Les Dossiers de RTL.fr - 26e campagne des Restos du Coeur
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Olivier Berthe : "Il n'y a heureusement pas de crise du bénévolat aux Restos !"

Créé le 31/03/2011 à 09h16

Olivier Berthe, président des Restos du Coeur, sur RTL

Olivier Berthe, président des Restos du Coeur, sur RTL / La rédaction de RTL

Le président des Restos du Cœur répondait jeudi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Ecoutez aussi sur RTL.fr : Restos du coeur : la 26e campagne d'hiver s'achève...

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Olivier Berthe.

Olivier Berthe : Bonjour, Jean Michel Aphatie.

La 26ème campagne des Restos du Cœur, entamée le 29 novembre 2010, s'est terminée vendredi dernier. Quel bilan en faites-vous ?

Comme ça a été annoncé tout à l'heure dans les titres, un bilan malheureusement de succès ; et nous ne souhaitons pas fêter ce type de succès. 860.000 personnes ont été accueillies chaque jour de l'hiver, soit 30.000 de plus que l'hiver dernier, soit 160.000 de plus qu'il y a trois ans. J'additionne ces chiffres mais derrière chacun de ces chiffres, il y a des familles qui sont frappées par la crise économique et qui malheureusement, aujourd'hui, sont contraintes de venir aux Restos du Cœur pour s'en sortir.

Dans les chiffres que vous donnez, oui c'est ça qu'on voit bien : 160.000 personnes qui viennent de manière supplémentaire vous voir, c'est bien là la manifestation de la crise et ça ne va sans doute pas finir puisqu'on voit bien que ce qui est devant nous, ce sera encore des années difficiles ?

Oui puisqu'on sait bien que ce sont les populations les plus fragiles qui sont les premières touchées et pratiquement les dernières à redémarrer quand la situation économique s'améliore. Quand des personnes sont en temps partiel contraint, ce sont les premières heures qui sont supprimées. Quand les personnes sont en minima sociaux et que les prix alimentaires flambent, eh bien il est évident qu'il n'y a pas de marge de manoeuvre et que ce sont les pouvoirs d'achat de ces familles-là qui sont touchés en premier. Donc oui, cette situation nous craignons de la voir durer et perdurer.

Pour faire face à cela, vous connaissez une crise du bénévolat ou bien vous trouvez toujours des gens qui vous permettent de faire ce que vous souhaitez faire ?

Heureusement, il n'y a pas de crise de la générosité, il n'y a pas de crise du bénévolat, en tout cas : pas aux Restos. 58.000 bénévoles se sont mobilisés, l'an dernier, peut-être même 60.000 puisque chaque année, nous avons un petit peu plus de bénévoles, ce qui est indispensable d'ailleurs parce que pour accueillir plus de monde, il faut aussi plus d'énergie et plus de chaleur humaine à mettre en face.

On imagine que ça peut se tarir ou diminuer cette source du bénévolat. La crise, hélas, fera que plus de gens viendront vers vous. Est-ce que vous trouverez plus de gens pour y faire face ? Ce n'est pas formel, ça.

Il y a une certitude c'est que pour accueillir plus de personnes, il faut plus de moyens financiers, logistiques, humains et que ces moyens ne sont pas illimités ; et qu'à la fois au niveau du nombre de bénévoles mais aussi sur les moyens logistiques et sur l'argent pour acheter la marchandise, nous ne sommes pas certains de pouvoir toujours faire face, et là nous sommes très proches d'un point de rupture. Donc, bien sûr, nous sommes heureux de constater qu'il y a un sursaut de générosité ; mais on ne peut pas sans arrêt s'appuyer sur ce sursaut de générosité. Il faut des relais et des relais notamment dans les politiques publiques.

Vous dites que vous êtes très proche du point de rupture ; c'est-à-dire ?

C'est-à-dire que comme à chaque fin de mois de mars, les bénévoles sont fatigués, les locaux sont trop petits, les moyens financiers sont tirés jusqu'à la corde, et pourtant nous avons des frais généraux très, très bas, et donc à un moment donné, si nous avons des alertes sur les aides nationales ou européennes auxquelles nous pouvons bénéficier, eh bien nous ne pourrons pas compenser sans arrêt en allant chercher la générosité auprès des Français.

Là ce qui vous soucie, Olivier Berthe, pour le financement des Restos du Cœur, ce sont des aides européennes que vous percevez et qui sont menacés. C'est ça ?

Absolument. Dès le lancement des Restos, Coluche a considéré que c'était absurde de stocker des marchandises européennes à un prix élevé alors qu'on pouvait les donner aux associations humanitaires. Et Jacques Delors dès 1987, deux ans après le décès de Coluche, a mis en place...

... Jacques Delors, président de la Commission européenne, à l'époque !

... (A l'époque, effectivement, à la tête de la Commission)... a mis en place ce qu'on appelle le PEAD, le Programme Européen d'Aide aux plus Démunis. Ce programme, il aide vingt Etats membres de l'Union européenne. Il y en a sept qui n'y participent pas, volontairement : l'Angleterre, l'Allemagne et cinq autres Etats. Et ces sept Etats, aujourd'hui, font tout pour que l'aide européenne soit supprimée alors qu'elle bénéficie aux 80 millions d'Européens pauvres qui vivent en-dessous du seuil de pauvreté.

Ca, c'est renégocié dans le cadre de la PAC, c'est ça ? De la politique agricole commune qui est renégociée jusque dans les deux, trois années qui viennent ?

C'est renégocié dans ce cadre-là. En fin de compte, cette aide, elle devrait évoluer pour se mettre en conformité avec les nouveaux traités, notamment le traité de Lisbonne. C'est un petit peu technique ; mais l'essentiel à retenir c'est que si on ne la fait pas évoluer, elle va devoir disparaître pour des questions, je dirai, d'ordre administratif. Et pour la faire évoluer, il ne faut pas qu'il y ait un veto. Or, aujourd'hui, sept Etats posent un veto.

Il y a donc nécessité à ce que le gouvernement français comme en 1987 - parce qu'en 1987 ce n'était pas évident de mettre en place ce programme -, mais pourtant,Jacques Delors et d'autres y sont parvenus ; mais que le gouvernement français mette toute son énergie, tout son poids dans la bataille pour faire en sorte que l'aide aux plus pauvres des Européens ne disparaisse pas dans une négociation, dans un troc avec d'autres éléments de l'aménagement de la Politique Agricole Commune.

On imagine que le ministre des Affaires européennes, Laurent Wauquiez, vous soutient. On se trompe ?

Le gouvernement français nous a toujours soutenus. Et de tout temps. Et heureusement. Après, ce que nous souhaitons c'est qu'au-delà d'un soutien moral, il y ait une volonté politique, une implication politique qui aille au-delà c'est-à-dire qu'on voit bien qu'il y a la volonté de l'Allemagne et de l'Angleterre, peut-être par la crainte d'une mauvaise gestion de ce programme  -ce qui n'est vrai- de le faire disparaître.  Et s'il n'y a pas en face une volonté au moins aussi forte, si ce n'est supérieure, eh bien ce sont les Antis qui gagneront. Donc, il ne faut pas juste un soutien moral ; il faut un engagement politique, une volonté politique déterminée et farouche pour faire en sorte que ce programme européen d'aide aux plus démunis continue.

Et cette volonté vous semble faire un peu défaut ?

Cette volonté, aujourd'hui, semble être moins forte, peut-être... qu'il y a dix ou quinze ans ou encore vingt ans quand ce programme a été mis en place.

Message lancé à Laurent Wauquiez, on en parlera - à l'occasion - avec lui. Les Restos du Coeur, donc. La 26ème campagne d'hiver est terminée ; mais ça continue, c'est ça. C'est-à-dire qu'en fait c'est toute l'année, les Restos du Cœur maintenant ?

Alors, les Restos du Cœur ça ne peut pas être toute l'année au même volume que pendant l'hiver ; mais toute l'année, en revanche, nous aidons les populations les plus fragiles, les personnes qui vivent dans la rue, les mamans seules avec des bébés en bas âge, les familles aux revenus les plus modestes. Et dans 1.200 endroits en France, l'aide des Restos du Cœur va se poursuivre au-delà de cette clôture, au-delà de fin mars.

Voilà. RTL est associée, bien sûr, aux campagnes des Restos du Coeur ; et donc, nous étions heureux, ce matin, Olivier Berthe de vous recevoir dans ce studio. Bonne journée !

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