Il a gagné du temps, attendu pour annoncer la réforme au début de l'été, c'est un calendrier assez scandaleux d'ailleurs. Mais bon... On est habitué, c'est la troisième réforme de retraite qu'on fait pendant l'été.
On en parlera à l'automne, donc la réforme ne sera pas faite en été.
Oui bien sur, c'est pas fini. Cette bataille n'est pas terminée. Parce qu'on voit bien que l'opinion publique y est opposée. Mais sur la mesure elle même
Vous pensez que l'opinion publique y est opposée ?
Oui, je pense qu'elle est très largement opposée à cela et pour une raison simple, c'est qu'elle comprend parfaitement que c'est un durcissement drastique des conditions de départ à la retraite, notamment pour les gens qui ont des carrières incomplètes, pour les femmes, pour les jeunes, donc on va vers un renforcement assez dramatique des inégalités devant le droit à la retraite et une baisse massive des pensions.
Donc, si l'opinion publique y est opposée, vous allez donc en obtenir assez facilement le retrait, alors...
C'est pas aussi simple que ça, parce qu'on a un gouvernement qui est habitué à pratiquer le coup de force. Donc on voit bien que ce gouvernement est décidé à essayer de passer malgré l'opposition majoritaire de l'opinion à cette réforme. Donc il faudra des mobilisations très importantes.
Une loi votée au Parlement, c'est un coup de force, Pierre Laurent ?
Ecoutez, quand il y avait eu la réforme du CPE, on n'oublie ça, mais son retrait a été obtenu après l'adoption de la loi, donc parfois des lois peuvent être adoptées par une majorité parlementaire et ne pas avoir de légitimité populaire, je crois que ça serait le cas de la réforme des retraites si elle était adoptée en l'état.
Un coup de force pour des lois votées au Parlement, c'est tout de même une drôle d'appellation !...
Non, parce qu'on a une majorité qui passe systématiquement au delà de l'opinion.
Parmi les mesures qui pourraient être annoncées, on évoque la mise à niveau de la cotisation retraites des fonctionnaires par rapport au secteur privé. Aujourd'hui les fonctionnaires cotisent 7,85% du salaire brut, les salariés du privé 10,55%. Ce type de mise à niveau vous parait normale ou anormale.
Oui, mais l'égalité on la pratique toujours dans un seul sens, c'est pour harmoniser par le bas les droits sociaux. Donc on peut aussi pratiquer l'égalité différemment, et on pourrait harmoniser les choses par le haut, et si on voulait parler d'égalité, il faudrait parler des revenus financiers, qui eux, ne cotisent pas au système de protection sociale et au système de retraites. Là, il y a de l'argent à aller chercher.
On vous verra dans la rue jeudi pour manifester contre la réforme des retraites avec les syndicats Pierre Laurent ?
Bien sûr, le 24 juin, on sera à nouveau dans la rue, et je crois que ce sera des manifestations massives.
Donc vous serez le prochain patron du PC. Marie-George Buffet passe la main. Dimanche, vous en devenez le secrétaire national. Il faut dire quoi ? Vous devenez le secrétaire national du PC ou de ce qu'il reste du PC, c'est-à-dire pas grand chose aujourd'hui ?
Ecoutez, à chaque fois qu'il y a un congrès du PC, on voit les croque morts ressortir, on nous annonce pour la dixième fois l'enterrement du PC. Je sais pas si c'est parce que le cadavre est trop grand ou les pelles trop petites, ou alors on a une capacité à ressusciter extraordinaire, non... moi je pense qu'on a changé d'époque et on est entrés dans une crise du capitalisme très violente. Et je crois que les idées communistes d'aujourd'hui, en tout cas, celles que j'ai envie de porter et celles que j'imagine pour le XXIème siècle sont des idées qui peuvent être utiles à sortir de la crise du système dans laquelle nous sommes.
Et on a constaté encore dans les jours qui ont précédé, 200 élus, cadres, qui ont dit : on quitte le PC parce que c'est un parti schlérosé, sectaire...
Il y a des gens qui se découragent. parce qu'effectivement, c'est pas si facile de changer la société comme on espère le faire, mais il y a aussi depuis 2005 6000 adhésions nouvelles au PC chaque année, donc c'est un parti qui est en plein renouvellement. Moi je vais en prendre la tête ce week end, mais il y a à tous les niveaux du PC une nouvelle génération qui est en train de prendre les rennes du PC et je pense que ça se verra.
Vous allez donc devenir secrétaire national dimanche. Vous avez 52 ans. Vous êtes au PC depuis quand ?
Moi j'ai adhéré au PC quand j'étais lycéen, étudiant, donc ca fait quelques années que je suis au PC oui.
Et en quelle année vous avez adhéré. Vous vous en souvenez ?
Ca devait être à la fin des années 70, 80.
Vous n'avez jamais eu envie d'en partir ? Il s'est passé beaucoup de choses... Chute du mur de Berlin.
Non, ma capacité de révolte contre les injustices est intacte. Donc comme tout le monde on se pose des questions sur le sens du combat qu'on mène, mais jamais sans avoir eu envie d'y renoncer.
Le PC, tel que vous l'imaginez, doit-il avoir un candidat à la prochaine élection présidentielle en 2012 ?
Il faudra que le PC soutienne un candidat.
C'est là la question. C'est à dire extérieur au PC éventuellement.
Eventuellement. Je crois qu'on va en discuter au congrès ce week end. Je crois qu'on s'oriente plutot vers la recherche d'un candidat d'un rassemblement, issu du front de gauche
Donc extérieur au PC...
Ou qui pourrait être quelqu'un d'une autre formation
J'ai tort ou j'ai raison que Jean-Luc Melenchon vous mange tout l'espace aujourd'hui?
Mais le Front de Gauche, c'est un cadre unitaire qui a été initié par le PC, et on ne regrette pas notre choix, donc on a envie de le développer, donc Jean-Luc Mélenchon est un allié dans cette aventure, et tant mieux, on a envie de continuer à travailler ensemble, on vient de le dire dans une réunion qu'on a faite il y a quelques jours.
Il peut être méchant avec vous, il peut vous bousculer, il peut dire que vous êtes en retard. Il est difficile comme partenaire.
Mais chacun a son caractère et... Si son s'allie avec des gens différents, c'est forcément parce qu'on n'est pas toujours pareils, donc il y a des débats, c'est normal, mais ca c'est pas un problème en soi
DSK peut-il être un bon candidat pour rassembler la gauche au deuxième tour de l'élection présidentielle?
Je crois pas que la politique portée par DSK soit celle que les électeurs attendent en 2012. Si on veut gagner face à Sarkozy, il faudra porter des objectifs de gauche ambitieux, et je pense pas que ce soit DSK qui les porte pour le moment.
Donc, c'est pas un bon candidat ?
C'est pas le candidat que je choisirais, mais c'est pas à moi de le choisir. Au PS, les militants socialistes choisiront leur candidat.
Peut-être vous serez vous même candidat l'année prochaine à l'élection présidentielle.
Il y aura surement plusieurs possibilités dans le front de gauche, donc on en discutera le moment... Mais cette discussion là on a décidé de l'avoir au printemps de l'année prochaine, on verra
Vous l'écartez pas...
Ecoutez... Moi je vais devenir secrétaire national du PC. Je viens d'être élu conseiller régional.. Pour le moment, tout ça suffit à mon bonheur, on verra plus tard.
Allez, Pierre Laurent, prochain candidat peut être à l'élection présidentielle de 2012, était l'invité de RTL ce matin... Bonne journée.
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