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Patrick Devedjian : "Ribéry et Benzema ont toujours leur place en Equipe de France"

Créé le 23/07/2010 à 07h50 - Mis à jour le 23/07/2010 à 10h15

Patrick Devedjian

Patrick Devedjian / La rédaction de RTL

Le ministre chargé de la mise en œuvre du Plan de relance répondait aux questions de Philippe Corbé vendredi matin. Patrick Devedjian a exprimé son désaccord, au nom de la présomption d'innocence, avec les ministres chargés des Sports, Roselyne Bachelot et Rama Yade, qui ont jugé incompatible la sélection en équipe de France de Frank Ribéry et Karim Benzema avec leurs mises en examen. Il a par ailleurs suggéré la possibilité de "légiférer" sur la question du conflit d'intérêts et a affirmé n'avoir "jamais vu de mélange des genres" quand il était à la tête de l'UMP, avec Eric Woerth pour trésorier. Il a aussi qualifié de "supputations" l'hypothèse selon laquelle André Santini pourrait céder à terme son siège de député des Hauts-de-Seine à Jean Sarkozy. Envoyez-vos photos et devenez Témoins RTL
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Philippe Corbé : Bonjour, Patrick Devedjian.

Patrick Devedjian : Bonjour.

Ca ne doit pas être facile d'être ministre de la Relance dans un gouvernement qui mène, désormais, la rigueur ?

Pas du tout ! Il n'y a aucune incompatibilité.

La relance, on dépense. La rigueur, on dépense moins !

Je vais essayer de vous expliquer.

Expliquez !

Dans la dépense, il y a deux types de dépenses. Il y a la dépense de fonctionnement, c'est-à-dire, le train de vie, et là, il faut être très rigoureux parce que, parfois, et même assez souvent, on dépense mal ou inconsidérément. Et puis, il y a la dépense d'investissement, celle qui crée de la croissance, celle qui crée de l'emploi. Et là, il faut être vigoureux. Donc, rigueur pour la dépense de fonctionnement. Vigueur pour la dépense d'investissement.

Justement, la prévision de croissance est de 1,5%. Ce n'est pas avec ça qu'on va créer beaucoup d'emplois. Ne faudrait-il pas prolonger un peu certains dispositifs de relance ? Je pense notamment à la prime à la casse automobile.

D'abord, je vais vous dire : les résultats que nous avons, en matière économique, sont les meilleurs d'Europe. En 2009, la France a eu la plus petite récession d'Europe, avec moins 2,5%. C'est le succès du plan de relance, et nous sommes le seul pays à avoir centré notre plan de relance sur l'année 2009. Alors, si vous avez 1,5% - et c'est une prévision - sur l'année 2010, cela fera quatre de différence. - 2,5 + 1,5 : cela fait quatre points de différence. C'est un bel effort.

Vous avez fait du bon boulot au ministère de la Relance. C'est ça ?

C'est un travail qui est salué par le Fonds Monétaire International, par l'OCDE, par l'Union européenne, et il est meilleur que celui des autres.

Ce n'est pas facile non plus, j'imagine, d'être ministre dans un gouvernement en sursis. Le président a annoncé un remaniement dans quatre mois. Ca démobilise un peu tout le monde, non, en ce moment ?

Pas du tout ! D'abord, c'est un honneur d'être ministre, de servir son pays. On n'est pas ministre toute sa vie. Le jour où ça s'arrête, ça s'arrête...

Certains se plaignent et disent qu'il y a une ambiance pourrie, là !

C'est ridicule ! Ca n'a aucun sens. J'ajouterai que, pour la plupart, ceux qui sont parlementaires, s'ils ne sont plus ministres, ils redeviennent parlementaires. Il y a d'autres misères !

Franchement, d'un point de vue de management, de gestion des ressources humaines, le meilleur moyen de mobiliser sa troupe est-il d'annoncer qu'il y aura une charrette dans quatre mois ?

Ce n'est pas une charrette, c'est un nouvel élan.

C'est bien dit !

Mais oui, non, ce  n'est pas une charrette ! C'est une autre manière d'aborder le débat politique, d'autres projets qui sont engagés. C'est un rythme de vie du quinquennat et de l'action du président de la république. Il n'y a pas de menaces.

Pour ajouter à cette ambiance, il y a cette espèce de "plan social", de réorganisation, de grand ménage dans les cabinets. Vingt collaborateurs, au maximum, par ministre. Quatre par secrétaire d'Etat. Ca va faire beaucoup de monde sur le carreau, dans une semaine !

Non ! Il faut faire les choses humainement et gentiment, mais, parfois, les cabinets ministériels sont un peu trop complets. Moi, j'ai droit à vingt, j'en ai douze et je fonctionne très bien.

Donc, on pourrait récupérer huit collaborateurs pour un autre cabinet ?

Non, non. Il n'y a pas de compensation.

Ca ne doit pas être facile, non plus, d'être ministre quand l'affaire Woerth fait des ravages dans l'opinion, comme ça !

C'est vrai parce que ça fausse, un peu, le fond des choses. C'est vrai qu'on se polarise sur des choses qui sont, finalement, accessoires...

... Un ministre suspecté de "conflit d'intérêts", ce n'est pas accessoire !

La justice s'occupe de ça. Tout le monde s'occupe de ça. On saura. Et puis, si on veut vraiment avoir une réflexion sur le conflit d'intérêts, il faut dépasser ce cas-là. D'abord, il va cesser d'être trésorier de l'UMP, donc, la question ne se posera plus. Mais surtout, il faut peut-être légiférer, de ce point de vue-là. En France, le conflit d'intérêts, c'est quelque chose qui a souvent été négligé. Il y en a beaucoup des cas de conflits d'intérêts, si on veut regarder les choses de près.

Vous avez été patron de l'UMP, pendant dix-huit mois, après la Présidentielle. Vous aviez comme trésorier, Eric Woerth, qui était, par ailleurs, ministre du Budget. Ca ne vous a jamais traversé l'esprit qu'il y avait peut-être un petit problème ?

J'ai toujours fait attention pour savoir s'il y avait un mélange des genres parce que, évidemment, ça n'aurait pas été acceptable. Et, très franchement, je n'en n'ai jamais vu.

Moi, j'ai un exemple : le 23 mars 2007, avant la Présidentielle, vous allez avec Eric Woerth, en Suisse, rencontrer des donateurs de l'UMP. C'est tout à fait légal : des dons légaux.

Ce n'est pas exact, d'abord, votre information.

Allez-y, précisez !

Je suis allé en Suisse, comme je suis allé à peu près dans toutes les communautés françaises, pendant la campagne électorale. J'ai rencontré des représentants de la communauté française, et pas spécialement des donateurs.

Certains ont donné à l'UMP.

Bien sûr ! Mais dans toute la France.

Par exemple, en Suisse, un certain nombre d'entre eux sont des exilés fiscaux. Quelques semaines après, Eric Woerth, devenait ministre du Budget et était chargé de lutter contre l'évasion fiscale, justement.

Mais, d'abord, à ce moment-là, on ne le savait pas. Ensuite, je ne suis pas sûr que ce soit ce que vous appelez "des exilés fiscaux" qui aient donné de l'argent. Ensuite, les sommes qui ont été données étaient modestes et plafonnées par la loi.

7.500 euros.

Oui, mais il n'y a pas beaucoup de gens qui ont donné 7.500 euros. Vous savez, c'est assez rare, les gens qui donnent 7.500 euros.

En ce moment, la "rallumée" des contre-feux sur la sécurité, sur les gens du voyage. Pensez-vous vraiment que les français sont dupes de ces stratégies de diversion ?

L'affaire Woerth est une stratégie de diversion, par exemple, par rapport au problème des retraites.

Mais menée par qui ? Par la presse, par l'opposition ?

Je ne sais pas exactement par qui, je n'accuse personne. Simplement, je vois qu'on a un problème majeur qui est la question des retraites. Un problème qui occupe, d'ailleurs, toute l'Europe. Finalement, on se polarise sur l'affaire Bettencourt, sur des choses qui sont, sans doute, intéressantes, mais très accessoires par rapport à ce type de débat. Les faits divers ont toujours pris beaucoup d'importance, mais vous ne devriez pas en dire du mal, parce que la presse en vit des faits divers.

Très bien. Il y a un an, vous avez dû quitter la tête de l'Epad, atteint par la limite d'âge de 65 ans. L'Elysée avait retoqué la possibilité de repousser cette limite d'âge. Il y a deux jours, André Santini, 70 ans. Pour lui, on a changé la limite d'âge pour qu'il soit nommé à la tête du Grand Paris. C'est deux poids, deux mesures. Vous n'avez pas de chance !

Non. D'abord, un : c'est logique de reculer la limite d'âge quand on recule l'âge de la retraite.

Il y a un an, c'était pour faire la face au fils, Jean Sarkozy.

Moi, je n'ai pas bénéficié de cette dérogation mais, en même temps, le principe du recul avance. Et donc, j'en suis très content parce que c'est ça qui compte : c'est le principe. Ce n'est pas ma petite personne.

Là aussi, n'est-ce pas pour faire de la place pour Jean Sarkozy, interne dans la circonscription d'André Santini, à Issy-les-Moulineaux ?

Ce sont des supputations ! Je ne peux pas vous répondre.

Question très simple posée au citoyen, Patrick Devedjian : Karim Benzéma et Franck Ribéry viennent d'être mis en examen pour "sollicitation de prostituée mineure". Etes-vous d'accord avec Roselyne Bachelot et Rama Yade : ils ne sont plus dignes de porter le maillot de l'équipe de France ?

Non, je ne suis pas d'accord parce que je crois à la présomption d'innocence. Et, quand quelqu'un est mis en examen, on explique que c'est un acte de procédure pour qu'il puisse se défendre. Et seulement pour qu'il puisse se défendre, et que cela ne porte pas atteinte à sa présomption d'innocence.

Donc, voilà, ça tombe bien : Brice Hortefeux, ministre, condamné pour "injures raciales" est toujours ministre de l'Intérieur. 

Je vous fais observer qu'il n'est pas condamné puisqu'il a fait appel et que l'appel annule le jugement de condamnation. Il est donc présumé innocent, lui aussi.

Exactement ! Il bénéficie, lui aussi, de la présomption d'innocence. Parfait ! Merci. Patrick Devedjian était l'invité de RTL, ce matin.


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