Serge July : "Faut-il débaptiser le président normal ?"
Créé le 12/02/2012 à 23h13

Marine Le Pen lors de son meeting à Strasbourg, le 12 février 2012. / AFP
Le bras de fer entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen a commencé. Au lendemain de l'offensive du chef de l'Etat sur le thème de l'immigration dans un entretien au Figaro Magazine, la candidate du Front national a contre-attaqué dimanche, devant les 2.000 militants et sympathisants venus assister à son meeting à Strasbourg. "Nicolas Sarkozy est le Monsieur plus de l'immigration", a t-elle déclaré. "Les Français voient la réalité, jamais l'immigration n'a été aussi forte", a expliqué la candidate FN à la présidentielle, prenant bien soin de rappeler que Nicolas Sarkozy est en charge de ce dossier depuis "dix ans", d'abord comme ministre de l'Intérieur, puis comme président de la République.
Durcir le ton pour empêcher le "siphonnage" des voix du FN
Le discours de Marine Le Pen - plus d'une heure et demie - a tourné autour de trois thèmes: immigration, insécurité et défense de la laïcité, avec une préoccupation particulière envers l'islam.
Convaincue d'incarner une nouveauté face aux sortants, elle a rappelé que MM. Sarkozy et Claude Guéant sont aux affaires depuis dix ans, d'abord au ministère de l'Intérieur, puis à l'Elysée.
"Sarkozy c'est le Monsieur plus de l'immigration", a-t-elle martelé, au bout d'une longue série de chiffres. Tout au long de son discours, Marine Le Pen s'est montrée décidée à ne pas laisser se renouveler l'opération de "siphonnage" des voix du FN réussie en 2007 par le chef de l'Etat, quitte à durcir le ton.
"L'immigration blesse les Français dans leur culture"
"L'immigration massive bouscule les Français dans leur identité. Elle les blesse dans leur culture. Elle les choque dans leur mode de vie" et "il n'y a aucune raison pour que nous soyons obligés de nous plier aux exigences des derniers arrivés", a continué Marine Le Pen.
Elle a ensuite décliné son arsenal de mesures ultra-restrictives : suppression du droit du sol et du regroupement familial, interdiction de toute régularisation de sans-papiers. Son objectif : réduire à 10.000 par an le nombre d'entrées en France, contre près de 200.000 aujourd'hui.
Marine Le Pen a enchaîné sur l'insécurité : "Nicolas Sarkozy nous avait promis de sortir le glaive (...), il nous a montré une ridicule épée en plastique, celle qu'on offre aux petits garçons qui se prennent pour des super-héros". Là aussi, l'immigration est dans le viseur, parce qu'elle contribuerait selon elle à la délinquance.
Concluant son discours sur la laïcité, Marine Le Pen a ciblé en priorité l'islam et l'a assumé. A ceux qui l'accusent d'"être une fausse laïque" parce qu'elle ne parlerait que du "fondamentalisme islamique", elle répond qu'elle "parle de la réalité, des problèmes qui existent aujourd'hui en France".
"Je n'ai jamais entendu que Saint-Nicolas du Chardonnet", haut lieu de l'intégrisme catholique à Paris, "effectuait des pressions ou des menaces pour faire changer la loi de la République", a-t-elle lancé, en prenant aussi pour exemple "les juifs" ou "les protestants".
Elle a été ovationnée quand elle a qualifié le voile islamique - qu'elle veut interdire à tout usagère des services publics - d'"insupportable symbole de soumission de la femme" ou quand elle a promis de prohiber toute nourriture halal des cantines scolaires.
Des manifestants déplorent "la banalisation du FN"
Environ 500 manifestants selon les organisateurs, 400 selon la police, ont défilé dans les rues de Strasbourg dimanche en début d'après-midi pour protester contre cette venue de Marine Le Pen et la banalisation de l'extrême droite.
Le cortège, réuni dans un froid glacial à l'appel du collectif Justice et Liberté, a défilé calmement dans le centre-ville, sans s'approcher de la salle où la candidate Front National tenait un meeting de campagne devant près de 2.000 sympathisants.
"On veut protester contre la venue de Marine Le Pen : le FN n'a pas changé et on déplore la banalisation de l'extrême droite depuis que Nicolas Sarkozy est au pouvoir", a notamment déclaré Ali Rastegar, porte-parole du collectif Justice et Liberté.
De nombreuses banderoles des partis de gauche étaient déployées dans le cortège et parmi les messages on pouvait lire: "Non au F'Haine", ou "A bas le FN".
La manifestation s'est dispersée dans le calme.
(Avec AFP)
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