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Nicolas Sarkozy parle-t-il trop vite ?

Créé le 16/02/2011 à 07h22

Alain Duhamel

Alain Duhamel

Nicolas Sarkozy s'exprime beaucoup et souvent à chaud, comme on vient de le voir à propos de l'affaire Laetitia ou du cas de Florence Cassez. Mardi matin, sur RTL, Robert Badinter l'appelait à parler moins souvent et moins vite. A-t-il raison ? La chronique d'Alain Duhamel. Oui, je crois que Robert Badinter a raison. C'est vrai que Nicolas Sarkozy s'exprime beaucoup. Il parle vite, très vite, quelques fois trop vite. C'est son tempérament, c'est son style. C'est aussi sa méthode. On a un président de la République hyperactif, décomplexé, éloquent, spontané, quand il ressent quelque chose, il le dit, et il le dit sans prendre beaucoup de gant. C'est à la fois, sincère et tactique. C'est sincère, parce que c'est vrai qu'il réagit comme il le dit, et que il a été terriblement choqué par ce qui s'est passé pour la malheureuse Laeticia, et qu'il prend très à coeur les affaires de Florence Cassez. Ce ne sont pas du tout des paroles verbales, c'est une réalité.

Mais en même temps, c'est aussi une tactique. Il est l'hyper-président. Il est attaqué de partout, c'est logique, et donc il essaie de répondre en saturant l'espace, en se mettant en permanence au centre des discussions. Ca on ne peut pas dire qu'il n'est pas au centre des discussions.  Alors, ça a des inconvénients. Par exemple, ça provoque une mobilisation des magistrats comme on n'en n'avait jamais vu. Ou bien ça entraîne un vrai incident diplomatique avec le Mexique. Dans d'autres cas, ça fait aussi bouger les lignes. Mais disons qu'on est clairement dans un système présidentiel d'émotions.

Mais restons sur ces deux affaires Alain. Sur le fond, est ce que le Président a eu tort ?

Écoutez, en ce qui concerne l'affaire Laetitia, il est évident qu'il s'est beaucoup avancé, puisque sur le champ, il a parlé de "fautes, de dysfonctionnements et de sanctions". Or, on a maintenant les rapports des inspections générales, (judiciaire, pénitentiaire, gendarmerie, police, ect.). Il n'y a pas eu de fautes individuelles de repérer. Et en réalité, les magistrats ont été, par exemple, exonérés. Alors les rapports, ont également enregistré un manque de coordination, ce qu'on appelle pudiquement "des carences". C'est quelque fois faute de moyens, c'est quelques fois aussi qu'il y a des erreurs humaines. Enfin, disons que la solution de Michel Mercier, qui est de saisir le Conseil supérieur de la Magistrature, qui est un organisme indépendant, contrairement aux inspections générales, c'est du bon sens.

Maintenant, en ce qui concerne l'affaire de Florence Cassez, c'est tout à fait autre chose. Il est bien évident que quand le président de la République de la France, met en cause publique et solennellement une décision de la Cour de cassation d'un autre état, et bien évidement, ça provoque des réactions. Quand en plus, cet état c'est le Mexique, c'est à dire un état souverain indépendant, comme tous les états, mais par dessus le marché, particulièrement nationaliste chatouilleux, avec accessoirement d'assez souvenirs des interventions françaises sur son sol, vous vous rappelez sous Napoléon III bien sûr. Bon, ils en jouent, et souhaitent à ce moment là, et ils font, ils fabriquent, ils entretiennent et ils mettent en scène évidement l'incident diplomatique.

Il faut reconnaître aussi que le cas de Florence Cassez n'est pas banal. Qu'on a rarement vu un procès dans lequel il y a eu un simulacre de mise en scène de la police, un témoin qui reconnaît après qu'on lui a extorqué sa déposition, des pistes très sérieuses qui ont été délibérément laissées de côté à chaque étape de la procédure. C'est le contraire de ce qu'on peut appeler un procès équitable. Alors question : est ce que c'est sur la place publique qu'on doit régler ce genre de sujet et de contentieux ? C'est peu vraisemblable.

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